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05/01/2014

Ewig rein bleibt nur die Träne/ Und das Wasser der Fontäne (Joachim Ringelnatz)

15/1/2003 à la radio, entendu « Un adolescent d’autrefois » (d’après le roman de François Mauriac) Mon Dieu Mon Dieu ! ma vie est plus ravagée que celles de ces personnages, et plus bouchée.
Et je connais la réponse à « Mais qu’est-ce qui est vrai ?! » :
- Rien. La mort. Le néant et l’oubli.

 

110) Les chiens ont plus le sens des valeurs que les humains.


6/10/1991 C'est curieux, l'état d'enrhumé convalescent me plonge à chaque fois dans un état étrange et merveilleux, comme dans un rêve, engourdi, comme dans un brouillard, et en même temps comme une ivresse et une fraîcheur et une acuité inhabituelle de perception et comme un retour d'une présence aigüe du passé, ce qui était déjà le cas quand ça m'arrivait étant enfant.

(Et puis la lumière de l'automne est si belle, si poétique, a tant de présence, je retrouve dans le jardin des impressions perdues depuis longtemps)

 

Et j'ai retrouvé ma mini-chaîne hi-fi et la musique de Bach, et il y a ma viole, à la fois. Je suis comme grisé et dans un rêve engourdi.

 
 

- Les petites souris de Bâle, à la vie desquelles nous nous étions intéressés Denise et moi tous les deux assis un soir sur un banc au détour d'une avenue. C'est bien là le cœur du problème, seule cette approche des êtres, et donc l'optique existentielle, fournit la base vraie et la nourriture de l'amour chrétien et de la même chose version humaniste, la seule source où l'âme peut se libérer et vivre, et des rapports sains s'établir.

 

20/1/2003 je ne suis qu’un morceau de viande, prêt à basculer dans le grand charnier, comme Jacqueline.

 

111) L’âme on oublie qu’elle a existé, le corps on le fout dans une urne, et bon débarras, l’argent par contre on veille à ce qu’il ne s’en perde pas, c’est important.

 

jan 2003 Mon Dieu quel malheur de devoir se lever, de devoir se réveiller.

 

112) A partir du moment où il n’y a plus de larmes il n’y a plus que de l’impureté, Ringelnatz a raison.

 

113) « Dans ce monde politiquement correct, l’humaniste se sent à l’étroit, voire de trop. » (Pr Antoine COURBAN)

 

114) "Be quiet,

because we're going to be here buried in this tomb for a long, long time together, so hug me !" (Juan Ruflo) 

 

 

"J’avais envie et peur à la fois de regarder ce visage qui m’avais apporté tant d’amour et de bonheur. Elle avait tellement changé que je ne la reconnaissais plus très bien." .......

( Niu-Niu/ « Pas de Larmes pour Mao » )

31/12/2013

tout le plaisir du monde

Il y a une operette d'Offenbach (qui avait été diffusé à la télé le soir du Nouvel-An en ? à la fin des années 90 ... ....quelqu'un sait-il s'il y en a une vidéo qq-part sur le Net?)  "Les Brigands", qui m'avait frappé dès les années riches de l'enfance (à l'époque où il y avait en France une radio, une  radio aux programmes qui faisaient vraiment une société, et qui transmettait tout, TOUT ce qui fait la culture d'une société et d'une civilisation, et tout le plaisir du monde !) et de cette époque le fameux choeur chanté à mi-voix: "J'entend un bruit de bot'-tes  de bot'-tes de bot'-tes de bot'-tes
Ce sont les Cara'-biniers
Ce sont les cara'-biniers
Ce sont les bott'- es les bott'-es les bott'-es les bott'-es
Les bott-es des cara'-biniers!
des carabiniers!"
n'a cessé d'être un de mes airs favoris, un de ces airs qui, comme dirait Georges Pompidou (en parlant de vers), "me hantent"

Parmi les personnages de cette operette, il y a la fille du chef des brigands, qui vit dans la montagne avec son père, et toute la bande, une jeune fille, au généreux décolleté (dans la version télé), qui dès que vient le danger (fréquent dans une vie de brigands) s'exclame aussitôt  (en chantant ! ):
"Sil faut se battre, me voilà !"

Voilà, c'est tout ce que j'avais envie de dire.



Ce n'est pas si innocent que ça. Cette fille du chef des brigands est un personnage admirable,  et positif (rien à voir avec la société actuelle!), son personnage, son image et  aussi son exclamation,
un seul vers,
le temps d'une mesure de musique sans doute, ou deux je ne sais pas bien reconnaître les rythmes musicaux, est aussi un bout de chant qui me hante!
....) 

11/12/2013

le plus beau poème d'Edmond Privat - Sur vojo de l'vivo

I

 

Sur vojo de l’vivo vaginte tre sola
Dum jaroj bruemaj de l’knaba juneco,
Kaj multe plorinte sen vorto konsola
Dum sonis ridad’ el apuda gajeco,

 

Tagon mi renkontis voje
La rigardon de princino,
Tuŝis mian manon foje
Dolĉa mano de fratino.

 

La manon mi kaptis kaj premis tremante.
El miaj okuloj ŝi plorojn ĉesigis,
Kaj sulkoj de l’frunto forigis kisante.
Ni manon en mano la vojon daŭrigis.

 

Blue brilis la ĉielo ;
Ĉie floris la ĝardenoj.
Por la haroj de l’anĝelo
Kreskis rozoj kaj jasmenoj.

 

Sur vojo de l’vivo nun dolĉa kaj bela
Ni, kvazaŭ du cignoj sur blua rivero,
Malpeze glitadis al revo ĉiela,
Dum harpoj kantadis pri l’ama mistero.

 

Pura ŝajnis tuta mondo,
Bona ĉiu, bela ĉio.
Ĉirkaŭ ni dancadis rondo
De petaloj el lilio.

 

Ni revon mirindan komencis sen limo
Pri lando eterna de paco kaj ĝojo ;
Kaj kanton de nia komuna animo
Plej pure ŝi ritmis laŭlonge la vojo.

 

Niajn rozojn ŝi disdonis
Al lacegaj vojirantoj,
Kaj infanoj ofte kronis
Per kronetoj el diantoj.

 

II

 

Sur vojo de l’vivo nun vagas mi sola,
Senzorge al kie la tempo min blovas ;
Ĉar, kvankam min celus eĉ vorto konsola,
En aĝ’ mia nuna mi vivi ne povas.

 

Haltis mia koro voje
Ĉe la tombo de l’princino,
Kiu donis al mi foje
Dolĉan manon de fratino.

 

La tagon, en kiu ŝi haltis kun larmo
Kaj blankan la manon forŝiris el mia,
Mi kial ne povis en morta malvarmo
Ŝin sekvi sub teron al tombo glacia ?

 

For de l’tomb’ en nuna horo,
Min disrompas per tirado
Malantaŭen rememoro
Kaj antaŭen plu-vivado.

 

Sur vojo de l’vivo, pro kia mistero
Eĉ amo nur estas pruntaĵo momenta ?
Ĉielon ni trovas kaj perdas sur tero,
Kaj blovas ankoraŭ la tempo turmenta.

 

Tamen ĉesu, plendo mia,
Se antaŭen vokas devo.
Kantu, harpo melodia,
Pri la land’ de nia revo ;

 

Ĉar iam ni revon komencis sen limo
Pri lando eterna de paco kaj gojo ;
Sed kanto de nia komuna animo
Kun voĉo karega perdiĝis sur vojo.

Kaj vagadas nun fantome
Mi, kun floroj en la manoj
Por disporti ŝianome
Al laculoj kaj infanoj.

(ĉu necesas komenti ? komentu mem, en via kor')

04/12/2013

le sourire de mon père

*oui il avais je trouve un sourire très spécial, et il l'avait même conservé, ou au moins certaines façons de faire des mines, sur son lit d'hôpital, à moitié paralysé.
Or ce sourire je l'ai retrouvé chez mon chien Colley. Oui ! les chiens peuvent avoir un sourire, certains, quand ils ont une paire de lèvres de chaque côté de la gueule, regardez :

sonsourire.jpg

 

et maintenant mon père :APlatteau.jpg

AlbertPlatteauà73ans.jpg

*

28/10/2013

que de morts ! que de morts !

Et Minne-Coenne, et Lamérand ! et Blondel, comme quoi se chatouiller avec plaisir ça n’empêche pas de mourir, le bonheur ça n’empêche pas de mourir, hein Jacqueline? ni la communication, et Toffart, la pauvre vieille solitaire, prof de violon, que je n’ai pas voulu consoler ce soir là - trop tard! - et les Rebitz, que mes parents se permettaient de conseiller de déshériter son fils au profit de sa fille ! et la Wallaert…, et Fruleux, et Smagge, Six, Vandenbrouck, Mullier, les Mullier … toute la famille, et Visticot, et Timmerman, et Liefooghe-Sence, et Croquette, et Decherf, Belpalme, Mlle Morival (qui tenait l’harmonium), Vampouille, Chieux, et Coppin, et Desodt, même le fils…, Quaghebeur, Verdru, il y en aurait des dixaines,
ils sont tous sous des plaques tombales maintenant tous ces gens.

 




 

De toutes façons le lune n’existe pas, elle est déjà morte, et la terre avec, et la galaxie aussi bien sûr ; et il n’y aura aucun Jean Rostand pour s’en souvenir. 

eh oui ! on n’est jamais venu au monde, on n’est jamais né.Va voir un peu au 20 rue de Canteraine s’il y a une différence entre être né et ne pas être né ! 

 


"diciendo no al la muerte!" dit Chavez. oui …. Mais, savez-vous, Miguel de Unamuno a passé toute sa vie à dire « no » al la muerte, et il est mort quand même à l’heure qu’il est !….

26/10/2013

ve mi bezonUS peceton de ĉio tio ....

L'espero

 

En vestaĵo fantazia

kunportante novan senton,

alproksimiĝas l'espero.

Mi bezonas nur peceton

da konfido kaj kontento

kaj se eblas,

la kareson de la vivo,

kaj rideton de l'amiko,

kaj brakumon de pasio,

kaj se eblas,

ho ve, Dio!

por kaŝi la mian timon,

ĉielan blankan mantelon.

Sed, mi timas

ke la espero

preterpasos,

kaj mi restos

elpensante

novan revon.

 

 

Angel Arquillos 10-9-13

17/09/2013

portrait d'un étranger, qui pourrait bien être celui de l'auteur

 

«  - Je ne vois rien, en lui qui ne soit l'apanage de nous tous

- Observes-le. Tu comprendras.

- Je ne le quitte pas des yeux.

-  A l'infini il doit son regard de myope; au passé, enfoui dans sa mémoire, son sourire blessé – le sourire d'une très ancienne blessure; à la crainte, la méfiance, sans doute, la lenteur de sa démarche. Il sait que la fuite est illusoire. »

(Edmond Jabès)

14/07/2013

Elle aimait aller sous la pluie battante, cueillir et manger du cassis avec une tartine beurrée à même le jardin, la neige blanche, peindre, les calins, les baisers, les chats, les nounours, les dragons. Et bien sûr jouer aux cartes, faire du crochet

 

 

ma mère ...

10/07/2013

une larme bien oubliée, du temps où je savais pleurer

*


 

 

23/06/2013

Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage La grande neige d’automne fond sur votre visage Et vous avez sommeil

Quelques extraits de mon journal intime, il y a bientôt
30 ans ...

-  16/2/1985 sur certains souvenirs récents et sur l’ONIC :
Se rendent-ils compte de ce que ça représente de vivre ça, tout seul ?

Ils (elles) me font l’effet de petites figures en carton-pâte qui s’agitent en
tous sens, de puériles et inconsistantes marionnettes, sans cœur, et qui ne
communiquent rien avec personne, qui échangent des lieus communs et des
faux-semblants, ils jouent, avec leurs esprits égoïstes et étroits, à un jeu
codé
, se masquent les réalités quand elles sont gênantes, et crêvent

« et puis on t’enterre et puis c’est fini» chantait vers 1960 ROBERT LAMOUREUX.
Et les survivants continuent de s’agiter frénétiquement et de

manipuler le jeu.


- Avec le temps vient le moment où on n’a même plus la force
de se révolter, comme ces vieillards qu’on voit évoquer leur mort en

l’acceptant, voire en la souhaitant, état ultime d’aberration et de

déchéance humaine. Déjà avec l’age l’avachissement, le dessèchement
du cœur
on perd la conscience des choses, même si on l’a eu étant
enfant, même si on en
a plus que jamais le savoir intellectuel. Et puis
 quand l’expérience de la vie,
le désespoir et la fatigue ont fini par tout
miner, user les facultés
productrices d’illusions …

 

3/3/1985 N'y-a-t-il donc rien d'autre dans la vie que le sordide et la mort !?

n'y a-t-il rien d'autre que le vide et le gâchis ?
Et pourtant j'aime tellement la vie. Même si on passe à côté de tout. Même si
l'immense majorité des gens sont si bêtes qu'ils lui coupent les ailes et la
ratatinent d'égoïsme, de conformisme, d'inconscience et de vulgarité. Et
pourtant il y a tellement de si belles choses; du langage Prolog à
l'architecture du château de Hillerød,
de la morale personnaliste aux beaux gros minets
Pourquoi faut-il que tout cela, et la vie de tous ces enfants soient dénués de
tout sens !

 
 
Le 3 avril au soir : Pourquoi faut-il n'avoir à penser que
des trucs à vous fendre le coeur ?! 

enfermé de toutes parts, hermétiquement, de murs entiers de choses à
fendre le coeur. Sans pouvoir y échapper, sans même pouvoir se voiler la face
ou se boucher le nez.
J'ai un coeur qui ne demande qu'à déborder de tendresse, une âme qui ne demande
qu'à être aussi vaste que le Cosmos, aussi passionnée que la musique, et je
suis irrémédiablement sevré de tout amour, d'espoir, de sens, autour de moi,
devant moi que le vide, l'impuissance, le désespoir, le gâchis, la souffrance,
et l'horreur

Les chiens écrasés, cette forme de beauté, cette masse de chaleur et d’amour, de vie et de sensations qui est, là, transformée en une informe galette de sang et de boue ; De temps en temps on en rencontre

 

Nulle part, de quelque côté qu’on tourne son esprit, dans la sphère intelligible comme dans la sphère sensible, il n’y a aucun réconfort ni aucun espoir, aucun sens, rien qui soit désirable, ni même supportable. Il n’y a aucune chaleur nulle part dans la vie, ni dans les choses, ni dans les gens, rien qu’un froid mortel. Rien que la solitude et la conscience de devoir mourir.

 
 
- 8/5/1985 « Manhattan », le film de Woody

Allen, est passé à la télévision. C’est un pur chef d’œuvre.
Je suis allé le voir 2 fois au cinéma, ça fait donc 3 fois. Et s’il repassait à

Arras j’irais encore le revoir une 4ème fois. Il y aurait tant de choses à en dire.

La scène finale est une des rares œuvres qui me met les

larmes aux yeux. Je me souviens ça ne m’est je crois arrivé qu ‘en lisant
un extrait des « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand intitulé
« Un orage en Suisse ». Et une fois en lisant « Brève rencontre » de Françoise Sagan. Et au cinema la dernière scène de « Paris, Texas »

 

- Je n’essaye même plus d’entreprendre ou d’acquérir quoi
que ce soit, à quoi bon ! puisque ce ne serait que encore des fatigues et
des souffrances pour un résultat nul ou une dégradation supplémentaire.
Si seulement avec toutes ces fatigues, efforts, souffrances, j’obtenais quelque
chose ou si la stérilité n’était que le prix du repos et de la décontraction,
même pas : Toujours souffrir pour rien,  fatigues pour le gâchis, dépenses
de temps et d’argent pour un mal supplémentaire.

 

- 25/5/1985 Maman ! je voudrais mourir dans tes
bras, et avoir enfin la paix.
Mon Dieu, je ne veux pas mourir ! Ayez pitié de nous. J’aime ce monde.


- Marie-José me réécrit, après 20 ans. Dans ses lettres

je lui trouve un type flamand dans le caractère (et ce n’est pas un compliment)
Tant pis ! Puisqu’elle veut bien correspondre avec moi, je vais sauter
dessus comme la pauvreté sur le monde !

 
 
 29/6/1985 Je vis

dans  la solitude et l'incomprehension.
Et pourtant je suis sentimental comme un chévrefeuille  …

Le mardi 18 juin j'ai vu le film « Les baliseurs du désert ». Je me
disais C'est de circonstance, c'est comme mes vacances (en tous cas c'est comme
ma vie)
on cherche on n'arrive pas à savoir quoi, mais ce n'est pas gênant, puisque
que de toutes manières on ne le trouve pas ! De toutes façons, c'est pas grave
parce qu'il n'y a rien à trouver.

 

- 24/6/1985 Tous les gens que je fréquente sont tellement
médiocres, que même avec les très rares avec lesquels je peux me sentir en
confiance, je ne peux rien partager.
J’aurais envie de faire venir l’accordeur de piano, rien que pour voir quelqu’un de sérieux : un professionnel
« sérieux » c’est de nos jours quelque chose de si rare, et pour
rencontrer quelqu’un, quelqu’un, et pas ces éternelles insignifiantes pécores.

 

- 30/6/1985 Tout va encore bien, mais un jour ça ne
fonctionnera plus ; un jour mon cerveau ne sera plus irrigué, alors toutes
ces nunuteries, toutes ces cocottes en papier, toutes ces petites conneries
disparaîtront et le monde avec, et la passé et l’amour.

 

- 5/7/1985 « Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage :
                  La grande neige d’automne fond sur votre visage
                  Et vous avez sommeil. »

                                               (Milosz)



-1988
Développer la comparaison entre le début d’un amour et le mouvement vers Dieu.

(sauf que je ne l’ai pas fait ! une fois de plus, décidément je ne suis pas assez doué, ou surtout trop feignant, note de 2003) Sauf que Dieu ne répond pas, n'appelle pas, n’a pas de qualités à lui, pas de défauts, pas de visage unique, sacré entre mille, on ne peut pas le serrer dans ses bras, manque plus rédhibitoire qu’on ne pense, pire : il n’existe pas. 

Devochelle appelait Mme D.« la môme D. »,
car il l’avait connue toute petite. Bientôt on pourra l’appeler « Mémé D. »
… Plus tard on dira « C’était là qu’était enterrée Mme D. » Moi je
serai mort depuis longtemps, toutes mes affaires dispersées ou jetées à la
décharge. Et plus personne ne se souviendra 
seulement que j’ai existé. Pas même moi ; et c’est bien là le
problème ……….




Souvenirs mis par écrit le 30/12/97…


Maman était tellement fatiguée qu’elle s’endormait en tricotant ou faisant du crochet, et toutes ses mailles se défaisaient, et quand sa tête penchait et tombait en avant ça la réveillait en sursaut, et ainsi de suite.

Tous ses travaux de broderies !

Elle avait un goût prononcé, et un don, pour la peinture, et n’ayant eu aucune formation, sans calculer ni y mettre d’application comme moi, dont les résultats étaient si maladroits malgré les efforts ! (ou à cause ?), elle parvenait à de bien meilleurs résultats, sans inhibitions elle improvisait des couleurs de son cru et c’était harmonieux ; elle aurait plu aux profs des écoles de maintenant. Mais de son temps ça n’existait pas. Si elle avait pu faire des études ? Mais dans son temps et milieu c’était exclu.

Tout ça a été jeté par papa après ; je n’ai presque plus rien.

Et les radio-crochets avec Zappy Max (Il est mort.. .). Les chansons de Dalida (elle est morte ...) à la radio.

Les cha-cha-cha burlesques. Mireille.
La Marseillaise tous les soirs à minuit à la fin des émissions.

Et les concours qu’on faisait, où il fallait classer les chansons dans le même ordre de préférence que le résultat global. (On n’a jamais gagné je crois)

« Quitte ou double », « Le rêve de votre vie », (et les publicités pour  Soir de Paris de Bourgeois et Kléber-Colombes) « Accusé levez-vous ! », « Je voudrais bien savoir », et l’après-midi du jeudi entièrement consacrée à des émissions enfantines. Michel Auriac, Marianne Oswald.

Stéphane Pizella, « Au-delà des mers » et Bachir Touré, le seul comédien noir à cette époque ! encore coloniale. Les émissions en langue kabyle qu’on écoutait tous les soirs. Et les émissions polonaises de Radio-Lille. « Mouvi Paris nafari gochni Lille » (je ne garanti pas l’orthographe !) Et Simons. Et les messages aux familles des militaires en Algérie. On ne savait pas ce qui se passait réellement à l’époque.

Tout ce que maman avait, des heures durant, raonté sur son enfance, sa jeunesse, sa famille, Malincourt, et les voisins, le curé Bodchon (il y a un opuscule de lui sur Internet ! http://pagesperso-orange.fr/pierre.decaudin/malincourt/in... j’ai vu) - qu’elle critiquait tant ! - et la vie à l’époque ; que j’ai oubliés. Ce n’est plus possible de le reconstituer… plus jamais.

L’éclairage dans les campagnes avant que l’électricité ne soit installée, les lampes à pétrole, les quinquets, les saucissons et les pains de sucre candi pendus au plafond, et dont on cassait de petits morceaux pour mettre dans le café, (ça c'était avant 14) les coups de casquette de son père (une fois passé la toute petite enfance, où ils avaient le droit de tout , les enfants étaient dressés à la dure). Le tennis sport de riches, le scandale devant les premières jupes « courtes » (au genou) etc. Les zizanies, rancunes, et autres démélés dans sa famille (ce n’était pas la joie !) Sa sœur Julie morte en couches, d’hémorragie (c’est pourquoi elle-même 15 ans plus tard est allé à la maternité, et avec raison, car elle aussi a eu une hémorragie), la phlébite et la mort de son père en 41, celle de sa mère en 46 (qu'elle appelait encore dans son sommeil à près de 70 ans) l’occupation par les soldats allemands en 14, et en 40. Les « pikinini chinois » en 18, et les prisonniers russes se nourrissant de trognons de betterave en 40. L’évacuation à Binche en 1918, et la grippe espagnole.

Le vieil Auguste Wargniez, si frèle, si vieux, et sa femme Reine. A Malincourt leur maison sur la place, et son beau « jardin de curé ». Maintenant la maison est mise à louer, en langue anglaise !…  pour des touristes !….

Les dernières batteuses, que je voyais passer dans la rue à Bailleul, et les derniers chevaux de trait, de race flamande, si gros et grands. Et la baladeuse à bras dont papa se servait pour aller monter des chapelles mortuaires chez les gens. La dernière pompe à eau publique dans la rue du Musée, supprimée après 1954, 55 ?
Les séances de jogging qu’on faisait avec Claude Roatta le midi (vers 1990, on change d’époque !), et avec la fameuse Noëlle (morte subitement longtemps après en 2007) en allant à la cantine, avec les aller-retour en voiture c’était la course (en 1987-89 ?), maintenant ce serait tout à fait impossible, les déplacements en voitures en ville deviennent de plus en plus lents et difficiles, quand ce n’est pas carrèment impossibles.

Les éboueurs, vers 1960, à l’époque pas de poubelles standard, ni de benne étudiée pour, simplement un camion où les éboueurs piétinaient dans les ordures en y vidant, à la force du poignet les récipients de fortune qui servaient de poubelle. (Maintenant c’est l’excès contraire ; je ne sais pas où ça va nous mener ce caporalisme et ce totalitarisme hygiéniste qui commence à étendre sa chappe de plomb sur la société (1998, et après ...)

 

 

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent

oui, c'est tout à fait ça. Très juste comme expression.