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03/11/2016

Jules Laforgue encore

Triste, triste 

Je contemple mon feu. J'étouffe un bâillement.
Le vent pleure. La pluie à ma vitre ruisselle.
Un piano voisin joue une ritournelle.
Comme la vie est triste et coule lentement.

Je songe à notre Terre, atome d'un moment,
Dans l'infini criblé d'étoiles éternelles,
Au peu qu'ont déchiffré nos débiles prunelles,
Au Tout qui nou est clos inexorablement.

Et notre sort ! toujours la même comédie,
Des vices, des chagrins, le spleen, la maladie,
Puis nous allons fleurir les beaux pissenlits d'or.

L'Univers nous reprend, rien de nous ne subsiste,
Cependant qu'ici-bas tout continue encor.
Comme nous sommes seuls ! Comme la vie est triste !

Jules Laforgue

01/11/2016

toutes les beautés du monde

Il y avait autrefois en Inde une coutume de marier es gens, surtout les filles, alors qu’elles sont encore enfants. Souvent un homme adulte prenait chez lui sa future femme encore enfant. Moeurs maintenant stigmatisées. Mais un peu d’ouverture intellectuelle et existentialiste fait toujours du bien. Donc admettons et mettons-nous dans ce contexte vécu. Le grand poète bengali Tagore se sert de cette situation pour en faire la parabole de Dieu, futur « Epoux » de l’âme humaine (c’est pareil dans l’Evangile, relisez), aussi il compare les jouets que le mari offre à sa future épouse encore enfant aux beautés du monde par lesquelles Dieu égaie et élève l’âme des hommes :

LXII

Quand je t’apporte des jouets coloriés, mon enfant, je comprends pourquoi ce chatoiement de l’eau, de la nue, et pourquoi toutes les fleurs sont peintes — quand je te donne des jouets coloriés, mon enfant.

Quand, pour que tu danses, je chante, je sais vraiment pourquoi cette musique dans les ramures, pourquoi le chœur des vagues pénètre jusqu’au sein de la terre attentive — quand je chante pour que tu danses.

Quand je tends de doux objets vers tes mains avides, je sais pourquoi du miel dans le calice de la fleur, pourquoi ce suc exquis dont se gonfle en secret le fruit — quand je tends de doux objets vers tes mains avides.

Quand j’embrasse ta face pour te faire sourire, mon enfançon chéri, je comprends avec certitude quel est ce plaisir qui ruisselle du ciel dans le matin lucide, et quel délice c’est que la brise d’été offre à mon corps — quand je t’embrasse pour te faire sourire.

30/07/2016

toute une époque, toute une conscience de la vérité (vérité ?), mais ......


 
"il n'y a plus d'après" de Juliette Greco (elle vit encore, pour le moment ...)
c'est le symbole philosophique de toute une "modernité" du désespoir existentialiste, nouveau roman, Ionesco, Camus, Beckett.
ça peut paraître amèrement intelligent et "moderne" cette lucidité désespérée, mais à part au cimetière (forcément ! par définition) ou au suicide (pour ceux qui ont un peu plus de courage) ça mène à quoi ? à part chez ceux qui ont remisé l'intelligence et la lucidité - trop pénible, vite une pilule tranquilisante ! intellectuellement après le cul-de-sac on fait quoi ? - qui a donné et dont il ne reste plus aujourd'hui que le dogme de l' "ici et maintenant"et le "bouddhisme" des euthanasieurs et de la psychologie à la mode.

27/07/2016

eh oui surtout en été ne pas oublier que seul le NIHILISME le plus absolu et le plus désespéré est dans le vrai .....

Soleil, soleil !...Faute éclatante !
Toi qui masques la mort, Soleil,
Sous l'azur et l'or d'une tente
Où les fleurs tiennent leur conseil ;
Par d'impénétrables délices,
Toi, le plus fier de mes complices,
Et de mes pièges le plus haut,
Tu gardes les cours de connaître
Que l'univers n'est qu'un défaut
Dans la pureté du Non-être !


Soleil, qui suscites l’éveil
A l’être, et de feux l’acompagnes,
Toi qui l’enferme d’un sommeil
Trompeusement peint de campagnes,
Fauteur des fantômes joyeux
Qui rendent sujette des yeux
La présence obscure de l’âme,
Toujours le mensonge m’a plu
Que tu répands sur l’absolu,
O roi des ombres fait de flamme !

 

Paul Valéry, tiré de L'ébauche d'un serpent (1921)

11/06/2016

peut-être le plus beau poème de Wislawa Szymborska - le plus déchirant

Kato en malplena loĝejo

Morti - tion oni ne faras al kato.

Ĉar kion farus kato

en malplena loĝejo ?

Ĝi surgrimpus vandojn,

frotus sin al la mebloj.

Nenio ŝajnas ja ŝanĝiĝinta,

kaj tamen ĉio ŝanĝiĝis

Kvazaŭ ne ŝovita,

sed tamen aliloka.

Kaj en vesperoj lampo jam ne lumas.

 

Aŭdeblas paŝoj sur ŝtuparo,

sed ne tiuj.

Ankaŭ la mano, kiu metas fiŝon sur la telereton,

ne estas tiu de la iama metinto.

 

Io ĉi tie ne komenciĝas

en la kutima tempo.

Io ĉi tie ne okazas

kiel devas.

Iu ĉi tie estis kaj estis

kaj poste subite malaperis

kaj obstine forestas.

 

Ĉiuj ŝrankoj estas jam enrigarditaj.

La bretoj trakuritaj.

Per enpuŝiĝo okazis kontrolo sub-tapiŝa.

Eĉ estis rompita la malpermeso

disŝuti paperpecojn.

Kion pli multe oni ja povus fari.

Dormi kaj atendi.

 

Se li nur revenus,

se nur li aperus

Tiam li ekscios

ke tiel agi kun kato ne decas.

Tiam eblos aliri al li,

sed kvazaŭ tute pretervole,

malrapide,

sur tre ofenditaj piedetoj.

Kaj sen iaj saltoj aŭ pepoj komence.

 

 

 

Wislawa Szymborska

 

25/05/2016

original et très joli et très juste mignon petit poème

 

MI (KIAM EN LA KUNIKLEJO)  
                                                                                                                                      c'est le titre !

 

Mi (kiam en la kuniklejo de via sako
vi furioze fosas pro bileto, kiu

tre verŝajne jam eskapis)
amas vin.

(Kien, cetere, vi metis
mian koron?)

 

 

 

 

                                     (Victor Sadler)

 

 

15/05/2016

la reine morte pièce de Monterlant

Si vous voulez lire sa traduction en Espéranto :

En Espéranto La Reine Morte ! 
Traduite en Espéranto par André Cherpillod la prose splendide de Montherlant, pièce complexe et troublante, étrange, vénéneuse, exaltée et amère, tout Montherlant, peut-être sa plus grande (quoique, "Le Cardinal d'Espagne" !)
Jen bele tradukita far André Cherpillod (en 1986, unu el liaj plej unuaj esperantlingvaj libroj) la forta kaj riĉa stilo de Montherlant ( http://www.ipernity.com/blog/r.platteau/136723 )

jen frazon de la teatraĵo :
INES (ĵetante sin en liajn brakojn)
Ne parolu ! Ne parolu ! Lasu min eltrinki. Mi tiel soifis je ci. Mia Dio, asistu min en tiu supera feliĉo ! Ŝajnas ke ekde nun mi ne plu povos havi feliĉon ne najbaran je frenezo...
PEDRO
Ines, se ci...
INES
Nu, ne parolu ! Tiu momento kiu eble neniam plu ekzistos. Poste, preta elporti ĉion. Sed tiu momento ne foriĝu. Momento, ankoraŭ momenteto, ke mi ripozu sur la ŝultro de l'viro, kie oni ne mortas. Esti tie, kaj ke tio estu permesata, kaj pensi ke la tero povas porti tiajn aferojn, kaj ke tamen malbono kaj morto daŭrigas sian ekzistadon; kaj ke ankaŭ ni devos morti !

une autre citation de Montherlant (en français !) :

http://www.hautetfort.com/admin/posts/post.php?post_id=56...

24/03/2016

Une cause commune contre la mort

voici un extrait du livre de Marguerite Audoux "L'Atelier de Marie-Claire" qui nous rappelle ce dont parle Ray Bradbury dans son roman "La foire des tenèbres" "nous avons une cause commune contre la mort"

L'origine de la morale !
et bien sûr la prise de conscience de l'horreur de notre condition de condamnés à mort ...

 

Un matin qu’il avait vu sortir une petite souris de la caisse à chiffons, il eut presque une colère en exigeant que Duretour allât tout de suite chercher le chat du voisin.

C’était un gros chat né dans l’appartement d’à côté et qui n’avait jamais vu de souris. On le rencontrait souvent sur le palier où il recherchait les caresses des ouvrières. Aussitôt entré, il sauta sur les machines, et il fit le tour de l’atelier en flairant dans tous les coins, puis, quand il eut tout vu, il se fourra dans un casier vide pour y dormir à son aise.

La petite souris se doutait du danger. Elle montra plusieurs fois son fin museau entre le mur et le dessus de la cheminée, mais elle n’osa pas aller plus loin. Puis comme le gros chat dormait toujours, elle s’enhardit et traversa l’atelier pour gagner la cuisine.

Elle recommença les jours suivants. Elle passait toute menue et vive avec sa jolie robe grise, et Bergeounette, qui la guettait, riait de la voir si adroite.

Pourtant le chat l’aperçut, il sauta lourdement de sa planche et s’en alla derrière elle dans la cuisine. Il revint peu après, mais son allure était changée. Il avançait avec précaution et tout son corps s’allongeait, ses yeux étaient plus jaunes aussi, et il étirait longuement ses griffes. Il fit encore le tour de l’atelier, mais au lieu de retourner à son casier, il se plaça sous un tabouret tout près de la cheminée. Il avait l’air de dormir nez sur ses pattes, mais l’une ou l’autre de ses oreilles restait constamment dressée, et l’on voyait une raie claire entre ses paupières.

La petite souris ne se pressait pas de revenir, et personne ne pensait plus à elle ni au chat, lorsqu’on entendit un cri si fin et si long que toutes les machines s’arrêtèrent et que tout le monde regarda vers le tabouret. Le chat y était encore, mais il se tenait couché sur le côté, et, sous l’une de ses pattes, allongée, la queue de la souris dépassait et traînait comme un bout de cordon noir. Presque aussitôt le cordon noir s’agita, et la souris s’échappa. Elle n’alla pas loin, le chat lui barra la route et la retourna d’un coup de patte. Elle resta un instant comme morte, puis elle essaya de filer vers la cuisine ; le chat se trouva encore devant elle.

Alors elle s’affola ; elle voulait fuir n’importe où et n’importe comment, elle tournait ou se lançait dans toutes les directions, et toujours, d’un coup de griffes, le chat la ramenait dans l’atelier. Il y eut un moment où l’on crut qu’elle allait se résigner à mourir, tant elle était tremblante et affaissée. Mais soudain, elle fit face à son bourreau. Elle s’était dressée si vite que son élan avait failli la renverser en arrière ; elle resta debout toute frémissante en agitant ses pattes de devant, tandis que sa petite gueule saignante laissait échapper des cris variés et suivis. Et chacune de nous comprit bien qu’elle accablait d’injures l’énorme monstre qui la regardait tranquillement assis en penchant la tête. Puis, comme si elle eût mesuré d’un coup toute sa faiblesse, et compris que rien ne pourrait la sauver, elle vacilla et retomba en poussant une plainte aiguë. Et cela fut si pitoyable que Bouledogue saisit le chat par le milieu du dos et le jeta sur la table. Il redescendit très vite, mais la souris n’était plus là.

Le patron retourna à sa chaise longue, et on ne sut pas s’il était fâché ou content lorsqu’il dit :

— La voilà échappée.

Mme Dalignac respira fort, et ses deux poings qu’elle tenait serrés contre sa poitrine s’ouvrirent brusquement comme si elle-même n’avait plus rien à craindre.

 

16/12/2015

un des poèmes que j'ai écrit

POEME EN PROSE N° 18

 

C’est un monde vrai, un monde sans bruit de voiture. Il fait chaud et moite. Le vent se lève, et l’air sent l’orage, mais on se sent bien. La terre, qui nous porte, semble se soulever comme une poitrine de chat qui dort. Au loin les collines dansent, et les cyprès, et dans l’ombre les pivoines. Puisses-tu vivre éternellement. On a vu que ce qui est arrivé était des maximes qui étaient dans leurs livres, ces sages ont dit le futur. Le vent soulève des tourbillons de poussière et le rossignol chantera jusqu’à l’aube sous le ciel tout gorgé d’étoiles, tandis que les personnages suivront la trace phosphorescente des escargots et feront l’amour avec passion, unissant leurs chairs ensembles, et leurs désirs, et leurs âmes, réunies par eux. Puisses-tu vivre éternellement !

15/12/2015

al mia filineto

Al mia filineto

 

Vi ja forpasis

kaj mi kun peno trapasis

la barieron de l'tempo.

Mi triste ploras,

ĉar via korpo...

sub blanka ŝtono

ripozas.

Aŭdas mi kiel la morto furoras,

kaj ekde nun mi tre solas

kaj sur la grunda tombejo

kie regas nur mistero

mi vin memoras

kaj per senlimaj larmetoj

mi malsekigas la teron

kie burĝonoj ekfloras.

 

 

Arquillos 24-10-14