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01/02/2017

première règle du chercheur : lire des textes d'origine !

Or, le 28/8/2016 j'ai  relu les derniers chapitres du roman "Le fou de Dieu" d’Elian-J. Finbert, auteur que j'aime très fort par ailleurs, à cause de tout ce qu'il a écrit sur les bêtes, et sur son enfance, et ses émissions autrefois à la radio, donc j'ai essayé de me procurer ses autres livres par curiosité, (Je rappelle que Elian-J. Finbert est d'origine juive, Finbert est son "nom de plume", son vrai nom est Feinberg).
Le roman (la fin du roman) d’Elian-J. Finbert « Le fou de Dieu » (le personnage ainsi surnommé est un cheikh soufi au début du roman) permet de mieux comprendre ce qu’on pourrait appeler le problème juif (psychologique, intérieur, non pas celui que Hitler appelait ainsi !
de même que les journaux actuels parlent sans vergogne de nos jours du « problème rom » .…), il faut lire ces chapitres, et on pourrait à cette lecture conclure, un peu à la manière de celui qui avait (méchamment !) dit d’André Malraux qu’il était « un moulin à vent qui se prend pour Don Quichotte »     que les juifs (du moins ceux qui sont taraudés de ce genre de pensées !) seraient des affairistes narcissiques qui se prennent pour le Messie sauveur de l’humanité. (soit dit en passant dans les années 30 les nazis avaient curieusement le même genre de vision sur le peuple allemand aryen frère aîné de l’humanité, lumière du monde et porteur de la civilisation !) Le héros du roman lui est narcissique, et un tantinet velléitaire, mais c’est tant mieux parce que ceux qui deviennent des BHL ou des Strauss-Khan ….. on s’en passerait bien ! Heureusement il y en a eu d’autres moins narcissiques qui ont jeté leur fameuse « race » (c’est Elian Finbert, alias son héro, qui n’arrête pas d’utiliser ce mot !) par la fenêtre, et ont par des talents, qu’on trouve à l’occasion chez tous les peuples aussi bien, ou un idéalisme réellement fraternel (c’est à dire comme le pratiquent les communistes ! Ou les gens qui serrent contre eux les animaux, sans se regarder le nombril mais le regard de l’animal en question, comme a su faire Elian Finbert lui-même - qui valait mieux que son héro, moins "héroïque" mais plus enfant, donc plus humain), qu’également on peut trouver aussi partout, apporté, non pas le "salut", mais des choses positives à la civilisation.

Je cite (c'est le romancier Elian-J. Finbert, et donc son héro, qui parle) :

« L’orgueil de sa race s’était déchaîné en lui. Il croissait de jour en jour comme une herbe sauvage. ….
Le zèle d’être juif le dévorait. Le privilège d’appartenir au peuple élu l’énivrait comme si cela avait été une espèce d’aristocratie. Une âpre bravade le soulevait de se dire Juif, descendant de la vieille souche des pasteurs et des caravaniers, ces premiers dieux de la terre … Cette race de maîtres soumise à l’ordre de la loi, comme elle le plongeait dans de merveilleuses inquiétudes !
Cette marque d’exception lui envoyait sans cesse un sombre feu à travers toute son âme. Une volonté de dominer et de vaincre, …
Il s’exaltait d’être fils de rois et de prophètes, seigneur parmi les seigneurs, comme l’était tout juif ! »

Ouaou !! Eh beh !... Les antisémites auraient-ils raison ?    
Et attention ! Ça c’est écrit par un juif : Elian-J. Finbert, sioniste et admirateur (assez naïf je trouve) de l’État d’Israel, homme de lettre, idéaliste, tendre et ayant gardé son coeur d’enfant. Et ce héros il ne le critique pas, c’est peut-être même son image car le roman a l’air d’être partiellement autobiographique.
Et dans le même mouvement ce héros décide de vivre pour le bien de l’humanité, d’amour et de fraternité, le « sel de la terre »!  Mais, qu’est-ce qu’un amour pour l’humanité basé sur un tel orgueil et un tel nombrilisme ? Danielle Bleitrach n’est pas comme ça ! c’est une communiste, une vraie.
Quant à Gilad Atzmon il joue du saxo parce que ça lui fait plaisir et sans doute pour faire plaisir à son public, comme tout artiste, mais il ne ramène pas ça à son appartenance (due au pur hasard de la naissance) par droit du sang en plus ! à une « race » (sic) de maîtres, « seigneurs parmi les seigneurs » - mazette ! - à un « peuple de rois »

Quand on voit (et surtout quand on l’entend, argh!) le « journaliste » Haziza, question élite, et surtout élite morale, on fait mieux
alors quand on lit :

« Notre race est la race des Maîtres. Nous sommes des dieux divins sur cette planète. Nous sommes aussi différents des races inférieures que les humains le sont des insectes. En fait, comparé à notre race, les autres races sont des bêtes et des animaux, un bétail au mieux. Les autres races sont comme l’excrément humain. Notre destin doit être de régner sur ces races inférieures. Notre royaume terrestre sera gouverné par notre chef avec une baguette de fer. Les masses lècheront nos pieds et nous servirons comme des esclaves. » (c'est de Menahem Begin ça !)

on reste pantois.

On aimerait savoir si ce genre de sentiments est fréquent chez les juifs ou n'existe que chez de rares déséquilibrés ?
Il faudrait pouvoir faire une enquête statistique, avec questionnaire, et les méthodes de l'INED, mais de nos jours un sondage sur ce sujet serait interdit. Le même genre de sondage fait auprès d'allemands ou d'états-uniens, ou de sikhs, on pourrait le conduire, mais auprès des juifs personne n'oserait, de peur de voir sa carrière brisée sans recours, voire de se retrouver lui-même en prison. Les temps sont durs pour les recherches sereines !

18/12/2015

un troisième !

trois livres vitaux

Laurent Mauduit, "Les imposteurs de l'économie"

http://www.amazon.fr/Les-imposteurs-l%C3%A9conomie-Lauren...

une œuvre de salubrité publique :

http://www.leretourauxsources.com/index.php/histoire-secr...

 

« La vie privée en péril », le cri d'alarme d'Alex Turk

http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur...

 

 

 

09/12/2015

livres recommandés

avant de commencer il y a celui dont parle Marianne et dont elle est co-auteure :

Au fil des souvenirs ici quelques livres, souvent injustement peu connus, que je recommande au plus haut point :

  Les Familiotes
Mémoires d'une Jeune Fille rangée
Le Pain Dur
La Foire des Ténèbres
En Gagnant mon pain
La Fille du passeur
Le Bonheur d'être Suisse
La Douane de Mer
La Société Pure
Mémoires d'Outre-Tombe
Charles Trenet
Les Couleurs de la Honte
L'Etat Inquisiteur
En Finir avec le Sionisme
La Domnitza de Snagov
Jeannot Mémoires d'un Enfant
Histoire d'un Conscrit de 1813
L'Ame des animaux
Modernité et Holocauste
Bouvart et Pécuchet
Elisabeth ou le vent du sud de Joseph Bialot
* "Les familiotes" de JEAN ROSTAND

Celui-là  ce n'est pas seulement "injustement peu connus" , il est carrèment introuvable hors des marchands de vieux livres, ou, si vous n'êtes pas salariés mais par exemple étudiant , rentier, bourgeois, retraité, et qu'il vous est possible pour vous de vous rendre dans une "bibliothèque municipale" (car ces lieux désormais sont inaccessibles aux salariés étant donné leurs horaires d'ouverture plus que restreint et sans aucune considération pour les gens) donc si vous réussissez à mettre la main dessus faites-en des photocopies ou esssayez de convaincre un éditeur, si vous "avez des relations" , de le rééditer.
Car Jean Rostand, né dans un milieu de hauts bourgeois et ayant longuement eu l'occasion de les observer et d'écouter leurs conversations, a "commis" dans sa jeunesse, avant ses livres de philosophie scientifiques, qui eux ont été régulièrement réédités, plusieurs livres de critique sociale, malheureusement jamais réédité, alors qu'ils étaient des vrais "bijoux" d'ironie voltairienne mordante, pince sans rire et d'un talent fou (et si pertinent!)

(Je vous recommande en particulier "Le poulet", un petit chef d'ouvre d'humour pince sans rire, qui en plus nous montre à nous contemporains de la fin du XXème siècle combien le statut social de la viande de poulet a changé !)
 
* Simone de Beauvoir (21-04-2005)

Un livre que je conseille vivement: "Mémoires d'une Jeune Fille rangée" de Simone de Beauvoir (née un 9 janvier) Très humain et interessant, passionnant et qui fait plus d'une fois réfléchir.
Et il y aurait plein de choses à citer.
Dès les premières pages ça commence très fort:
"je me promis, lorsque je serai grande, de ne pas oublier qu'on est à cinq ans un individu complet. Ce que niaient les adultes."
Qu'est-ce qu'elle a raison!

allez! je ne resiste pas au plaisir d'encore une:
"Les noisettiers murmuraient et je comprenais leur oracle; j'étais atendue: par moi-même. Ruisselante de lumière, le monde couché à mes pieds comme un grand animal familier, je souriais à l'adolescente qui demain mourrait et ressusciterait dans ma gloire: aucune vie aucun instant d'aucune vie ne saurait tenir les promesses dont j'affolais mon coeur crédule".



So ist das Leben...

et bien sûr, bien sûr:

"Je fis une autre découverte. Un après-midi à Paris, je réalisais que j'étais condamnée à mort. Il n'y avait personne d'autre que moi dans l'appartement et je ne refrénai pas mon désespoir; j'ai crié, j'ai griffé la moquette rouge. Et quand je me relevai, hébétée, je me demandai: "comment les autres gens font-ils? Comment ferai-je?" Il me semblai impossible de vivre toute ma vie le coeur tordu par l'horreur. Quand la déchéance s'approche, me disais-je, quand on a déjà trente ans, quarante ans et qu'on pense: "c'est pour demain", comment le supporte-t-on?

 

* Le Pain Dur

Qui a eu la chance de voir la pièce de Claudel "Le Pain Dur" jouée par de bons acteurs ? (qui ne l'a pas eu a perdu quelque chose!)
Contrairement aux autres pièces de Claudel ce n'est pas un ramassis de phrases verbeuses et ennuyeuses, c'est une vraie pièce, c'est très humain et attachant, ça fait réfléchir plus d'une fois (et c'est plus en quelque sorte un document historique sur les grandes évolutions, problèmes et psychologies du XIXè siècle) et ça réussit ce "miracle", pierre de touche de qualité je trouve, que, quoique tous les personnages sans exception sont , au moins à un moment donné, des scélérats, on s'attache néanmoins à chacun avec empathie !



* La Foire des Ténèbres de Ray Bradbury

Vous connaissez Ray Bradbury, l'auteur des "Chroniques Martiennes" ? En fait ce n'est pas un auteur de science-fiction, c'est un poète et un philosophe. Dans les Chroniques le thème de "science fiction ne sert que de cadre à développer ses réflexions , y placer ses rejets, leçons, souvenirs sensuels de la vie quotidienne des gens dans les petites villes du Middle West, de parler de la mort, de la solitude, etc.
Donc.
Il y a de lui un livre qui est contrairement au précédent peu connu, et pourtant je le mettrais facilement parmi les oeuvres "fondamentales", "incontournables", qu'on n'oublie plus jamais de sa vie une fois qu'on les a lu, et dont on peut tirer une foultitude de citations. (Son titre original anglais est lui-même une citation, de Shakespeare, je vous le donne pour ceux qui veulent l'acheter et le lire en anglais: "Something wicked this way comes"),
c'est "Le Carnaval des ténèbres" (titre de l'édition française, donc). C'est un livre sensuel (la sensualité de la nuit et de la vie quotidienne, qu'on a perdu dans la France actuelle, et sans doute aux USA actuels aussi) et profond, et beau à en pleurer.

« Le père et le fils, d’un dernier effort se retrouvèrent sur le rebord de la fenêtre ; ils avaient la même taille, pesaient le même poids, avaient le visage éclairé par les mêmes étoiles, et restaient l’un contre l’autre, savourant une merveilleuse fatigue, réprimant des rires fous qui leur secouaient les os sur le même rythme, et par crainte de réveiller Dieu, le pays entier, l’épouse, maman, chacun mit une main sur la bouche de l’autre, senti la chaude hilarité jaillissante et ils prolongèrent cet instant, les yeux brillants d’une joie commune, et humides de véritable amour. »

"Il comprenait à merveille ce que leur apportait le vent, où ils les emmenait, vers quels endroits secret qui ne retrouveraient jamais ce charme de mystère dans la suite de l'existence. Au fond de lui, une ombre se retourne tristement comme en une tombe. Par une nuit pareille, il fallait courir, pour échapper à la tristesse."

 

« -" Je le sais. Je sais tout." Sa mère se tut un moment avant de reprendre :
- Qu’est-ce que tu sais, Jim ?
- Que ça ne sert à rien de faire des hommes. Ils meurent. Il avait dit cela d’une voix douce et calme, presque triste.
- Savoir ça, ajouta-t-il, c’est tout savoir. »

 

« ....  les autres soirs où il errait merveilleusement seul, proposant voluptueusement ses idées aux murs qui les renvoyaient une fois en écho, puis les faisaient disparaître à jamais. Toute sa vie, il avait écrit des livres sur l’air des vastes bâtiments et il avait tout laissé s’envoler. »  


C'est de ce livre que j'ai tiré aussi la citation que j'ai mise dans ma présentation de l'Espéranto:
"Vraiment c'est connaître qui est le bien, ne pas connaître ou refuser de connaître qui est le mal ou la source du mal."





* En gagnant mon Pain de Maksim Gorki
Gorki a raconté sa vie dans trois livre; le premier est le plus connu "Enfance", on trouve aussi parfois le troisième "Mes Universités", le deuxième : "En gagnant mon pain" (qui correspond à la suite de son enfance jusqu'au début de l'adolescence) est le moins connu (et pas facile à trouver en librairie!) et pourtant !! C'est, de loin, le plus intéressant, le plus émouvant, à la fois roman d'aventure  à la première personne captivant, galerie de portraits psychologique, je ne vous en dit pas plus, extraordinaire! et en même temps poème fascinant qu'on ne peut plus oublier une fois qu'on l'a lu, et aussi une mine d'or pour un philosophe.
Trouvez-le! vous ne le regretterez pas.


* La servante du passeur (Die Magd des Jürgen Doskocil) d'Ernst Wiechert

Une austère et émouvante histoire d'un pays qui n'existe plus, la Prusse orientale.
En plus et en dehors de la valeur littéraire et humaine du texte, c’est un livre qui, entre autres, aide à comprendre  des choses:

allez donc vous étonner que quelques années plus tard tous ces gens-là aient voté Hitler comme un seul homme et se soient laissé persuadés qu’il fallait exterminer les juifs, les slaves, et les tziganes, et les fous, et les handicapés (ces salauds ridicules), pour vaincre le Mal et pour que l’Allemagne soit plus hygiénique.

(Et ça veut dire aussi que tous ces gens qui sont parti pour l’Amérique de Salt Lake City ce sont des gens comme ça. On comprend mieux les USA de Bush … )

En "annexe", une phrase du roman fait réfléchir à autre chose :
« Au retour, il fallut le soutenir. C’était la première fois qu’il
s’appuyait sur elle, et tout obscure que fût son âme, elle sentait
profondément quelle sorte de bonheur lui donnait son amour pour Jürgen. »
Ce sens de l’amour est tout à fait perdu de nos jours chez les femmes . Maintenant elles ne supporteraient pas ça, une telle situation elles se révolteraient aussitôt, et : « il n’a qu’à s’assumer », dans un cas comme ça elle le plaqueraient aussitôt, et l’enverraient crever dehors,
« pas emmerder le monde », en emportant les gosses, et en gardant
l’appartement bien sûr ; et sans oublier de lui réclamer une pension alimentaire.

 

* "Le bonheur d'être suisse" de Jean Ziegler
C'est comme les Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, et ça les vaut. Comme Mémoires d'Outre-Tombe  ce n'est pas seulement  l'histoire d'une vie (très attachante et Jean Ziegler est un un personnage admirable, qu'on ne peut oublier) c'est mélé à un coeur de chair saignant et à une intelligence perçante, une vaste symphonie humaine et historique, une fenêtre ouverte sur toutes les  dimensions du temps et de l'espace. Avec ceci de plus par rapport à Chateaubriant que ça parle de notre monde où nous vivons, où d'autres meurent (ou sont morts...) et dont Ziegler a si bien su mettre à jours les noirs dessous, et dénoncer les scandales fondateurs. ("En écrivant je veux contribuer à délégitimer la doxa des seigneurs.")
Ca déborde non seulement d'intelligence et de révolte, mais d'émotion, d'angoisse , de fraternité, de poésie et de sensualité. C'est le genre de livre qu'on a envie de garder sur sa table de nuit pour en faire un livre de chevet.

 

* "La Douane de mer" de Jean d'Ormesson
Je ne vous en dis pas plus, c'est un bijou, un joyaux d'érudition, d'émotion, d'humilité, d'ambition, d'amour, de désespoir intellectualisé, d'élégance vieille France, de poésie et de sensualité.
C'est (et ça se veut) une somme, mais une somme errante à la fois passionnément aimante et désabusée, une somme à la Jules Laforgue. (Et sans conclusion bien sûr. Peut-il en être autrement?)  Sur quoi ? mais sur tout, bien sûr !
Je ne crois pas qu'on puisse faire mieux, ni plus profond, ni plus charmeur (on peut en tirer des dixaines de citations).
D'ailleurs l'auteur lui-même a essayé de "refaire" la même chose, dans "Presque rien sur presque tout", et, là, c'est raté!

 

* "La société pure" de André PICHOT
De Darwin à Hitler. Flammarion, 2000, 460 pages http://cyberboutik.chez-alice.fr/etudes/e3926/e3926rm3.htm

Très, très interessant, et révélateur. Je n'en dis pas plus.
Une citation:
"Les motifs "biologiques " de l'extermination des malades mentaux, des handicapés, etc, cachent mal les motifs économiques."
"le drame particulier de la famille Knauer qui avait un enfant incurable et qui demandait pour lui la "Gnadentod" ("mort de grâce") laquelle lui fut accordé, à lui, puis à quelques centaine de milliers de personnes qui ne l'avaient pas démandée."
et les juifs, et les tsiganes, etc, etc, c'est un livre d'historien très documenté et très riche
et qui donne à penser.




* et bien sûr "Les Mémoires d'Outre-Tombe" de Chateaubriand
Quelle question!
Regardez Hugo Chavez aussi les a lu cet été!
http://satenhispanio.eresmas.com/artik45.htm
(soit dit en passant, il ne faut pas rater cet interwiev, traduit en Esperanto,  la langue anti-impérialiste par excellence, du chef d'Etat le plus humaniste et le plus sympatique - et de loin!! - du monde actuel)
Les mémoires de Chateaubriand, c'est un monde tellement émouvant, historique, talentueux; je regrette tellement de ne plus avoir la force d'en traduire plein de pages en Espéranto (faute de mieux en voici trois, à la file ici : http://r.platteau.free.fr/prozajtradukajxoj.html#Chateaub...

pour l'acheter


* Les chansons de CHARLES TRENET
Charles Trenet a été pendant un demi-siècle avec une fantaisie débridée et sans prétention quoi qu d'une infinie inventivité le chantre inégalé de la liberté et de l'amour, de la vie pleinement  humaine quoi, et de la tristesse aussi, dans un monde d'êtres humains, d'individus, vivant dans une culture moderne, et une société moderne, qui était encore équipée en services publics, et privés!
Une époque où on savait encore rire le coeur léger.

Il ne faut pas se limiter à ses "tubes", il faut lire la collection intégrale des textes de  toutes ses chansons: il y a des perles inconnues là-dedans, à côté du rappel de textes connus ...... qu'on n'entend plus hélas, trois fois hélas.

C'est un vrai poète.

Ça  existe, par exemple au Livre de Poche Charles Trenet les chansons de toute une vie.

Il est mort, ça n'est pas un hasard, les valeurs qu'il a chanté aussi .......


* "Les couleurs de l'infamie" de Albert COSSERY
Albert Cossery est un cas, inclassable. Egyptien francophone, issu d'une famille de riches rentiers, il débarque à Paris en 1948 et s'installe dans un hotel du Quartier Latin; il y est toujours! Il a maintenant quelque chose comme 90 ans;
C'est lui qui a émis cette idée, évidente quand on y pense bien,  mais qui semble un paradoxe quand on l'entend pour la première fois,
"Il n'y a pas de progrès de l'humanité, tout ça c'est des conneries, les hommes de maintenant sont exactement pareils que ceux d'il y a  3000 ans"
mais dont on éprouve par la suite chaque jour la justesse, et la valeur dans le jugement des choses - de même que l'étude de l'histoire c'est une libération et un riche instrument pour l'esprit.
donc - voici ce que dit de lui la wikipedia en Esperanto:
http://eo.wikipedia.org/wiki/Albert_COSSERY
la wikipedia en français est moins complète voici quand même: http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Cossery

Donc Son dernier roman, (après 15 ans de silence, il est sans doute aussi paresseux que ses personnages - dormeurs, mendiants, voleurs, farceurs, prostituées  - ce Diogène dandy et anarchiste comme un chat ! ) "Les couleurs de l'infamie" est peut-être le meilleur, en tout cas tout a fait représentatif, l'éditeur dit: "Tous les thèmes de prédilection d'Albert Cossery y sont abordés: haines des nantis, ironie à l'égard du pouvoir et désir de voir triompher les seuls être qui méritent sa considération: ceux qui ont compris que la vie était ailleurs que dans la possession de biens matériels."
Voici pour vous mettre en appetit: quelques citations:

"Longtemps il s'était demandé par quel stratagème cette énorme entreprise de mystification organisée par les possédants avait pu s'étendre et prospérer  sur tous les continents."

"... le despotisme d'un gouvernement imperméable à l'humour et férocement hostile à toute information ayant quelque rapport avec la vérité"
 
"Loin de la démoraliser, le fait d'habiter dans un cimetière le combla de bonheur. Il lui plaisait de vivre au milieu d'une population rebelle, vivants et morts confondus dans une même ignorance de toute autorité. "

 



* "L'Etat inquisiteur" de Joël Labruyère
Les Editions des 3 Monts - Auxerre, 2000, 270 pages
Comme dit la présentation: "L'Etat inquisiteur représente une contribution importante pour la défense des libertés fondamentales"
"Au-delà des aspects polémiques liés à une affaire d'état ... vous y trouverez des références, des faits et des arguments qui n'ont jamais été exposés à ce jour, et qui serviront pour la défense de quiconque pourrait être inquiété à cause de son appartenance ou de ses idées"
en conclusion
"Ce livre est aussi un témoignage devant l'histoire"




* "En finir avec le sionisme" de Jean Baumgarten
Diffusion: Librairie La Brêche 27 rue Taine 75 012 Paris ISBN: 2-9523229-1-0 parution mars 2005
Ecrit par un juif français dont la "tante Ida, ... petite cousine Irène et .. tante Esther et oncle Moïse .... arrêtes par la police  française" ont été déportés et gazés en Allemagne, ce livre est  "incontournable", definitif, une condamnation radicale argumentée et documentée, imparable, de ce dernier avatar du colonialisme, et du racisme, qu'est l'idéologie et la pratique du Sionisme.
avec une préface de Maurice Rajfus.


* les livres de Panait ISTRATI
par exemple "La Domnitza de Snagov"
Il y a une réédition récente de la totalité de son oeuvre en 3 tomes, autrement il faut chercher les éditions anciennes par :http://www.livre-rare-book.com/   Cet auteur qu'on redécouvre, est un des innombrables roumains qui ont écrit en français (c'est assez fabuleux! qq uns des plus éminentes richesse de la littérature française sont dans cette "catégorie": Anna de Noailles, Istrati, Cioran, Ionesco, Mircea Eliade, et tous les genres sont traités). Ces livres, en particulier Domnitza de Snagov, soulève et fait réfléchir au problème passionnant, vaste, et surtout complexe, des rapports entre le banditisme (type Robin de Bois) et les luttes politiques de libération. Relations complexes, pas faciles à  juger, et pleines d'ambiguïté et de pièges, de tous les côtés et dans tous les sens! aussi bien quand on s'y livre que quand on l'abandonne pour plus de "réalisme" . on le voit entre autres dans le livre, mais ce livre n'épuise pas le sujet, loin de là. Quand on pense au problème du Bolchévisme et ses opérations d' "expropriation" prolétarienne " (comprenez: des hold-ups) et bien sûr surtout à son destin  de devenir sous la coupe de ce Staline, dont on sait maintenant que c'était , en fait  sa vocation, son âme c'était celle d'un grand chef mafieux, un rusé chef de bande criminel qui a réussi dans la politique, que c'était un indicateur de l'Okhrana (la police politique tsariste) qui avait tellement de cynisme et de volonté de puissance qu'il a voulu toujours "devenir Calife à la place du Calife" et déboulonner l'indicateur n° 1 Malinowski, ce qui lui a valu finalement de rester (cette fois) en Sibérie jusque 1917. Là ses petits copains bolchéviques étant arrivés au pouvoir, il n'a encore une fois eu de cesse de devenir "Calife à la place du Calife" puis de faire disparaître tous les documents - et les témoins! - de son passé compromettant, c'est pourquoi il a décapité la totalité du haut commandement de son armée (car ils avaient finit par être au courant grâce à un dossier de l'Okhrana retrouvé). Bref on n'en finirait pas, car la problématique n'est pas du tout évidente, et pose beaucoup de problèmes et offre différents paradigmes. Et plus récemment les FARC se livrant au trafic de drogue, Et la fameuse Phoolan Devi en Inde, paysanne violée, devenue chef de bande, puis carrèment députée au Congrès. Jamais jugée, son passé a fini par la rattraper et elle a été assasinée ar un homme de main de ses ancien ennemis. Elle a même écrit une autobiographie, autre livre hautement konsilinda (en Espéranto: digne d'être conseillé), moins inspirateur de réflexion philosophico-politiques que celui d'Istrati, mais , je trouve , plus prenant et émouvant. Je conseille hautement les deux .


* "Jeannot, mémoires d'un enfant" de Jean DUTOUR
chez Plon - 2000.
Pour changer, un sujet plus souriant ,  vraiment ? non, la vie n'a rien de souriant, et les souvenirs d'enfance ne sont supportables qu'à condition d'oublier qu'ils sont morts, et que la personne qui s'en souvient le sera sous peu. Et puis les souvenirs de Jean Dutour commencent par "les gens se mirent à parler de ma mère à l'imparfait" ... "Ces imparfaits résonnaient en moi comme des pelletés de terre sur un cercueil", il a su très tôt  comment c'est quand "une personne que l'on a chérie a emporté la moitié de notre âme dans la tombe".
Bon, ce livre est admirable, humain, inoubliable, que l'on aime ou l'on n'aime pas l'écrivain qu'est devenu par la suite Jean Dutour, on ne peut qu'aimer ces souvenirs d'enfance, on suit cet enfant dans la plus grande intimité, celle de la peau et de la vie vécue, passionnant!
qq citations, qui ouvrent des abimes de réflexion, de souvenirs, ou d'enseignements:


"à huit ans, je me réfugiais dans l'art et dans le passé comme un malheureux pris dans un bombardement court se mettre à l'abri dans une cave."


"Pour ce qui est du Vicomte de Bragelonne, je n'osai, pendant des années, le rouvrir à cause de la mort de Porthos à Belle-Isle, et dont j'avais été, pendant une semaine inconsolable."


"lorsqu'un savoir quelconque devenait obligatoire, je m'en dégouttais immédiatement. Je ne m'intéressais qu'au facultatif, à ce que j'avais recherché moi-même, poussé par la passion"


" j'étais déjà un homme, un individu du sexe masculin, facile à amollir, ennemi des ruptures franches, entravé par la pitié, toujours prêt à capituler devant la faiblesse"


et last but not least:

"un sens intime nous dit que donner et recevoir sont, au fond, une même chose, et que c'est cela, précisément, qui fait que le monde n'est pas tout à fait antipathique."


etc, etc, c'est une mine.
Inoubliable aussi sont sa description du caractère national roumain. Et bien d'autres choses encore.
Ce livre vous avez compris est à la fois on ne peut plus individuel (puisqu'on soit un être dans sa peau et sa vie année par année) et on universel par la valeur de tout ce qui est vécu senti et découvert le long de ce chemin et de la reflexion de l'auteur.



* "Histoire d'un conscrit de 1813" d'Erckmann-Chatriand
Excellent! vraiment excellent!
Je n'ai pas maintenant le courage de détailler pourquoi, mais c'est vraiment un livre interessant, passionnant, bien écrit,agréable à livre, et émouvant, très vivant, on s'y croirait ! plein de psychologie, dépaysant, et "éternel" qui fait réfléchir, apprend l'histoire, etc.
Il y en a de nombreuses éditions, et on peut  aller sur livre-rare.
Et, comme le monde est petit! une partie de l'action se passe près de l'Elster, chanté par Ringelnatz.

Une citation: "Et nous courûmes sans savoir pourquoi"


* "L'âme des animaux" de JEAN PRIEUR
je suis fatigué, je ne commenterai pas, mais c'est beau et très important.
C'est PLEIN d'infos très interessantes, d'anecdotes capitales, un survol historique etc.


* "Modernité et holocauste" de Zygmunt Bauman
je suis toujours aussi fatigué, mais il faudra absolument que je revienne sur ce livre, car il est absolument capital (et notre survie en tant que Civilisation en dépend; rien moins!)  il est encore plus important que le livre de Sven Lindqvist "Exterminez toutes ces brutes", ce qui n'est pas peu dire!
Si on voudrait parler comme les journalistes des journeaux à sensation, on pourrait mettre comme titre sur cinq colonnes: "les véritables causes de l'Holocauste enfin mises à jour!"
ou, moins racoleur mais plus inquiétant:
Lorsque les scientifiques, les ingénieurs et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon... pour les humains. Voir les précédents
 historiques : nazisme, communisme, Inquisition, (n'oubliez pas, les docteurs sont des théologiens).




* "Bouvart et Pécuchet" de FLAUBERT
C'est un livre (ou d'abords on ne s'ennuie pas, puisqu'on suit des essais toujours nouveaux, et toujours voués à l'echec de nos deux héros !)  qui contient toute l'âme du XIXème siècle. Ce XIXème siècle du Romantisme, des nouvelles sciences (des sciences humaines aussi) des techniques, de l'occultisme aussi, le siècle de tous les enthousiasmes, de toutes les découvertes, de toutes les passions, mais vu par le ridicule (? est-ce si sûr? ) . Nos deux héros, grattes-papiers (le XIXème c'est aussi le siècle qui a vu naître la fonction publique et les bureaux) devenus tout à coup riches, vont vivre en rentiers à la campagne (en Normandie bien sûr! le pays de l'auteur) et tour à tour ils se prennent de passion pour toutes les sciences, toutes les nouveauté, toutes les vieilletés aussi, du siècle, et à chaque fois ça se conclut par de lamentables échecs et mésaventures. C'est comme Don Quichotte. Don Quichotte s'est engoué de la passion de son  temps: les romans de chavaliers errants, courant de prouesses en aventures, et défendant partout "la veuve et l'orphelin", et partout il n'en reçoit que moqueries, et coups. Et pourtant on finit pas se demander si l'auteur se moque tellement de lui. Pareil pour Bouvard et Pécuchet, sont-ils vraiment des sujets de moquerie? ne semble-t-il pas que (sans doute plus encore que pour Mme Bovary Flaubert aurait pu répondre "c'est moi!") finalement l'auteur (et le lecteur)  éprouve pour eux une profonde compréhension, et les compatit sans le dire, ils sont attachants et touchants, et ils sont des Don Quichotte, ils sont eux aussi grands et héroiques dans leurs fiascos continuels, ils sont les Don Quichotte du savoir, les Don Quichotte de l'avidité de tout essayer.
Et leur amitié est si bien peinte dans cette phrase "incontournable" sur l'amitié vraie:  « Chacun en écoutant l’autre retrouvait des parties de lui-même, oubliées. »


* "Elisabeth ou le vent du sud" de Joseph Bialot
Oui, je sais, ce livre n'est qu'un de ces innombrables romans historiques et sentimentaux, qui font la fortunes des libraires et les lectures des femmes (principalement), bien écrit, bien documenté, à la fois roman d'aventures et psychologique et document d'histoire.

Mais si je le mets dans cette liste c'est que l'auteur, sait si bien ce que c'est que la mort, pour ceux "qui restent", et quel  est leur incrédulité ......, et puis quel est le vide, total, d'une âme morte, et qui n'est plus que l'apparence qu'un être encore en vie, mais un mort ambulant.

 

 

 

 

 

pour vos achats de livre aussi, boycottez les monstres financiers, achetez "artisanal" auprès de petits bouquinistes par l'intermédiaire de "livre-rare.com" http://www.livre-rare-book.com//search/current.seam
 

27/09/2015

en 1850

Je ne l'ajoute pas vraiment dans Livres Recommandés
http://miiraslimake.over-blog.com/article-543425.html
car ce n'est pas à proprement parler un chef d'oeuvre, mais ça vaut la peine d'être lu, et ça change:

Chronique de la rue aux moineaux, de l'écrivain allemand du XIXème siècle
Wilhelm Raabe
Je ne sais pas s'il l'est encore, mais il fut longtemps un classique en Allemagne, et en France dans les manuels d'allemand.

Pour en donner une idée on peut le situer entre Dickens et Washington Irving, version allemande, mais ce à quoi il fait le plus penser c'est Erkmann-Chatrian "L'ami Fritz".
Son monde c'est un peu l'Allemagne Biedermaier  des gravures de Ludwig Richter et de Spitzweg. 

Ca sent le XIXème siècle et ses conventions, mais il a originalité et sensibilité, c'est frais, et c'est agréable et touchant, et plus triste qu'il n'y voudrait car son acceptation sereine de la condition humaine est sinistre.
Et cette Allemagne-là était imbue de liberté et de fantaisie (mais sans trop tirer à conséquence).

En tous cas il y a encore un aspect où il fait réfléchir: c'est quand on compare le monde qu'il décrit avec le notre. Remarquons au détour des pages :
1 c'est une ville où on peut être éclairé par le (seul) clair de lune
[exemple entre plusieurs: "La lune reparaît au-dessus des toits et mêle sa lumière laiteuse à la faible lueur de ma lampe; ses rayons brillants se glissent à travers le vieux lierre, toujours verdoyant, venu de la forêt d'Ulfelden, et projettent sur le sol et les murs des ombres étranges."]
ça, on a perdu !
2 à la façade de son immeuble il avait planté un lierre et il l'avait laissé pousser, même quand celui-ci filtrait la lumière devant les fenêtres.
ça n'est plus vraiment dans les moeurs actuelles!!! de nos jours on ne supporte plus rien de tel, et on coupe ! coupe, tue, enlève, détruit "pour des raisons de sécurité", n'est-ce pas ! ou tout ce qu'on veut, du moment qu'il s'agit de détruire quelque chose de vivant... Cohabiter avec des arbres où des lierres c'est une chose que les gens de maintenant ne savent plus faire !
3 c'est une civilisation où on danse. Beaucoup. Et en ville; pas dans des boîtes de nuit chères et renfermées. Et on danse par couple, et non chacun tout seul de son côté comme maintenant. Et bien sûr on s'invite les uns les autres, entre sexes opposés, sans complexe, sans peur d'être condamnés pour "harcèlement sexuel", de manière habituelle, naturelle et libre, sans peur ni des flics ni du MLF ! avec le goût du bonheur, du rire et de la fête.
Toutes ces plaisirs et ces vertus sociales sont perdus
4 On voit des enfants (qui d'ailleurs vivent dans la rue, normalement, comme les adultes, et y jouent) se promener avec des bouquets de fleurs.


5 A un endroit un des personnages masculins invite l'autre à aller se promener. Alors il prend sa canne et ils s'en vont en se tenant par le bras. Chose à l'époque tout à fait coutumière et naturelle entre deux personnes pas trop étrangères.
De nos tristes jours qui oserait encore? proposer son bras à une femme serait tout de suite considéré comme "sexuel" et donc une "violence"! et deux hommes - encore  moins ! - n'oseraient jamais, là aussi on considérerait tout de suite ça comme sexuel, homosexuel !
« Il y faut des cœurs purs. Savez-vous que, là-bas, les amis se promènent dans la rue deux par deux, en se tenant par la main. En Orient aussi parfois ? Ah ! je plaisante. Nous avons de la tenue, nous, la crasse nous guinde. »
(Albert Camus)

"l'Occident va crever de ne plus se toucher" :
http://www.rougelerenard.com/2010/04/lecran-tactile-contr...

Bref, une fois de plus la redécouverte de la vie du passé fait s'apercevoir de tout ce qu' on a perdu .....

et à quel point le présent est moins civilisé et moins humain.

 

une citation du livre pour finir :

«  … à la bouche un cigare, ce grand consolateur du dix-neuvième siècle, »

Raabe (Wilhelm)

24/06/2015

Jean-Pierre PETIT

Jen-Pierre Petit estas emerita sciencisto (kaj en la nuna epoko emeritoj - en ĉiuj terenoj ... - nur emeritoj ĝuas la liberon je parolo ! ĉar ili ne plu havas por timi pri kio iĝos al siaj karieroj, nek pri sankcioj, ktp. Ili do iel parolas por la kompatindajn junuloj, kiuj vivas en timo pri senlaboreco, foje eĉ karcero). Antaŭ jaroj mi esperantigis plurajn el liaj popularsciencaj bildliteraturajn albumojn; jen :

LIGILOJ AL LA ALBUMOJ ESPERANTIGITAJ

http://www.savoir-sans-frontieres.com/JPP/telechargeables...

sur Ipernity on les amis aussi, sauf que dans cette merde qu’est devenu la nouvel Ipernity il n’y a plus moyen d’avoir accès aux documents pdf, le lien direct, sinon PERSONNE absolument personne ne se douterait jamais qu’il y en a et ne risquent pas de tomber dessus !!!! voici donc le lien direct à la liste des pdf de ses abums  http://www.ipernity.com/search/doc?opt=&q=Jean-Pierre...

Et donc ici vous pourrez le voir dans le jardin de sa maison parler sur des tas de sujets, très très interessants !

https://www.youtube.com/watch?v=NTUjG9nGTLs... : Sur la liberté d'expression
https://www.youtube.com/watch?v=PgQI5dnBbyE... : Sur l'armée 1/3
https://www.youtube.com/watch?v=eveeCCbXxIc...: Sur l'Armée 3/3
https://www.youtube.com/watch?v=Onduk77SltY... : Sur la science
https://www.youtube.com/watch?v=aTRYZvZQ98o... : Sur l'ouverture d'esprit
http://www.youtube.com/watch?v=EnXg0qEgFgs : Cosmologie, carrière scientifique 1/3
http://www.youtube.com/watch?v=rIIC-_lgE2k : Cosmologie, carrière scientifique 2/3
http://www.youtube.com/watch?v=ssorxRwvJ8Y

Cosmologie, carrière scientifique 3/3

 

et méditez bien la morale de cette histoire
http://www.jp-petit.org/nouv_f/NOEL_2014/NOEL_2014.htm

09/06/2014

So ist das Leben

Simone de Beauvoir :

Un livre que je conseille vivement: "Mémoires d'une Jeune Fille rangée" de Simone de Beauvoir (née un 9 janvier) Très humain et intéressant, passionnant et qui fait plus d'une fois réfléchir.

Et il y aurait plein de choses à citer.
Dès les premières pages ça commence très fort:
"En moi-même je protestais "Les adultes ne savent rien de nous !" "
"je me promis, lorsque je serai grande, de ne pas oublier qu'on est à cinq ans un individu complet. Ce que niaient les adultes."
Qu'est-ce qu'elle a raison!

allez ! je ne résiste pas au plaisir d'encore une:
"Les noisetiers murmuraient et je comprenais leur oracle; j'étais attendue: par moi-même. Ruisselante de lumière, le monde couché à mes pieds comme un grand animal familier, je souriais à l'adolescente qui demain mourrait et ressusciterait dans ma gloire : aucune vie aucun instant d'aucune vie ne saurait tenir les promesses dont j'affolais mon coeur crédule".

So ist das Leben...

 

 

et bien sûr, bien sûr,
il y a :

"Je fis une autre découverte. Un après-midi à Paris, je réalisais que j'étais condamnée à mort. Il n'y avait personne d'autre que moi dans l'appartement et je ne refrénai pas mon désespoir; j'ai crié, j'ai griffé la moquette rouge. Et quand je me relevai, hébétée, je me demandai: "comment les autres gens font-ils? Comment ferai-je?" Il me semblait impossible de vivre toute ma vie le coeur tordu par l'horreur. Quand la déchéance s'approche, me disais-je, quand on a déjà trente ans, quarante ans et qu'on pense: "c'est pour demain", comment le supporte-t-on?"!!!

 

pour ceux qui ne comprennent pas l'horreur du néant, de l'absence,
"jai raconté ailleurs comment, à Mérignac, je contemplai stupidement  un vieux veston abandonné sur le dossier d'une chaise. j'essayai de dire à sa place : " Je suis un vieux veston fatigué." C'était impossible et la panique me  prit.  Dans les siècles révolus,  dans le silence des êtres inanimés je pressentais la vérité, fallacieusement conjurée, de ma  mort."
Simone de Beauvoir n'avais pas oublié que c'est quand on est enfant , ou plus rarement adolescent, qu'un est CONSCIENT, de la vérité des choses de sa perception, et qu'on est capables de sentir et de réagir, alors que les adultes sont aveugles à tout, pantins  complétement vidés de toute capacité, de toute conscience vraie et du concret.



 

15/02/2013

s'il te plait, ours, sois gentil ! laisse-nous te tuer !

James George Frazer (1854-1941) est un des plus fascinant des anthropologues


James George Frazer (1854-1941) est un des plus fascinants des anthropologues, l’œuvre de sa vie « Le Rameau d’Or » est une « Bible » (2000 pages, en deux tomes, dans la collection «Bouquins») des rites populaires, des mythes et des religions comparées, elle se lit, très facilement, comme un roman (je l’ai eu des mois sur ma table de chevet ou carrément sur mon lit !). Il a vécu en cette époque qui ne reviendra plus, l’époque où Alphonse Daudet en 1871 dans un de ses Contes du Lundi : « La dernière Fée » pleurait la disparition des légendes et des croyances populaires devant le froid et rationaliste modernisme. A cette époque-jonction entre celle où personne ne s’intéressait à ce que pratiquait ou pensait le peuple, et où la science anthropologique n’existait pas, et celle où tout cela, que Frazer croyait « éternel », est mort. A la dernière époque où certains de ces rites populaires étaient encore vivants, et où les autres venaient à peine de s’éteindre et que les témoignages de première main pouvaient être rassemblés par d’innombrables voyageurs, mémorialistes, ethnographes, dont les références bibliographiques, par centaines emplissent les pages de notes de son livre. Après ce sera la fin. Van Gennep (lui aussi a écrit un « pavé » là-dessus, passionnant à lire aussi, même si il est moins ambitieŭ) qui est d’une génération plus tard avait déjà du mal pour trouver des traditions françaises vivantes, c’étaient les dernières, maintenant tout est mort, et d’ailleurs on étonnerait bien, même les paysans européens d’aujourd’hui si on leur rappelait toutes les croyances et les rites de leurs ancêtres ( « le coq du blé », vous connaissez ?)

Ici je vous ai recopié un (très court !) passage sur le thème « propitiation d’animaŭ sauvages par les chasseurs ». C’est très intéressant: Tous les sophismes, les artifices, les « tortillages du cul » aŭquels avaient recours les peuples se nourrissant de la viande des ours montrent une chose : que ces chasseurs étaient partagés entre le désir de manger la bonne viande et le sentiment de quelque chose, que la civilisation technicienne à la Zygmunt Baumann (quand le lien entre les atrocités et leur produit final est masqué, quand la chaîne et désolidarisée, « administratisé », et industrialisée, aseptisée, et enfin quand les victimes sont deshumanisées – dans son livre « Modernité et Holocauste ») nous a habitué à oublier, mais dont ils restent clairement ou sourdement conscients : qu’un ours aussi c’est une personne vivante et de tuer une personne vivante c’est toujours un meurtre, alors que faire ? heureusement le jésuitisme et les rites ça aide !

« On peut ainsi retrouver dans toute la partie nord du vieŭ monde, depuis le Détroit de Behring jusqu’à la Laponie, cette vénération qu’a le chasseur pour l’ours qu’il tue et mange régulièrement ; On la retrouve sous des formes analogues dans l’Amérique du Nord. Chez les indiens d’Amérique, une chasse à l’ours était un événement important auquel ils se préparaient par de longs jeunes et des purifications. Avant de partir, ils offraient des sacrifices expiatoires aŭ âmes des ours tués dans les chasses précédentes et les suppliaient d’accorder leur faveur aŭ chasseurs. Quand un chasseur avait tué un ours, il allumait sa pipe, en glissait le bout entre les babines de l‘ours et, soufflant dans le culot, remplissait de fumée la gueule de l’animal. Puis il demandait à l’ours de ne pas se mettre en colère parce qu’il l’avait tué et de ne pas lui nuire dans la suite de la chasse. On faisait rôtir le corps tout entier et on le mangeait sans en laisser un seul morceau. On suspendait à un poteau la tête, après l’avoir peinte en rouge et en bleu, et des orateurs s’adressaient à elle, comblaient l’animal d’éloge. Quand des hommes du clan de l’ours, dans la tribu des Ottawas, tuaient un ours, ils lui offraient un repas de sa propre chair et lui parlaient ainsi : "Ne sois pas fâché contre nous de t’avoir tué. Tu es raisonnable ; tu vois que nos enfants ont faim. Ils t’aiment et veulent te garder dans leur corps. N’est-ce pas une gloire que d’être mangé par les enfants d’un chef ? »

les Assiniboins font des prières à l’ours, lui offrent en sacrifice du tabac, des ceintures et autres objets de valeurs. Ils célèbrent aussi des fêtes en son honneur pour obtenir ses faveurs et vivre en sécurité. Ils gardent souvent pendant plusieurs jours, placée dans un endroit convenable, la tête de l’ours, ornée de morceaŭ d’étoffe rouge, de colliers, de plumes de couleur. Ils lui offrent leur pipe et lui demande la permission de tuer tous les ours qu’ils rencontrent, sans qu’il y ait danger pour eŭ, afin de pouvoir s’oindre le corps avec leur graisse si fine, et se régaler de leur chair délicate.

Un marchand du XVIIIè siècle raconte comment des chasseurs Ojibways couvrirent de caresses affectueuses une ourse qu’il venait de tuer. Ils lui prenait la tête entre les mains, la caressaient, la baisaient, lui demandaient mille fois pardon de cette mort si violente ; ils l’appelaient leur parente, leur grand-mère, et la suppliaient de ne pas les accuser, car c’était un anglais qui l’avait tuée. Après avoir séparé la tête du corps, ils l’ornèrent de tous les colifichets qu’ils purent trouver et la placèrent sur une estrade dans la cabane. Le lendemain, ils allumèrent leurs pipes et en soufflèrent la fumée dans les narines de la bête ; le marchand fut invité à témoigner une semblable marque de respect à l’animal pour racheter le meurtre qu’il avait commis. Avant de faire ripaille avec la chair de l’ours, un orateur prononça un discours dans lequel il déplora la triste nécessité où ils se trouvaient de faire périr les ours leurs amis ; car, sans cela, comment arriveraient-ils à vivre ? Certains indiens des Iles de la Reine Charlotte, près de la côte nord-ouest d’Amérique, avaient l’habitude de marquer d’une rangée de quatre croix rouges la peau des ours, des loutres et autres animaŭ pour apaiser l’esprit de la bête qu’ils venaient de tuer. Quand les indiens Thompsons de la Colombie britannique partaient à la chasse à l’ours, ils s’adressaient parfois à l’animal, le priant de venir se faire tuer. Ils suppliaient l’ours gris de ne pas être en colère contre le chasseur, de ne pas lutter contre lui, mais plutôt d’avoir pitié de lui et de venir s’en remettre à sa merci.

James George Frazer Le Rameau d’Or p. 329-330

 

 

On peut maintenant lire cet ouvrage passionnant et fondamental en ligne !
ici :
www.sacred-texts.com/pag/frazer
et ici un site où on peut le télécharger :
www.gutenberg.org/ebooks/3623

10/02/2013

préface à un manuel d'electricité destiné aux ouvriers et contremaîtres en 1918

J'ai trouvé ce texte dans la préface d'un Cours Élémentaire d'Électricité Industrielle à l'usage des écoles pratiques de commerce et d'industrie, publié à Paris en 1918.

Il témoigne des idées de l'époque et de l'esprit qui régnait alors dans la bourgeoisie. C'est la préface à la deŭième édition du livre, édition considérablement augmentée par rapport à la première, et l'auteur se sent obligé de se justifier de cet accroissement de niveau du contenu :


"....

Ce très modeste livre est destiné aŭ ouvriers et contremaîtres électriciens
.....

Il est d'ailleurs temps de substituer à ce mot d'ordre « toujours plus bas » des peuples fatigués et déclinants, le « toujours plus haut » des peuples jeunes et forts ou du moins régénérés et réconfortés.

C'est une erreur fatale de croire que si on étend les connaissances théoriques de nos élèves, on en fera des incapables prétentieŭ : conception démoralisante qui conduit à la culture de l'ignorance et à l'atrophie systématique de cerveaŭ peut-être fortement organisés. Cette crainte chimérique ne saurait résister à un examen sérieŭ : le mouvement de progrès qui s'impose si terriblement à notre nation comme le plus impérieŭ de nos devoirs, doit être général et tendre à élever en bloc tous les groupes hiérarchiques de notre armée d'industriels. Pourquoi vouloir créer un abîme entre le corps des ingénieurs et les ouvriers puisqu'ils doivent, pour collaborer utilement à une même œuvre, se comprendre et parler le même langage ? La confusion entre ouvriers ou contremaîtres et ingénieurs n'est pas à craindre, même à l'état de simple prétention chez les premiers, si l'effort qu'attend notre pays se développe et s'intensifie également de bas en haut, car le niveau général s'élèvera sans modifier sensiblement les distances relatives."



oui ...

30/01/2013

l'Autriche, grande exportatrice de .... sangsues

On connaît si mal le passé.
Il y a plein de choses à découvrir dans les livres du passé. Par exemple savez-vous quelles étaient les exportations de l'Autriche vers la France en 1832 ?

à l'époque pas question de pétrole ni d'électronique, la principale exportation de l'Empire d'Autriche c'étaient la soie brute et le blé.

mais juste après, un des postes LES PLUS IMPORTANTS d'exportation (loin, loin devant des choses comme les verreries de Venise les tissus, le tabac, le bois de construction) : les sangsues !

Absolument. Et ça représentait une valeur aussi importante que représentaient les exportations de "denrées coloniales" de la part de la France vers l'Autriche ! trois fois la somme de ce que l'Autriche exportait vers la France de fers et autres métaŭx, il y en avait pour I million 524 mille francs-or de l'époque ! Même le NOMBRE de sangsues était calculé et scrupuleusement rapporté : 50.450.250 sangsues exportées.

d'où venaient-elle exactement ? où et comment étaient-elles produites ? on ne le dit pas Mais j'aimerais bien le savoir, si quelqu'un a des documents là-dessus.

Et ça rappelle l'importance que l'usage des sangsues avait dans la médecine de l'époque et jusqu'au début du XXè siècle.

ah oui, la source c'est : Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Etat sur les causes secrètes qui ont déterminées la politique des cabinets dans les guerres de la Révolution tome 11; à Bruxelles - 1841

27/01/2013

la guenon qui fut le tendre amour d'Elian Finbert

extraits du livre "Noâra mon amour" de Elian-J Finbert
C'est un livre publié par Robert Laffont en 1962, j’avais 13 ans.
j’ai acheté le livre en mars 2004
Elian-J Finbert : né en 1896 ou 1899 ?, mort en 1977.


Le Livre Noâra mon amour est consacré à la guenon Noâra qui a accompagné son enfance et sa jeunesse pendant une vingtaine d’années (de 5 à 25 ans, donc sans doute 1904-1924 ?) bref sa vie en basse Egypte où il était né et vivait dans le bourg de Minet-el-Gamh..

ici on le voit devenu vieŭ, mais toujours avec des bêtes :

C'est un livre très interessant et instructif, mais aussi plein d'une lumière d'une humanité extraordinaire. Et aussi un livre poignant.

(Les soulignages, et les sous-titres etc, sont de moi

introduction

Les animaŭ auront été mon rêve et ma passion les plus impérieŭ. Parce qu’ils m’ont permis de mieŭ me connaître pour mieŭ aimer. Et je ne m’en plains pas. Ils m’ont ouvert les voies grâce aŭquelles j’ai pu parfois surprendre ce qui se trouve au-delà de l’écorce des apparences, et ils m’ont façonné à leur image intérieure. (p.7)

Chacun de nous a les souvenirs qu’il mérite, tout comme la vie et la mort qu’il mérite, imbriqués dans la moelle aveugle de la fatalité. Et de l’amour qui nous a unis, mes frères animaŭ et moi, j’ai reçu ce que j’en ai mérité, autant que ce qu’ils ont eŭ-mêmes reçu de moi. Car les parts sont égales dans cette « élévation » réciproque. (p.9)

Jamais je n’ai été aimé autant que par eŭ et c’est pourquoi je crois en l’amour des bêtes et à la réhabilitation – Henry de Montherlant dit rédemption – de l’homme par cet amour dont je n’ai jamais pu mesurer l’infini qui ne repose sur rien d’autres que sur l’amour. (p.10)

mon premier conseiller, porteur d’une petite étoile pour m’éclairer, fut un poussin que l’on m’offrit tout frétillant et tout jaunet et qui me lâcha, d’un coup, tous ses secrets comme je lui livrai les miens sans ambages. Et vite nous mîmes en commun notre amitié. (p.11)

un enfant dans les rue d’Egypte

Mais voici que s’en venaient des danseuses et des danseuses avec des musiciens ; Vite on faisait un rond autour d’eŭ et on se mettait à battre des mains. Et puis, voici que s’en venaient des marchands de gâteaŭ nageant dans du miel, des marchands de jus de caroubes glacé dans de hautes jarres, des marchands de poupées en sucre multicolore. Vite, on faisait un rond autour d’eŭ et on marchandait ferme avec des gestes virevoltants accompagnés de rires gras et de grands coups de gueule.

Qu’est-ce que le temps, je vous le demande ? Il est à toi, fils de l’homme. Il est dans le creŭ de ta main et tu le laisse s’écouler, fluide entre tes cinq doigts écartés, au gré de ton plaisir. Tu veŭ t’empiffrer de bonnes choses ? Bon, mange à ta satiété. Tu veŭ étancher ta soif ? Bon, le Nil coule à ras bords. Le sommeil englue tes paupières ? Bon, dors, ici ou là, qu’importe, la poussière n’a pas de prix. Tu veŭ rendre grâce à Allah de t’avoir gardé en vie ? Bon, étends ton manteau sur ce carré de route ou d’herbe et agenouille-toi à la face du ciel.

Mais une cange, enfoncée dans l’eau jusqu’à ses plat-bords, apparut, glissant avec lenteur ; elle promenait des ruches d’abeilles de village en village, car on était au temps où les petites fleurs blanches et grises des fèves étaient gorgées de suc et embaumaient. D’autres canges suivaient, celles aŭ pastèques, celles aŭ poteries, celles aŭ balles de coton, de lentilles et de riz.

Des buffles rêvaient dans le fil du courant, avec sur leur échine des enfants nus qui vainement les encourageaient à rejoindre la rive opposée en pesant sur leurs cornes. Et d’un bourg caché parmi des dattiers surgirent des jeunes filles à la queue leu leu, leurs jarres posées à la renverse sur le haut de la tête, et qui chantaient, avant d’aller puiser l’eau à l’aiguade, cette chanson de « la fleur du henné et de la goutte de rosée » que je saurais aujourd’hui encore répéter sans me tromper…

On me reconnaissait ici, on me reconnaissait là, et je me faufilais comme si j’étais l’un des leurs, et qui ne s’étonnaient pas de rencontrer dans ce flŭ et reflŭ du peuple paysan, ce bambin qui n’était pas de leur race aŭ reins étroits, eŭ épaules droites, et qui portait des vêtements européens. C’était en ce temps perdu à jamais, où l’Egypte était souriante à tous les enfants du monde… On m’offrait de petites figues roses de sycomores et des fruits de cactus dépouillés de leur pelure à dards et, en plus, de la gentillesse plein les deŭ mains. (p.16-18)



exemple d’en-tête de chapitre

celui du Chapitre XI :

De l’intelligence de Noâra, différente de celle de l’homme. – De ce qu’était son âme lumineuse. – Des nombreŭ traits de cette intelligence et de cette âme. – Comment Noâra en vint à inventer un outil. – Où l’auteur adjure le lecteur de n’avoir point vergogne de sa ressemblance avec les singes. Car élever les bêtes, ce n’est pas rabaisser les hommes.
(p.250)



Son amour pour lui

Lorsque mon absence se prolongeait plus que d’habitude, à mon retour, à peine avais-je franchi le jardin pour me diriger vers le perron, qu’elle était déjà instruite de mon arrivée. Elle bondissait en dégringolant les marches ou bien se laissait glisser, pour faire plus vite, sur la rampe de bois de l’escalier et se ruait sur moi dès que j’apparaissais. Puis, par un mélange de sons « pleureurs » et de marmonnements enroués, elle se mettait à exprimer sa longue tristesse passée et son allégresse présente. Perchée sur mon épaule, elle me passait la main sur chaque joue et me fixait attentivement comme pour bien me reconnaître et s’assurer que c’était bien moi.
(p.52-53)

Et je la prenais contre moi, car c’était cela qu’elle souhaitait, et elle mettait ses bras autour de mon cou et, comme un enfant souffrant et triste, elle se laissait aller à de petites plaintes soupirées, des doléances affectueuses, en fermant et en ouvrant tour à tour les yeŭ. Elle passait sa langue sur mes joues, tout en poursuivant son discours d’une manière pathétique. Je voyais bien qu’elle ne voulait pas que je l’abandonne, car dès que je tentais de détacher ses bras de mon cou et de la poser sur le sol, je la sentais se raidir et la colère la gagner ; mais aussitôt que je la serrai de nouveau contre moi, elle manifestait son contentement d’une manière « humaine » et reprenait son babil en s’accrochant à moi avec plus de force, les prunelles humides.

(p.213)



« la musique qui fait pleurer "

Souvent, pour agrémenter nos longues soirées et combler le vide de notre solitude, perdus que nous étions au fond de ce petit bourg de la basse Egypte, dans cette demeure que la nuit investissait et rendait plus vaste encore avec ses deŭ étages, nous nous serrions autour du piano et chantions en chœur de vieilles chansons ou bien des lieder de Schubert que notre mère accompagnait et qui s’envolaient par flots des fenêtres ouvertes, réveillant les familles des fellahs étendues sur les terrasses et les pigeons sur les corniches dont nous parvenaient les roucoulements. Alors Noâra se trouvait au comble d’une jubilation paisible qui ne la butait pas hors d’elle-même mais l’animait d’un sentiment plus concerté, plus conscient, celui d’être entourée de tous les membres de notre famille aŭquels elle se sentait rattachée par des liens très profonds et qui l’avaient adoptée comme une personne, une autre petite sœur, devenue le centre de notre intérêt, de nos divertissements et de nos préoccupations. Et pour exprimer sa gratitude à ce qui représentait pour elle ces séances musicales, elle quittait son poste de guet sur l ‘épaule de ma mère, applaudissait des deŭ mains comme font les enfants, puis bondissait de l’un à l’autre des chanteurs, avec des gazouillis, une tendresse insinuante, comme si elle se fut livrée à quelque ballet aérien, nous souriant et, semble-t-il, nous encourageant.

Et comme à l’occasion de ces réunions, par un romantisme qui nous caractérisait tous, nous nous éclairions aŭ bougies, dans ce salon aŭ meubles Louis-Philippe dont les fauteuils et les sofas étaient recouverts de velours vert bouteille, nos ombres mêlées à celle de la petite guenon, voltigeant, pour ainsi dire, entre nous, d’épaule en épaule, balafraient les murs et le plafond de figures étranges… Très tard dans la nuit, nous nous enivrions encore de nos voix à l’unisson et je ne puis nous revoir dans mes réminiscences sans que se détache sur le fond sonore de ces récitals que nous nous donnions la silhouette de Noâra qui, comme toujours, finissait pas s’endormir, accablée de bonheur et de fatigue, sur les genoŭ de ma mère,

Ce n’est que bien plus tard que je surpris le secret de ce que désormais j’appelai pour moi seul « la musique qui fait pleurer », secret partagé depuis longtemps ente ma mère et Noâra et puis entre nous trois. La musique donnait à la vie de ma mère sa seule vraie dimension. Elle était sa respiration quotidienne comme sur un haut lieu. A n’importe quelle heure de la journée, brusquement, elle abandonnait ses servitudes ménagères, rejetait son tablier, allait se laver les mains, se poudrait et puis se réfugiait au salon où elle jouait quelque Nocturne de Chopin, sa jubilation permanente, l’édifice de son bonheur secret, sa patrie bienheureuse. Nul d’entre-nous n’aurait osé, à ces moments-là, venir l’écouter dans cette pièce spacieuse, tous rideaŭ tirés qui ne parvenaient cependant pas à contenir la puissance solaire du jour égyptien poignardant à travers les lamelles des persiennes l’obscurité recherchée, piquant ça et là d’une flèche d’or le vernis du piano qui se carrait dans un angle.

Le Nocturne N°14 en fa dièse mineur résonna du haut en bas des étages en s’y insinuant, avec ses « polonaises » aŭ tendresses blessées et dont mon âme étai pleine, ‘enveloppa et me plongea dans sa plénitude

Et m’étant trop tard rendu compte de ma maladresse pour reculer – peut-être n’en étais-je pas si mécontent – je me glissai, en silence, sur la pointe des pieds, à pas de voleur, jusqu’au plus lointain fauteuil où je me tapis,

..

Mais sur l’autre épaule, celle qui me demeurait presque invisible, je voyais, juchée dans sa pose familière, pattes rapprochées, Noâra, tout doucement bercée par ma mère qui oscillait rythmiquement selon le flŭ et le reflŭ de la musique. La guenon était toute aŭ touches qui cascadaient, avec cette gravité qui était la sienne, mais souvent elle relevait sa petite face intelligente vers celle de la musicienne, en reculant et en se penchant de côté. Et là, dans cette attitude qui, elle aussi, lui était familière, où je ne décelais nul signe de son habituelle fébrilité, à ma stupéfaction je m’aperçu qu’elle ramenait ‘l’autre main demeurée libre et essuyait les yeŭ de ma mère. C’étaient des larmes qu’elle écrasait, dont ma vue, forçant la demi-obscurité, pouvait suivre la traînée qui roulait des coins des paupières sur les joues.

Je fus plongé dans une perplexité très grande à me trouver, soudain, le témoin de cette scène. J’éprouvais du remords d’avoir passé outre à la volonté maternelle jamais exprimée mais dont nous convenions et que nous respections. Pourquoi ma mère pleurait-elle ? et pourquoi fallait-il qu’elle pleurât en jouant du Chopin ? Il m’avait semblé que jamais elle n’avait atteint dans l’interprétation du Nocturne N°14 à une telle déchirante tendresse. Et cela me convainquit davantage encore que j’avais transgressé quelque redoutable défense et que ma place n ‘étais pas là.

….

Noâra a rejoint depuis longtemps ma mère dans l’immense thébaïde engloutie dans les sables du temps aŭ frontières des où se confondent ceŭ qui se sont enfoncés à jamais dans l’épais silence des abysses de la terre. J’avais depuis longtemps embaumé l’Egypte, je l’avais emmaillotée et serrée dans des bandelettes de lin et l’avais couchée à jamais dans le sarcophage de bois de sycomore dur de l’oubli. Et voici que le prestige de la musique a exorcisé les fantômes du passé et que je me trouve, aujourd’hui, là, remontant le long des rives de ma vie jusqu’aŭ sources de ma jeunesse

Noâra, voyez-vous, ce n’était pas pour moi un singe avec ses grimaceries désopilantes et sa prestesse d’acrobate. Elle est insinuée dans tos les alvéoles de ma mémoire, et si je l’extrais aujourd’hui de cette matière à la fois translucide et vague, ductile et dure où je sui moi-même englué, c’est que les images ainsi ressuscitées qui la cernent sont pou moi celles-là même de ma propre existence. Tant il est vrai que cette petite bête, ma sœur et mon semblable, a su élargir la conscience que j’avais fini par prendre du monde et qu’elle m’a permis de mieŭ me connaître, en me dévoilant à moi-même…

(p.103-110)



divers

J’avais même appris à Noâra à se servir des w.-c Elle s’y rendait d’elle-même chaque fois que le besoin s’en faisait sentir. Si elle se trouvait au jardin ou dans la cour où elle aurait pu se libérer à son aise, selon sa nature, elle se retenait et se rendait à l’endroit prescrit. Elle n’ignorait pas l’usage de la chaîne, elle s’y pendait en bondissant pour l’atteindre, bien que la ĉasse d’eau la terrorisât. Comme il arriva, une fois, que le « niagara » se trouvait dérangé, elle se mit à geindre à l’intérieur – car elle tirait la porte sur elle – puis elle vint me prendre par la main, me conduisit à l’endroit et me fit comprendre que la chaîne ne déclenchait pas la précipitation de la chute d’eau accoutumée.

Car elle craignait toujours d’être grondée, non pas en réalité, de peur d’être châtiée, mais parce qu’elle cherchait toujours à le faire plaisir, à ne pas me chagriner, bien qu’elle n’y parvint pas toujours, sa vraie nature prenant parfois le dessus et la submergeant. Mais je me demande si elle n’était pas poursuivie par le remords d’avoir mal agi, si elle n’avait pas le sentiment de la culpabilité, car souvent elle m’en avait donné le témoignage.

Tous ces gestes étaient naturellement « humains », gestes de tendresse et de gentillesse pour caresser et embrasser ou dans ce que ses actes avaient d’essentiel et qui disaient combien sa vie affective était profonde et riche. Lorsqu’elle était malade, elle se tenait la tête avec les mains ou bien se couchait sur le côté en faisant entendre, de temps en temps, des plaintes expressives, tout en refusant toute espèce de nourriture. Lorsqu’elle se blottissait entre mes bras, en faisant l’enjouée, elle se saisissait tout de suite d’une de mes mains et caressait un à un mes doigts, les flairait ensuite pour y retrouver mon odeur, me mordillait doucement l’oreille, tout en esquissant un sourire qui pouvait paraître cocasse mais était pour moi bouleversant d’affection. (p.64-65)



L’observation qui va suivre est bien connue des spécialistes des laboratoires d’expérimentation sur les singes. Si je la rapporte ici, c’est que j’en fus témoin et que Noâra n’avait nullement besoin d’être « torturée » par des tests pour me donner des preuves quotidiennes de la subtilité de son esprit :

Ma mère avait coutume de suspendre chaque année dans une grande pièce destinée aŭ provisions de bouche des régimes de dattes mûres. Noâra, qui en était gourmande, fut trouvée à plusieurs reprises en train de bondir pour tenter de se saisir des fruits, sans y parvenir. Ces échecs la laissaient toujours perplexe, mais ne la rebutaient nullement. Et un jour, elle avisa une petite caisse vide, la traîna par de laborieuses poussées juste au-dessous des régimes, y grimpa et réussit à atteindre les dattes. Je ne prêtai pas attention à son action, somme toute, de chapardage, car elle m’offrait souvent bien d’autres témoignages de son intelligence en déduisant de ses expériences manquées des comportements logiques qui devenaient des réussites. Et ce ne fut que plus tard, en lisant des ouvrages scientifiques qur les singes, que je me suis rendu compte que c’était là un exploit, né d’une action concertée dont elle avait étudié elle-même l’aboutissement pratique : manger des dattes par l’entremise d’une caisse devenue pour elle un outil, un instrument de travail.

(p.126)



Il y eut une année où Zambo, pris de nostalgie pour sa petite famille, fit venir du Soudan sa femme et son fils Sayed âgé de trois ans. Noâra s’attacha au bambin et ne le quittait pas au point que mue par cette soudaine passion elle apprit très vite à prononcer son nom en l’altérant, bien entendu, au passage.

Parfois, on les voyait tous deŭ assis, sur l’une des marches du perron, le bras de Noâra passé autour du cou du garçonnet, et mangeant ensemble soit un fruit, soit un biscuit ou suçant un bonbon qu’ils se passaient réciproquement, d’une bouche à l’autre. Noâra le conduisait dans les allées du jardin avec circonspection, le tenant par la main comme une sœur aînée son petit frère. Si Sayed, pris de sommeil, s’étendait à l’endroit même où il se trouvait, étalé sur le carrelage ou sur le tapis d’une des pièces de la maison, à moins que ce ne soit sur la terrasse parmi les pigeons ou dans le jardin, Noâra allait à sa recherche, tremblante d’inquiétude, l’appelant d’une voix étouffé en raison de la faiblesse de ses cordes vocales, et finissait toujours par le trouver. C’était alors des gambades et des courses folles, à notre plus grande joie.

Il arriva une fois que Sayed, s’étant laisser aller à plus d’audace que d’habitude, s’avisa d’attacher une corde à l’une des mains de Noâra et se mit à la traîner, ce qui la contraignait à sautiller sur ses trois membres, ou bien, perdant l’équilibre, elle tombait à la renverse en gémissant. Elle supporta que son petit ami la malmenât de la sorte, qu’il s’amusât à son détriment, sans se débattre mais, à la fin, ce jeu ayant sans doute paru avoir trop duré et, peut-être aussi ses membres en ayant été endoloris, elle fit des tentatives pour se dégager du nœud qui l’enserrait et y réussit. Puis s’étant gratté tout d’abord la tête, ce qu’elle faisait lorsqu’elle se trouvait dans l’incertitude, comme le ferait un homme, et, ensuite, s’étant gratté les bras et la poitrine, ce qu’elle faisait lorsqu’elle était contradictoirement partagée entre un grand nombre d’émotions, je la vis, à ma stupéfaction, se relever et se diriger vers l’enfant, le prendre à bras le corps et se mettre à l’embrasser sur la bouche, les joues, le crâne avec une incroyable véhémence, heureuse, en fin de compte, d’avoir été sa victime…

Mais la grande affaire pour eŭ deŭ ce fut les longues heures où Noâra s’improvisait « chercheuse de poŭ », comme avec moi, la tête de l’enfant serrée entre ses pieds, et elle, toute à cette activité fiévreuse où ses doigts se frayaient passage dans la chevelure rase et crépue. Sayed se prêtait d’autant plus volontiers à cette opération que sa mère l’y avait accoutumé, et heureuse que la guenon l’en dispensa^t et quelle s’en acquittât fort bien elle abandonnait le bambin dès le matin.

C’était toujours au pied du dattier qu’avaient lieu ces quêtes silencieuses où Noâra semblait officier comme à un culte, dos appuyé au fût de l’arbre, l’esprit en arrêt, paupières en mouvement, le masque de son visage tout concentré sur lui-même. Les poules, les canards, les oies, attirés par cette présence insolite et pris de curiosité, ne manquaient jamais de venir, les uns après les autres, s’attrouper à bonne distance pour suivre les mains de Noâra fourrageant dans le crâne du négrillon endormi,

(p.239-243)



Kout le chat

Parmi les animaŭx qui vivaient librement chez nous, Noâra avait choisi pour ami le chat Kout, une étrange bête haute sur pattes, à la fourrure presque lunaire, aŭ prunelles vertes, à qui elle vouait une affection inquiète et jalouse. Et comme le félin était timide et quelque peu flegmatique, le singe exerçait sur lui une tyrannie de tous les instants que l’autre souffrait pacifiquement sans jamais se défendre de ses griffes qu’il avait pourtant très acérées.

Noâra s’emparait de Kout et, l’acculant entre l’étau de ses pieds, dans la pose que l’on voit aŭ mamans-singes lorsqu’elle épouillent leurs petits, elle se mettait en devoir de fouiller ses poils, les doigts prestes, le regard aigu et la face grave, puis elle abandonnait ses recherches et s’étendait avec le chat serré contre elle. On les retrouvait endormis dans les bras l’un de l’autre, Noâra ronflant selon son habitude.

Elle connaissait parfaitement bien le nom de son ami. Lorsqu’on lui disait : « Va chercher Kout » elle filait et n’avait de cesse qu’elle ne l'eût trouvé et elle l’amenait, heureuse d’avoir pu le découvrir en le traînant par la queue ou par la peau du cou pour nous montrer qu’elle avait obéi. Dans ces circonstances, Kout se faisait flasque, mou.

Il se laissait faire, prunelles en fente, ronronnant ou miaulant, les moustaches et les oreilles plaquées en arrière. Il osait parfois se rebeller, mais à peine, et par la force même des circonstances, lorsque par exemple, Noâra le saisissant à bras le corps, se hissait péniblement avec lui sur une maîtresse branche d’un arbre du jardin et là se mettait à le bercer, à l’embrasser et à lui raconter des choses par des sons soupirés, par des gestes et par mimiques dont il avait fini sans doute par saisir le sens. Car à travers les années, les deŭ bêtes avaient dû forcément trouvé un certain mode d’expression et de communication. Elles avaient ensemble et en complices joué tant de tours aŭ autres animaŭ de la maison et à nous-mêmes, entrepris tant d’expéditions clandestines dans les arbres, dans la cour et sur la terrasse qu’il n’est pas possible qu’il n’y eût pas entente naturelle entre elle et préméditation. (p.230-231)


l'enterrement de Noara

Lorsque nous voulûmes l’emporter pour qu’elle reposât au pied de ce dattier de la cour qui fut son poste d’observation et le refuge de ses méditations, Kout s’accrocha à elle et refusa de nous laisser faire. Je le pris dans mes bras, mais il observait et suivait tous mes gestes. Il ne voulait pas que l’on touchât à son amie. Il poussait de petits cris, car il était conscient de ce qui venait d’arriver, et lorsque la petite fosse fut creusée, il refusa de me quitter et son emprise fut si forte que j’eus de la peine à détacher ses griffes de mes vêtements. Il ne cessa pas de rôder autour de nous, réunis que nous étions près de la minuscule tombe, tout au drame de la mort qui le hantait, poils hérissés, poussant des miaulis bouleversants, et doŭ, pendant que ma mère en larmes improvisait, à sa façon, une sorte de prière d’adieu à celle qu’elle appelait « ma petite fille » et « ma beauté ». Il y avait dans les prunelles mi-closes du chat une telle détresse qu’on y pouvait lire la douleur que cette séparation avait ouverte dans sa vie comme une blessure. Depuis lors, convaincu qu’il était cerné, de toutes parts, tout autant que moi-même, par n abandon sans bornes, de jour en jour, il perdit toute activité, ne goûtait à aucune nourriture, jusqu’à ce qu’il dépérit et succombât sur le minuscule tertre où il se traîna et somnola en tentant parfois d’en gratter et d’en labourer le sol sans trouver assez de force dans ses griffes pour y parvenir…

Nous lui bêchâmes un petit trou auprès de son amie et égalisâmes la terre au-dessus d’eŭ comme une couverture tirée sur leur sommeil. (p.274-275)