11/06/2016
peut-être le plus beau poème de Wislawa Szymborska - le plus déchirant
Kato en malplena loĝejo
Morti - tion oni ne faras al kato.
Ĉar kion farus kato
en malplena loĝejo ?
Ĝi surgrimpus vandojn,
frotus sin al la mebloj.
Nenio ŝajnas ja ŝanĝiĝinta,
kaj tamen ĉio ŝanĝiĝis
Kvazaŭ ne ŝovita,
sed tamen aliloka.
Kaj en vesperoj lampo jam ne lumas.
Aŭdeblas paŝoj sur ŝtuparo,
sed ne tiuj.
Ankaŭ la mano, kiu metas fiŝon sur la telereton,
ne estas tiu de la iama metinto.
Io ĉi tie ne komenciĝas
en la kutima tempo.
Io ĉi tie ne okazas
kiel devas.
Iu ĉi tie estis kaj estis
kaj poste subite malaperis
kaj obstine forestas.
Ĉiuj ŝrankoj estas jam enrigarditaj.
La bretoj trakuritaj.
Per enpuŝiĝo okazis kontrolo sub-tapiŝa.
Eĉ estis rompita la malpermeso
disŝuti paperpecojn.
Kion pli multe oni ja povus fari.
Dormi kaj atendi.
Se li nur revenus,
se nur li aperus
Tiam li ekscios
ke tiel agi kun kato ne decas.
Tiam eblos aliri al li,
sed kvazaŭ tute pretervole,
malrapide,
sur tre ofenditaj piedetoj.
Kaj sen iaj saltoj aŭ pepoj komence.
Wislawa Szymborska
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25/05/2016
original et très joli et très juste mignon petit poème
MI (KIAM EN LA KUNIKLEJO)
c'est le titre !
Mi (kiam en la kuniklejo de via sako
vi furioze fosas pro bileto, kiu
tre verŝajne jam eskapis)
amas vin.
(Kien, cetere, vi metis
mian koron?)
(Victor Sadler)

16/12/2015
un des poèmes que j'ai écrit
POEME EN PROSE N° 18
C’est un monde vrai, un monde sans bruit de voiture. Il fait chaud et moite. Le vent se lève, et l’air sent l’orage, mais on se sent bien. La terre, qui nous porte, semble se soulever comme une poitrine de chat qui dort. Au loin les collines dansent, et les cyprès, et dans l’ombre les pivoines. Puisses-tu vivre éternellement. On a vu que ce qui est arrivé était des maximes qui étaient dans leurs livres, ces sages ont dit le futur. Le vent soulève des tourbillons de poussière et le rossignol chantera jusqu’à l’aube sous le ciel tout gorgé d’étoiles, tandis que les personnages suivront la trace phosphorescente des escargots et feront l’amour avec passion, unissant leurs chairs ensembles, et leurs désirs, et leurs âmes, réunies par eux. Puisses-tu vivre éternellement !
15/12/2015
al mia filineto
Al mia filineto
Vi ja forpasis
kaj mi kun peno trapasis
la barieron de l'tempo.
Mi triste ploras,
ĉar via korpo...
sub blanka ŝtono
ripozas.
Aŭdas mi kiel la morto furoras,
kaj ekde nun mi tre solas
kaj sur la grunda tombejo
kie regas nur mistero
mi vin memoras
kaj per senlimaj larmetoj
mi malsekigas la teron
kie burĝonoj ekfloras.
Arquillos 24-10-14
05/12/2015
Carl Sandburg
de Carl Sandburg un poème très beau et très profond :
PEARL FOG
OPEN the door now.
Go roll up the collar of your coat
To walk in the changing scarf of mist.
Tell your sins here to the pearl fog
And know for once a deepening night
Strange as the half-meanings
Alurk in a wise woman's mousey eyes.
Yes, tell your sins
And know how careless a pearl fog is
Of the laws you have broken.
17/11/2015
l'universel tombeau
Émile VERHAEREN (1855-1916)
Celui du rien
Je suis celui des pourritures grandioses
Qui s'en revient du pays mou des morts ;
Celui des Ouests noirs du sort
Qui te montre, là-bas, comme une apothéose,
Son île immense, où des guirlandes ,
De détritus et de viandes
Se suspendent,
Tandis, qu'entre les fleurs somptueuses des soirs,
S'ouvrent les grands yeux d'or de crapauds noirs.
Terrains tuméfiés et cavernes nocturnes,
Oh ! mes grottes bâillant l'ennui par les crevasses
Des fondrières et des morasses !
A mes arbres de lèpre, au bord des mares,
Sèchent ton coeur et tes manteaux baroques,
Vieux Lear ; et puis voici le noir Hamlet bizarre
Et les corbeaux qui font la cour à son cadavre ;
Voici René, le front fendu, les chairs transies,
Et les mains d'Ophélie, au bord des havres,
Sont ces deux fleurs blanches - moisies.
Et les meurtres me font des plans de pourriture,
Jusqu'au palais d'où s'imposent les dictatures
De mon pays de purulence et de sang d'or.
Sont là, les carcasses des empereurs nocturnes ;
Les Nérons fous et les Tibères taciturnes,
Gisant sur des terrasses de portor.
Leur crâne est chevelu de vers - et leur pensée
Qui déchira la Rome antique en incendies
Fermente encor, dans leur tête décomposée.
Des lémures tettent les pustules du ventre
Qui fut Vitellius - et maux et maladies
Crèvent, sur ces débris leurs poches de poisons.
Je suis celui du pays mou des morts...
Et puis voici ceux-là qui s'exaltaient en Dieu ;
Voici les coeurs brûlés de foi, ceux dont le feu
Etonnait les soleils, de sa lueur nouvelle :
Amours sanctifiés par l'extatique ardeur
" Rien pour soi-même et sur le monde, où s'échevèlent
La luxure, l'orgueil, l'avarice, l'horreur,
Tous les péchés, inaugurer, torrentiel
De sacrifice et de bonté suprême, un ciel !
Et les Flamels tombés des légendes gothiques,
Et les avares blancs qui se mangent les doigts,
Et les guerriers en or immobile, la croix
Escarbouclant d'ardeur leurs cuirasses mystiques,
Et leurs femmes dont les regards étaient si doux ;
Voici - sanguinolents et crus - ils sont là, tous.
Je suis celui des pourritures méphitiques,
Dans un jardin d'ombre et de soir,
Je cultive sur un espalier noir,
Les promesses et les espoirs.
La maladie ? elle est, ici, la vénéneuse
Et triomphale moissonneuse
Dont la faucille est un croissant de fièvre
Taillé dans l'Hécate des vieux Sabbats.
La fraîcheur de l'enfance et la santé des lèvres,
Les cris de joie et l'ingénu fracas
Des bonds fouettés de vent, parmi les plaines,
Je les flétris, férocement, sous mes haleines,
Et les voici, aux coins de mes quinconces
En tas jaunes, comme feuilles et ronces.
Je suis celui des pourritures souveraines.
Voici les assoiffés des vins de la beauté ;
Les affolés de l'unanime volupté
Qui fit naître Vénus de la mer toute entière ;
Voici leurs flancs, avec les trous de leur misère ;
Leurs yeux, avec du sang ; leurs mains, avec des ors ;
Leurs livides phallus tordus d'efforts
Brisés - et, par les mares de la plaine,
Les vieux caillots noyés de la semence humaine.
Voici celles dont l'affre était de se chercher
Autour de l'effroi roux de leur péché,
Celles qui se léchaient, ainsi que des lionnes -
Langues de pierre - et qui fuyaient pour revenir
Toujours pâles, vers leur implacable désir,
Fixe, là-bas, le soir, dans les yeux de la lune.
Tous et toutes - regarde - un à un, une à une,
Ils sont, en de la cendre et de l'horreur
Changés - et leur ruine est la splendeur
De mon domaine, au bord des mers phosphorescentes.
Je suis celui des pourritures incessantes.
Je suis celui des pourritures infinies ;
Vice ou vertu, vaillance ou peur, blasphème ou foi,
Dans mon pays de fiel et d'or, j'en suis la loi.
Et je t'apporte à toi ce multiple flambeau
Rêve, folie, ardeur, mensonge et ironie
Et mon rire devant l'universel tombeau.
04/11/2015
les années 70
23/10/2015
à quoi bon l'existence ?
Jules Laforgue
Le Sanglot de la Terre (et autres premiers poèmes)
Je ne puis m’endormir ; je songe, au bercement
De l’averse emplissant la nuit et le silence.
On dort, on aime, on joue. Oh ! par la Terre immense,
Est-il quelqu’un qui songe à moi, dans ce moment ?
Le Témoin éternel qui trône au firmament,
Me voit-il ? me sait-il ? Qui dira ce qu’il pense?
Tout est trop triste et sale. — À quoi bon l’Existence ?
Si ce Globe endormi gelait subitement ?
Si rien ne s’éveillait demain ! Oh ! quel grand rêve !
Plus qu’un stupide bloc sans mémoire et sans sève
Qui sent confusément le Soleil et le suit.
Les siècles passent. Nul n’est là. Pas d’autre bruit
Que le vent éternel et l’eau battant les grèves....
Rien qu’un Cercueil perdu qui flotte dans la Nuit.
"Du vieux papier on fait du neuf, et des morts se font les vivants, et toujours ainsi, jusqu’à la fin des siècles ! Or, si tout cela n’est que cela, néant pour néant, ne valait-il pas mieux le néant calme ?" (Henri Cazalis)
14/10/2015
Ce temps est si sévère
En 1855 Théodore de Banville (un homme beaucoup plus sensible que le prétendent les manuels de littérature) semblait avoir déjà prévu quelle serait l'ambiance de notre sinistre époque ! 
Ce temps est si sévère
Qu’on n’ose pas
Remplir deux fois son verre
Dans un repas,
Ni céder à l’ivresse
De son désir,
Ni chanter sa maîtresse
Et le plaisir !
On croit que, pour paraître
Rempli d’orgueil,
Il est distingué d’être
Toujours en deuil !
Les topazes, la soie,
La pourpre et tout,
Ne font pas une joie
D’assez bon goût,
Et les bourgeois que flatte
Un speech verbeux,
Ont peur de l’écarlate
Comme les bœufs !
O pauvres gens sans flamme,
Qui, par devoir,
Mettent, même à leur âme,
Un habit noir !
Qu’ils ne puissent plus boire
Sans déroger,
C’est bien fait pour leur gloire !
Mais, cher Roger,
Nous de qui le cœur aime
Un doux regard,
Admirons ce carême
Comme objet d’art,
Et restons à notre aise
Dans le soleil
Qu’a fait Paul Véronèse
Aux Dieux pareil !
Sa lèvre nous embrase !
Que ces marchands
Gardent pour eux l’emphase,
Et nous les chants !
Tant que des gens moroses
Le ciel épris
Ne mettra pas aux roses
Un habit gris,
Tant qu’au dôme où scintillent
Les firmaments,
Parmi les saphirs brillent
Des diamants,
Tant qu’au bois, où m’accueille
Un vert sentier,
Naîtront le chèvrefeuille
Et l’églantier,
Tant que sous les dentelles
Daignent encor
Nous sourire les belles
Aux cheveux d’or,
Tant que le vin de France
Et les raisins
Porteront l’espérance
A nos voisins,
Gardons la jeune Grâce
Pour échanson,
Que jamais rien ne lasse
Notre chanson
Et vous que j’accompagne
Jusqu’au mourir,
Versez-nous le champagne !
Laissons courir,
Avec l’or et la lie
De sa liqueur,
L’inconstante folie
Dans notre cœur.
Buvons ce flot suave
Et sans rival,
Et nous prendrons l’air grave
Au carnaval !
(confirmation de l'évolution de notre sinistre époque : les études ont montré que les gens de nos jours rien dte 10 à 20 fois moins souvent qu'en 1930 https://sharknews.fr/2012/09/19/internet-le-refuge-du-rire/3705/
03/10/2015
Des cadavres de jours rongés par les étoiles
un vers génial de Guillaume Apollinaire :
Gonfle-toi vers la nuit Ô Mer Les yeux des squales
Jusqu'à l'aube ont guetté de loin avidement
Des cadavres de jours rongés par les étoiles
Parmi le bruit des flots et les derniers serments
"Des cadavres de jours rongés par les étoiles"
c'est tout à fait ça ! voilà ce que devient notre vie.

