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23/06/2013

Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage La grande neige d’automne fond sur votre visage Et vous avez sommeil

Quelques extraits de mon journal intime, il y a bientôt
30 ans ...

-  16/2/1985 sur certains souvenirs récents et sur l’ONIC :
Se rendent-ils compte de ce que ça représente de vivre ça, tout seul ?

Ils (elles) me font l’effet de petites figures en carton-pâte qui s’agitent en
tous sens, de puériles et inconsistantes marionnettes, sans cœur, et qui ne
communiquent rien avec personne, qui échangent des lieus communs et des
faux-semblants, ils jouent, avec leurs esprits égoïstes et étroits, à un jeu
codé
, se masquent les réalités quand elles sont gênantes, et crêvent

« et puis on t’enterre et puis c’est fini» chantait vers 1960 ROBERT LAMOUREUX.
Et les survivants continuent de s’agiter frénétiquement et de

manipuler le jeu.


- Avec le temps vient le moment où on n’a même plus la force
de se révolter, comme ces vieillards qu’on voit évoquer leur mort en

l’acceptant, voire en la souhaitant, état ultime d’aberration et de

déchéance humaine. Déjà avec l’age l’avachissement, le dessèchement
du cœur
on perd la conscience des choses, même si on l’a eu étant
enfant, même si on en
a plus que jamais le savoir intellectuel. Et puis
 quand l’expérience de la vie,
le désespoir et la fatigue ont fini par tout
miner, user les facultés
productrices d’illusions …

 

3/3/1985 N'y-a-t-il donc rien d'autre dans la vie que le sordide et la mort !?

n'y a-t-il rien d'autre que le vide et le gâchis ?
Et pourtant j'aime tellement la vie. Même si on passe à côté de tout. Même si
l'immense majorité des gens sont si bêtes qu'ils lui coupent les ailes et la
ratatinent d'égoïsme, de conformisme, d'inconscience et de vulgarité. Et
pourtant il y a tellement de si belles choses; du langage Prolog à
l'architecture du château de Hillerød,
de la morale personnaliste aux beaux gros minets
Pourquoi faut-il que tout cela, et la vie de tous ces enfants soient dénués de
tout sens !

 
 
Le 3 avril au soir : Pourquoi faut-il n'avoir à penser que
des trucs à vous fendre le coeur ?! 

enfermé de toutes parts, hermétiquement, de murs entiers de choses à
fendre le coeur. Sans pouvoir y échapper, sans même pouvoir se voiler la face
ou se boucher le nez.
J'ai un coeur qui ne demande qu'à déborder de tendresse, une âme qui ne demande
qu'à être aussi vaste que le Cosmos, aussi passionnée que la musique, et je
suis irrémédiablement sevré de tout amour, d'espoir, de sens, autour de moi,
devant moi que le vide, l'impuissance, le désespoir, le gâchis, la souffrance,
et l'horreur

Les chiens écrasés, cette forme de beauté, cette masse de chaleur et d’amour, de vie et de sensations qui est, là, transformée en une informe galette de sang et de boue ; De temps en temps on en rencontre

 

Nulle part, de quelque côté qu’on tourne son esprit, dans la sphère intelligible comme dans la sphère sensible, il n’y a aucun réconfort ni aucun espoir, aucun sens, rien qui soit désirable, ni même supportable. Il n’y a aucune chaleur nulle part dans la vie, ni dans les choses, ni dans les gens, rien qu’un froid mortel. Rien que la solitude et la conscience de devoir mourir.

 
 
- 8/5/1985 « Manhattan », le film de Woody

Allen, est passé à la télévision. C’est un pur chef d’œuvre.
Je suis allé le voir 2 fois au cinéma, ça fait donc 3 fois. Et s’il repassait à

Arras j’irais encore le revoir une 4ème fois. Il y aurait tant de choses à en dire.

La scène finale est une des rares œuvres qui me met les

larmes aux yeux. Je me souviens ça ne m’est je crois arrivé qu ‘en lisant
un extrait des « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand intitulé
« Un orage en Suisse ». Et une fois en lisant « Brève rencontre » de Françoise Sagan. Et au cinema la dernière scène de « Paris, Texas »

 

- Je n’essaye même plus d’entreprendre ou d’acquérir quoi
que ce soit, à quoi bon ! puisque ce ne serait que encore des fatigues et
des souffrances pour un résultat nul ou une dégradation supplémentaire.
Si seulement avec toutes ces fatigues, efforts, souffrances, j’obtenais quelque
chose ou si la stérilité n’était que le prix du repos et de la décontraction,
même pas : Toujours souffrir pour rien,  fatigues pour le gâchis, dépenses
de temps et d’argent pour un mal supplémentaire.

 

- 25/5/1985 Maman ! je voudrais mourir dans tes
bras, et avoir enfin la paix.
Mon Dieu, je ne veux pas mourir ! Ayez pitié de nous. J’aime ce monde.


- Marie-José me réécrit, après 20 ans. Dans ses lettres

je lui trouve un type flamand dans le caractère (et ce n’est pas un compliment)
Tant pis ! Puisqu’elle veut bien correspondre avec moi, je vais sauter
dessus comme la pauvreté sur le monde !

 
 
 29/6/1985 Je vis

dans  la solitude et l'incomprehension.
Et pourtant je suis sentimental comme un chévrefeuille  …

Le mardi 18 juin j'ai vu le film « Les baliseurs du désert ». Je me
disais C'est de circonstance, c'est comme mes vacances (en tous cas c'est comme
ma vie)
on cherche on n'arrive pas à savoir quoi, mais ce n'est pas gênant, puisque
que de toutes manières on ne le trouve pas ! De toutes façons, c'est pas grave
parce qu'il n'y a rien à trouver.

 

- 24/6/1985 Tous les gens que je fréquente sont tellement
médiocres, que même avec les très rares avec lesquels je peux me sentir en
confiance, je ne peux rien partager.
J’aurais envie de faire venir l’accordeur de piano, rien que pour voir quelqu’un de sérieux : un professionnel
« sérieux » c’est de nos jours quelque chose de si rare, et pour
rencontrer quelqu’un, quelqu’un, et pas ces éternelles insignifiantes pécores.

 

- 30/6/1985 Tout va encore bien, mais un jour ça ne
fonctionnera plus ; un jour mon cerveau ne sera plus irrigué, alors toutes
ces nunuteries, toutes ces cocottes en papier, toutes ces petites conneries
disparaîtront et le monde avec, et la passé et l’amour.

 

- 5/7/1985 « Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage :
                  La grande neige d’automne fond sur votre visage
                  Et vous avez sommeil. »

                                               (Milosz)



-1988
Développer la comparaison entre le début d’un amour et le mouvement vers Dieu.

(sauf que je ne l’ai pas fait ! une fois de plus, décidément je ne suis pas assez doué, ou surtout trop feignant, note de 2003) Sauf que Dieu ne répond pas, n'appelle pas, n’a pas de qualités à lui, pas de défauts, pas de visage unique, sacré entre mille, on ne peut pas le serrer dans ses bras, manque plus rédhibitoire qu’on ne pense, pire : il n’existe pas. 

Devochelle appelait Mme D.« la môme D. »,
car il l’avait connue toute petite. Bientôt on pourra l’appeler « Mémé D. »
… Plus tard on dira « C’était là qu’était enterrée Mme D. » Moi je
serai mort depuis longtemps, toutes mes affaires dispersées ou jetées à la
décharge. Et plus personne ne se souviendra 
seulement que j’ai existé. Pas même moi ; et c’est bien là le
problème ……….




Souvenirs mis par écrit le 30/12/97…


Maman était tellement fatiguée qu’elle s’endormait en tricotant ou faisant du crochet, et toutes ses mailles se défaisaient, et quand sa tête penchait et tombait en avant ça la réveillait en sursaut, et ainsi de suite.

Tous ses travaux de broderies !

Elle avait un goût prononcé, et un don, pour la peinture, et n’ayant eu aucune formation, sans calculer ni y mettre d’application comme moi, dont les résultats étaient si maladroits malgré les efforts ! (ou à cause ?), elle parvenait à de bien meilleurs résultats, sans inhibitions elle improvisait des couleurs de son cru et c’était harmonieux ; elle aurait plu aux profs des écoles de maintenant. Mais de son temps ça n’existait pas. Si elle avait pu faire des études ? Mais dans son temps et milieu c’était exclu.

Tout ça a été jeté par papa après ; je n’ai presque plus rien.

Et les radio-crochets avec Zappy Max (Il est mort.. .). Les chansons de Dalida (elle est morte ...) à la radio.

Les cha-cha-cha burlesques. Mireille.
La Marseillaise tous les soirs à minuit à la fin des émissions.

Et les concours qu’on faisait, où il fallait classer les chansons dans le même ordre de préférence que le résultat global. (On n’a jamais gagné je crois)

« Quitte ou double », « Le rêve de votre vie », (et les publicités pour  Soir de Paris de Bourgeois et Kléber-Colombes) « Accusé levez-vous ! », « Je voudrais bien savoir », et l’après-midi du jeudi entièrement consacrée à des émissions enfantines. Michel Auriac, Marianne Oswald.

Stéphane Pizella, « Au-delà des mers » et Bachir Touré, le seul comédien noir à cette époque ! encore coloniale. Les émissions en langue kabyle qu’on écoutait tous les soirs. Et les émissions polonaises de Radio-Lille. « Mouvi Paris nafari gochni Lille » (je ne garanti pas l’orthographe !) Et Simons. Et les messages aux familles des militaires en Algérie. On ne savait pas ce qui se passait réellement à l’époque.

Tout ce que maman avait, des heures durant, raonté sur son enfance, sa jeunesse, sa famille, Malincourt, et les voisins, le curé Bodchon (il y a un opuscule de lui sur Internet ! http://pagesperso-orange.fr/pierre.decaudin/malincourt/in... j’ai vu) - qu’elle critiquait tant ! - et la vie à l’époque ; que j’ai oubliés. Ce n’est plus possible de le reconstituer… plus jamais.

L’éclairage dans les campagnes avant que l’électricité ne soit installée, les lampes à pétrole, les quinquets, les saucissons et les pains de sucre candi pendus au plafond, et dont on cassait de petits morceaux pour mettre dans le café, (ça c'était avant 14) les coups de casquette de son père (une fois passé la toute petite enfance, où ils avaient le droit de tout , les enfants étaient dressés à la dure). Le tennis sport de riches, le scandale devant les premières jupes « courtes » (au genou) etc. Les zizanies, rancunes, et autres démélés dans sa famille (ce n’était pas la joie !) Sa sœur Julie morte en couches, d’hémorragie (c’est pourquoi elle-même 15 ans plus tard est allé à la maternité, et avec raison, car elle aussi a eu une hémorragie), la phlébite et la mort de son père en 41, celle de sa mère en 46 (qu'elle appelait encore dans son sommeil à près de 70 ans) l’occupation par les soldats allemands en 14, et en 40. Les « pikinini chinois » en 18, et les prisonniers russes se nourrissant de trognons de betterave en 40. L’évacuation à Binche en 1918, et la grippe espagnole.

Le vieil Auguste Wargniez, si frèle, si vieux, et sa femme Reine. A Malincourt leur maison sur la place, et son beau « jardin de curé ». Maintenant la maison est mise à louer, en langue anglaise !…  pour des touristes !….

Les dernières batteuses, que je voyais passer dans la rue à Bailleul, et les derniers chevaux de trait, de race flamande, si gros et grands. Et la baladeuse à bras dont papa se servait pour aller monter des chapelles mortuaires chez les gens. La dernière pompe à eau publique dans la rue du Musée, supprimée après 1954, 55 ?
Les séances de jogging qu’on faisait avec Claude Roatta le midi (vers 1990, on change d’époque !), et avec la fameuse Noëlle (morte subitement longtemps après en 2007) en allant à la cantine, avec les aller-retour en voiture c’était la course (en 1987-89 ?), maintenant ce serait tout à fait impossible, les déplacements en voitures en ville deviennent de plus en plus lents et difficiles, quand ce n’est pas carrèment impossibles.

Les éboueurs, vers 1960, à l’époque pas de poubelles standard, ni de benne étudiée pour, simplement un camion où les éboueurs piétinaient dans les ordures en y vidant, à la force du poignet les récipients de fortune qui servaient de poubelle. (Maintenant c’est l’excès contraire ; je ne sais pas où ça va nous mener ce caporalisme et ce totalitarisme hygiéniste qui commence à étendre sa chappe de plomb sur la société (1998, et après ...)

 

 

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent

oui, c'est tout à fait ça. Très juste comme expression.

 

 

01/04/2013

Poupoune aux yeux d'or

Poupoune aux yeux d'or

Poupoune aux yeux d'or
cette adorable petite persanne (2 kilos cinq d'amour!) aŭ yeŭ d'or candides s'appellait Poupounette (en fait d'abord Pomponnette, puis Poupounette, enfin Poupoune, alias "Amrrrou Macherie" alias Olga Poupounetskaya, alias "Mamie-sphérique", alias "Le petit Comité d'Acceuil", ce dernier surnom c'est Jacqueline qui le lui avait donné)

20/03/2013

VERCORS - Sylva

Parmi les innombrables émissions merveilleuses et inoubliables qu'il y avait autrefois à la radio, il y avait sur France IV, devenu, lors du commencement de la fin, "Inter-Variétés" au début de chaque fin d'après-midi à cinq heures une émission pour les femmes "Rendez-vous à cinq heures", et dans le cours de cette émission il y avait toujours un moment de lecture suivie d'un roman. J'en ai découvert plusieurs par ce moyen, et il y en a plusieurs que je n'ai pas oubliés, et que j'entends encore. L'un d'eux fut "Sylva" de Vercors. (NOUVEAU: il y a un site qui l'étudie de manière détaillée, ici http://vercorsecrivain.pagesperso-orange.fr/sylva.html) Roman sur le thème, central chez lui, de savoir quelle est la différence entre les hommes et les bêtes, qu'est-ce qui fait un homme? Dans ce roman il imagine qu'une renarde est devenue tout à coup, par un phénomène non expliqué, une femme.
Ce livre a en fait des défauts exaspérants: il pue le racisme social ainsi que les préjugés rancis de cette époque encore idéologiquement aveuglée au sujet des animaux par l'ideologie-Descartes/Malbranche et les rites verbaux (ah ce fameux "instinct"!) de plusieurs siècles de refus-de-voir crispé. Mais si j'y suis resté attaché, au point de l'acheter trente ans plus tard exprès ! ( c'etait l'édition originale, il n'a jamais été réédité, avec des pages à couper et il y en a que j'ai laissées en l'état) c'est bien sûr à cause du souvenir. Et puis aussi à cause de ce passage, qui m'avais bien sûr marqué à l'époque, quoiqu' il ne m'apprenait rien (justement parce qu'il ne m'apprenait rien, l'épouvante de la mort fut l'ombre majeure de mon enfance, et je ne comprends toujours pas, c'est une chose qui m'effare totalement, comment se fait-il que les gens puissent vivre "comme s'ils ne savaient pas" (A. Camus) et pourquoi il n'y a pas des milliers d'enfants qui se suicident à 10-13 ans, c. à d. une fois arrivés à l'âge de se rendre compte ?) le moment où Sylva, la renarde devenue femme, découvre la mort.
Voici, donc, justement, extrait de cette édition de 1961, le passage en question. Avec ce fameux et tellement classique "argument" pour rassurer les gens, le plus classique, et de loin le plus con ! - mais si souvent efficace, il se base sur la faiblesse infinie de l'intelligence humaine, et l'engourdissement encore plus infini de sa sensibilité (qui cause bien d'autres aberrations et inconsciences de la pensée, pas seulement celle-là !) parmi ceux qu'on nous sert pour "think positive !" sur ce sujet : celui qui ici appraît sous ces mots : "Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d’y penser ! "


« Quand nous la rejoignîmes un peu plus tard, elle avait en effet déterré le chien, mais elle ne l’avait pas touché. Après une journée passé en terre, il était devenu assez atroce : attaqué par les fourmis, les taupes, les nécrophores, il ressemblait déjà, au fond de son trou, à une vielle peau de bique toute mitée, usée, percée, au surplus maculée d’humeurs saignantes. L’odeur commençait à être peu supportable. Sylva regardait la charogne dans une immobilité impressionnante. Je m’approchai d’elle, l’entourai de mon bras, je dis doucement :

Tu vois, il est mort.


Sylva ne quittait pas des yeux son malheureux copain. Elle commença de trembler, très légèrement, mais sans arrêt. C’était plutôt un long frémissement interminable. Je la pressais bien fort contre moi. Enfin elle demanda, avec une espèce de difficulté, comme si elle avait eu du mal à faire usage de la parole :

- Plus… jouer… ?

Je dis avec autant de douceur que je pus :

- Non, ma petite Sylva. Pauvre Baron, plus jouer.

Sylva tremblait avec une intensité croissante. Et puis elle arracha son regard de la triste dépouille, et alors elle le posa sur moi. Ce n’était pas un regard questionneur. C’était plutôt une sorte d’examen aigu, étrangement aigu de mon visage. Comme une méditation profonde sur la signification d’une figure humaine. Mo, je la laissais faire, sans rien dire, n’osant ni tout à fait sourire, ni tout à fait montrer un visage trop grave, trop attristé. Je lui rendais son regard avec tendresse mais ce n’était pas mes yeux qu’elle regardait. C’étaient mon nez, mes lèvres, mon menton. Et à la fin elle demanda, mais sa voix était plate (1) et sans intonation :

- Bonny aussi, plus jouer ?

j’éclatai d’un rire discret, plus bas que haut, un rire émis seulement pour rassurer cette crainte singulière.

- Mais si, Bonny jouera encore. Il n’est pas mort, Bonny ! Il se porte tout à fait bien.


Et répéta, d’un ton impérieux :

- Bonny aussi, plus jouer ?


- Mais oui, Bonny aussi, un jour… mais dans longtemps, longtemps, si longtemps que ce n’est pas la peine d'y penser!

Et quand enfin elle retrouva son souffle, je crus que – comme un nouveau-né – elle allait se mettre à hurler. Et en effet elle se mit à hurler, mais elle hurlait des mots, des « Veux pas ! Veux pas ! … » sans fin avec des grimaces si douloureuses que son frais et charmant visage triangulaire devin d’une laideur simiesque (sic), tout plissé et tout cramoisi.


Elle avait murmuré : « Et Sylva ?… « et je n’avais pas osé répondre. D’ailleurs attendait-elle une réponse ? N’en était-ce pas une que sa question ? Elle dit « Et Sylva ?… » et regarda Nanny. Et en la regardant plutôt que moi, elle sentait bien, elle devinait bien, qu’elle se heurterait à une défense plus faible. Et en effet, sous ce regard, la pauvre Nanny faiblit, elle ne put cacher son émoi ni sa peine. Elle tendit vers Sylva ses deux bras avec une expression de pitié, d’affection consternées. Mais loin de se précipiter, la jeune fille bondit en arrière. Elle nous dévisagea l’un après l’autre, avec une espèce de haine. Sa bouche s’ouvrit, mais elle ignorait les injures. Alors elle tourna sur elle-même et s’enfui.



VERCORS « Sylva » - 1961 – p.222-2

16/03/2013

les choses qu'on croit être ...

« Etre jeune c’est peut-être cela : croire que le monde est fait de choses inséparables. » (in "Indochine" de Régis Wargnier)


Pourquoi on ne vit plus comme on vivait - on-vi-vait - à Bailleul ? quand on était inquiets parce que papa ne revenait pas à l'heure de l'eglise parce qu'il y avait eu une fuite d'eau à la sacristie et qu'il avait du batailler toute la soirée, quand on le voyait passer sur la chaussée tirant la baladeuse à bras avec laquelle il emportait le matériel pour faire des chapelles mortuaires chez les gens, quand on l'entendait travailler à harmoniser sur son piano des chants pour une prochaine messe - ils sont où ses doigts coupés ? - quand on était réveillé le matin par les hirondelles et les volets roulants de la vieille voisine, dont on n'avait pas peur, dans cette France non encore flico-fasciste, des coups dans le mur quand on faisait trop de bruit, même qu'on retapait à notre tour de plus belle, quand on suivait les résultats des élections à la radio, quand ils jouaient aux cartes en trichant et en se chamaillant en riant aux éclats.

Eh oui, c'est parce que c'était le début; eh oui la vie des paysans des vieux Wargniez avait bel et bien pris fin et était disparue, et je ne pensais pas que celle-ci, ici et maintenant, allait elle aussi disparaître et mourir sans laisser de traces.

Et la société a évolué autour de nous, faisant disparaître la radio et les pavés, et les chevaux de ferme, et les pannes d'électricité, et les feux continus, et les enfants (oui, regardez il n'y en a plus), et les vieilles bigottes, et les magasins, et même la vente par correspondance, et les mariages et les enterrements.



"même les plus chouettes souvenirs ça vous a une de ces gueules" comme disait Ferré "on oublie le visage et on oublie la voix" "dans la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort" "lautre pour qui on avait peur, pour un rhume pour un rien" ou pour une voiture repartie seule sur la route de Sain-Pol et à qui on pensait à acheter des bijoux dès qu'on en voyait de beaux, etc, chanson paradigmatique.


01/03/2013

écrit en mars 88

-

L’émotion des douleurs amorties, calmes et ouatées, mais sous lesquelles on sent palpiter, comme des eaux sombres, la chair d’une plaie à vif. Et sous un tapis de gazons le gouffre objectif d’une détresse sans bornes.

28/01/2013

La maison

oilà, Quand j’habitais rue Noël T******, je passais bien sûr d’abord dans la rue Saint-M***** sur laquelle elle donne. Une rue très bourgeoise. Et au n°5 il y avait une vieille grande maison bourgeoise comme ça, sauf qu’elle était complètement à l’abandon.
Aussi quelle ne fut pas ma surprise de voir


quelle ne fut pas ma surprise de voir (et ce fut plusieurs fois par la suite) une vieille femme portant un sac à provision y entrer: Elle y habitait ! Et quand je mettais alors par curiosité l’œil à la fenêtre sans rideaŭ, je ne voyais qu’un pièce sombre complètement vide et à l’abandon, pleine de poussière. Je ne sais pas comment elle faisait pour vivre là-dedans! la maison semblait complètement abandonnée. Je ne sais pas qui elle était, était-elle une veuve ou la fille, vieille-fille, de parents morts depuis longtemps, et qui continuait à vivre dans sa maison ?

1983-84

Puis j’ai fini par ne plus la voir ….

Plus tard la maison a du être vendue (et le grand jardin qui était derrière, on voyait les arbres dépasser quand on passait par l’arrière) au garage-station-service qui était à côté et faisait le coin sur la rue Constant D********. Et ils ont tout démoli, ne laissant que la facade du rez-de-chaussée sur la rue, le terrain en fait ils ne l’utilisaient « à rien », juste pour entreposer des voitures. Et maintenant (2007) le garage lui-même vient d’être démoli ! Et il ne reste que la facade du 5 rue Saint-M*****. (après, aŭ n°7 et 9 et suivantes il y des maison plutôt petites du genre ouvrier, puis un petit café-hotel (fermé depuis plusieurs années lui-aussi maintenant … combien de fois j’ai pris mon petit-déjeuner là-dedans, et c’est là qu’on le prenait avec Claude quand il logeait chez moi)

Donc, pensez un peu au destin de cette femme, maintenant complètement oubliée de tout le monde ……..

Sans doute déjà sans plus de famille elle était.

Mais pensez à la vie de cette vieille femme et à sa disparition dans la nuit noire du temps éternel !
Comment comment ne pas en être ému, tourmenté ? Il faudrait lui élever un monument. De même qu’à tous les clochards retrouvés un jour morts de froid dans un coin de trottoir et dont on n’a même pas retrouvé le nom.

Aussi j'ai finit le 14 juillet de l'année passée 2008 par aller la prendre en photo:

 

et, maintenant pensez : là c'était l'intérieur, c'était chez elle ...

 

15/01/2013

France Gall - chanteuse inoubliable !!!

Une chanson plus que jamais d'actualité , écoutons France Gall:
http://www.dailymotion.com/video/x1t9vg_france-gall-resiste

France Gall (nask. 1947) estis dum jardekoj inter la plej talentaj kaj emociaj francaj kantistinoj. Kun ŝia aparta, unika, infaneca sed intensa voĉo kun mikso de "freŝeco" kaj intima profundeco, kaj dank' al la verkista talento de ŝia edzo, Michel Berger, kiu tiom bone scipovis verki la kanzonojn kiuj taŭgis al ŝi, ŝi restas neforgesebla al ĉiuj, kiuj aŭdis ŝin. Mi lastatempe esperantigis unu el ŝiaj kanzonoj.


Ĉi-sube jenas tiu teksto. Kaj ĉi tie http://www.youtube.com/watch?v=wgznToEu49A vi povas aŭdi ŝin kanti la originalan tekston.

PS: Ne eblas lasi ŝin tiom rapide kun nur unu kanzono! jen du aliaj videoj. je la du ekstremaĵoj de ŝia kariero, unu el ŝiaj unuaj majstroverkoj, "Se, panjo, se"
Unu el ŝiaj "malfruaj", malserenaj kanzonoj, la neegalebla : "Evidemment" (jes certe tamen)

Nu, mi aldonas ankaŭ trian (aŭkultu ĝin ne rigardante la bildojn, ili estas stultaj kaj fuŝas la kanzonon) "Amor tambien"

Mia Amdeklaro


verkis kaj muzikis Michel Berger 1974

kantis France GALL


Kiam mi solas kaj povas revi
Mi revas min en brakoj de vi,

Mi revas, ke flustre faras mi

La amdeklaron, mia deklaron.


Kiam mi solas, kaj povas fantazii

Vin tie ĉi tutapudal mi

Povas flustre elpensi de mi

La amdeklaron, mia deklaron.


Nur du-tri vortoj amaj

Vin parolos pri ni

Du-tri vortoj ĉiutagaj

Ne pli


Neniam tion mi al vi diros

Tiom mi volus sed ne aŭdacos

Bonas pli en mian kanton

La amdeklaro, mia deklaro.


La amdeklaro, mia deklaro.

Nur du-tri vortoj amaj

Vin parolos pri ni

Du-tri vortoj ĉiutagaj

Ne pli


Kiam mi solas kaj povas revi
Mi revas min en brakoj de vi,

Mi revas, ke flustre faras mi

La amdeklaron, mia deklaron.


Mi volas memorojn kune kun vi

Bildojn kune kun vi

Kaj vojaĝojn kun vi

Sentas mi bone apud vi.

La amdeklaro, mia deklaro.


Mi amas vin trista

Ne parolanta

Kaj kiam parolas mi

Kaj min ne aŭskultas vi

Sentas mi bone apud vi.

La amdeklaro, mia deklaro.

Esperantigis Roland Platteau 2/3/2008

Si vi volas legi tekstojn de ŝiaj kanzonoj (sed mankas tiu ĉi!) jen grava, oportuna, KAJ, KAJ, esperantlingva TTT-ejo, kie trobveblas paroloj de miloj da kanzonoj en multaj lingvoj!

la ligilo al France Gall: lirama.net/artist/4573

la enirpaĝo :lirama.net/

kaj por montri ke estas multe da ligvoj jen tiu panĝaba kanzono :lirama.net/song/26240/25771+25769+25770

(hehe! Esperanto fosas sian sulkon!)





Le premier d'une série de joyaŭ

Vous souvenez-vous du premier chef d'oeuvre parmi les chansons de France Gall? (1977) c'était l'inoubliable "

App'lez-moi Maggie "

( à cause de cette sale ambiance terroriste que créee la dictature du copyright (et siflotter ça va être interdit aussi?) je ne mets pas, je m'en excuse, le texte ici, il faut cliquer sur le lien pour le lire. Evidemment ("Evidemment"!) ce qu'il faudrait c'est l'écouter, la voix de France Gall est tellement sublime!
(et la musique) pour cela il ne vous reste plus qu'à essayer de vous procurer un vieŭ disque -pas un neuf!! : BOYCOTTEZ les majors et leur DADVSI!)

et ici vous trouverez toute la liste des autres chansons.

Car par la suite il y a eu toute une série d'admirables joyaŭ:
* Le meilleur de soi-même (peut-être la plus belle de toutes ses chansons)
* Si maman si
* Viens, je t'emmène (non, la plus belle c'est celle-là!)
* Comment lui dire ?
* Musique!
* Il jouait du piano debout
* Tout pour la musique
* Résiste!
* Diego, libre dans sa tête
* Amor tambien
* Papillon de nuit
* Bébé comme la vie
* La chanteuse qui a tout donné
de plus en plus tristes, et de plus en plus beau, jusqu'à, bien sûr, évidemment,
* Evidemment

Après, eh bien maintenant Michel Berger est mort (en 1992,la même année que Claude, l'année où fut fondée Via Campesina, l'année.... ) et il n'y a plus eu personne pour lui écrire ces si belles et si profondes chansons. Et sans doute elle est vieille maintenant, le temps passe si vite!
Et qui d'autre qu'elle pourrait reprendre ses chansons, si faites pour sa voix inimitable? C'est le même problème que pour Brel ou Brassens.

13/01/2013

j'ai encore connu quelqu'un qui n'avait pas appris à lire !

ma tante Céline !


«Ma tante Céline", comme je l'ai toujours entendue nommer, était donc en fait ma grand' tante, la tante de maman, elle est sur internet dans une base généalogique.(Aurait-elle cru ça ! Elle ne savait bien sûr pas ce que ça serait, même un ordinateur elle ne savait pas non plus ce que c'était.)

LECOMPTE Celine Marie

Père : LECOMPTE Emile Jean Baptiste Mère : DELATTRE Celine
Naissance : Date : 5 avril 1874 - Lieu : Nord France - Malincourt, 59372, Nord-Pas-de-Calais
Décès : Date : 4 mars 1961 - Lieu : Aisne France - Saint Quentin (à l'hopital j'imagine, car autrement elle n'a jamais bougé de sa maison.)

elle habitait rue d'Hordain pas très loin de la maison (celle de maman, le 18 rue d'Hordain) dans une ancienne ferme dont la cour était constellée de fientes de poules, je répugnais toujours à la traverser, à l'étage il n'y avait pas de plancher mais du carrelage, ça m'a toujours paru bizarre et désagréable. Elle couchait dans une vieŭ lit très haut, mais dans un sens c'est pratique: c'est moins dur pour se coucher , et pour se lever, quand on est vieŭ on est tout de suite presque à niveau, et les gens qui soigneraient une personne dedans aussi auraient moins de mal, les gens d'autrefois avaient plus de sens pratique.



C'est une personne que j'ai toujours connue le visage tout fripé et très, très vieille (calculez, en 1954 elle avait 80 ans) Il paraît qu'elle ne savait pas lire ni écrire, car dans son enfance l'école n'était pas encore obligatoire, et ses parents qui avaient besoin d'elle pour le travail de la ferme ne se souciaient pas de l'envoyer à l'école.



Je l'ai vu rarement, et à chaque fois la terreur pour moi c'était qu'en partant on allait me demander de l'embrasser, or je fus durant toute mon enfance d'une timidité maladive, et embrasser quelqu'un (à part maman) m'intimidait énormément.



Elle est morte sous les auspices de la belle-soeur de maman, la femme d'Alfred, qui s'est arrangé pour capter l'héritage !



Voilà. Qui se souviens encore d'elle ?

05/01/2013

le frère


*

*

17/07/2012

"c'était mon ami, c'était mon copain"

je viens d'apprendre que "Les Compagnons de la Chanson" sont déjà morts!

et même depuis plusieurs années. enfin il en reste encore 4 de vivants, à peine


"ami mon pauvre ami
reverrai-je jamais
ton sourire gentil "

Kiel forgesi tiajn kanzonojn?