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07/01/2026

Florent Piana - rappel

son premier documentaire :

 

24/12/2025

Marie devait accoucher

24 décembre 2025 :

Marie devait accoucher , mais un sniper sioniste l’a abattue d’une balle dans le ventre, Jésus ne naîtra pas à Noël. Il ne sera plus jamais le fils de Dieu qui ressuscitera. Fin de l’histoire.

01/12/2025

livres recommandés

avant de commencer il y a celui dont parle Marianne et dont elle est co-auteure :

Au fil des souvenirs ici quelques livres, souvent injustement peu connus, que je recommande au plus haut point :

  Les Familiotes
Mémoires d'une Jeune Fille rangée
Le Pain Dur
La Foire des Ténèbres
En Gagnant mon pain
La Fille du passeur
Le Bonheur d'être Suisse
La Douane de Mer
La Société Pure
Mémoires d'Outre-Tombe
Charles Trenet
Les Couleurs de la Honte
L'Etat Inquisiteur
En Finir avec le Sionisme
La Domnitza de Snagov
Jeannot Mémoires d'un Enfant
Histoire d'un Conscrit de 1813
L'Ame des animaux
Modernité et Holocauste
Bouvart et Pécuchet
Elisabeth ou le vent du sud de Joseph Bialot
* "Les familiotes" de JEAN ROSTAND

Celui-là  ce n'est pas seulement "injustement peu connus" , il est carrèment introuvable hors des marchands de vieux livres, ou, si vous n'êtes pas salariés mais par exemple étudiant , rentier, bourgeois, retraité, et qu'il vous est possible pour vous de vous rendre dans une "bibliothèque municipale" (car ces lieux désormais sont inaccessibles aux salariés étant donné leurs horaires d'ouverture plus que restreint et sans aucune considération pour les gens) donc si vous réussissez à mettre la main dessus faites-en des photocopies ou esssayez de convaincre un éditeur, si vous "avez des relations" , de le rééditer.
Car Jean Rostand, né dans un milieu de hauts bourgeois et ayant longuement eu l'occasion de les observer et d'écouter leurs conversations, a "commis" dans sa jeunesse, avant ses livres de philosophie scientifiques, qui eux ont été régulièrement réédités, plusieurs livres de critique sociale, malheureusement jamais réédité, alors qu'ils étaient des vrais "bijoux" d'ironie voltairienne mordante, pince sans rire et d'un talent fou (et si pertinent!)

(Je vous recommande en particulier "Le poulet", un petit chef d'ouvre d'humour pince sans rire, qui en plus nous montre à nous contemporains de la fin du XXème siècle combien le statut social de la viande de poulet a changé !)
 
* Simone de Beauvoir (21-04-2005)

Un livre que je conseille vivement: "Mémoires d'une Jeune Fille rangée" de Simone de Beauvoir (née un 9 janvier) Très humain et interessant, passionnant et qui fait plus d'une fois réfléchir.
Et il y aurait plein de choses à citer.
Dès les premières pages ça commence très fort:
"je me promis, lorsque je serai grande, de ne pas oublier qu'on est à cinq ans un individu complet. Ce que niaient les adultes."
Qu'est-ce qu'elle a raison!

allez! je ne resiste pas au plaisir d'encore une:
"Les noisettiers murmuraient et je comprenais leur oracle; j'étais atendue: par moi-même. Ruisselante de lumière, le monde couché à mes pieds comme un grand animal familier, je souriais à l'adolescente qui demain mourrait et ressusciterait dans ma gloire: aucune vie aucun instant d'aucune vie ne saurait tenir les promesses dont j'affolais mon coeur crédule".



So ist das Leben...

et bien sûr, bien sûr:

"Je fis une autre découverte. Un après-midi à Paris, je réalisais que j'étais condamnée à mort. Il n'y avait personne d'autre que moi dans l'appartement et je ne refrénai pas mon désespoir; j'ai crié, j'ai griffé la moquette rouge. Et quand je me relevai, hébétée, je me demandai: "comment les autres gens font-ils? Comment ferai-je?" Il me semblai impossible de vivre toute ma vie le coeur tordu par l'horreur. Quand la déchéance s'approche, me disais-je, quand on a déjà trente ans, quarante ans et qu'on pense: "c'est pour demain", comment le supporte-t-on?

 

* Le Pain Dur

Qui a eu la chance de voir la pièce de Claudel "Le Pain Dur" jouée par de bons acteurs ? (qui ne l'a pas eu a perdu quelque chose!)
Contrairement aux autres pièces de Claudel ce n'est pas un ramassis de phrases verbeuses et ennuyeuses, c'est une vraie pièce, c'est très humain et attachant, ça fait réfléchir plus d'une fois (et c'est plus en quelque sorte un document historique sur les grandes évolutions, problèmes et psychologies du XIXè siècle) et ça réussit ce "miracle", pierre de touche de qualité je trouve, que, quoique tous les personnages sans exception sont , au moins à un moment donné, des scélérats, on s'attache néanmoins à chacun avec empathie !



* La Foire des Ténèbres de Ray Bradbury

Vous connaissez Ray Bradbury, l'auteur des "Chroniques Martiennes" ? En fait ce n'est pas un auteur de science-fiction, c'est un poète et un philosophe. Dans les Chroniques le thème de "science fiction ne sert que de cadre à développer ses réflexions , y placer ses rejets, leçons, souvenirs sensuels de la vie quotidienne des gens dans les petites villes du Middle West, de parler de la mort, de la solitude, etc.
Donc.
Il y a de lui un livre qui est contrairement au précédent peu connu, et pourtant je le mettrais facilement parmi les oeuvres "fondamentales", "incontournables", qu'on n'oublie plus jamais de sa vie une fois qu'on les a lu, et dont on peut tirer une foultitude de citations. (Son titre original anglais est lui-même une citation, de Shakespeare, je vous le donne pour ceux qui veulent l'acheter et le lire en anglais: "Something wicked this way comes"),
c'est "Le Carnaval des ténèbres" (titre de l'édition française, donc). C'est un livre sensuel (la sensualité de la nuit et de la vie quotidienne, qu'on a perdu dans la France actuelle, et sans doute aux USA actuels aussi) et profond, et beau à en pleurer.

« Le père et le fils, d’un dernier effort se retrouvèrent sur le rebord de la fenêtre ; ils avaient la même taille, pesaient le même poids, avaient le visage éclairé par les mêmes étoiles, et restaient l’un contre l’autre, savourant une merveilleuse fatigue, réprimant des rires fous qui leur secouaient les os sur le même rythme, et par crainte de réveiller Dieu, le pays entier, l’épouse, maman, chacun mit une main sur la bouche de l’autre, senti la chaude hilarité jaillissante et ils prolongèrent cet instant, les yeux brillants d’une joie commune, et humides de véritable amour. »

"Il comprenait à merveille ce que leur apportait le vent, où ils les emmenait, vers quels endroits secret qui ne retrouveraient jamais ce charme de mystère dans la suite de l'existence. Au fond de lui, une ombre se retourne tristement comme en une tombe. Par une nuit pareille, il fallait courir, pour échapper à la tristesse."

 

« -" Je le sais. Je sais tout." Sa mère se tut un moment avant de reprendre :
- Qu’est-ce que tu sais, Jim ?
- Que ça ne sert à rien de faire des hommes. Ils meurent. Il avait dit cela d’une voix douce et calme, presque triste.
- Savoir ça, ajouta-t-il, c’est tout savoir. »

 

« ....  les autres soirs où il errait merveilleusement seul, proposant voluptueusement ses idées aux murs qui les renvoyaient une fois en écho, puis les faisaient disparaître à jamais. Toute sa vie, il avait écrit des livres sur l’air des vastes bâtiments et il avait tout laissé s’envoler. »  


C'est de ce livre que j'ai tiré aussi la citation que j'ai mise dans ma présentation de l'Espéranto:
"Vraiment c'est connaître qui est le bien, ne pas connaître ou refuser de connaître qui est le mal ou la source du mal."





* En gagnant mon Pain de Maksim Gorki
Gorki a raconté sa vie dans trois livre; le premier est le plus connu "Enfance", on trouve aussi parfois le troisième "Mes Universités", le deuxième : "En gagnant mon pain" (qui correspond à la suite de son enfance jusqu'au début de l'adolescence) est le moins connu (et pas facile à trouver en librairie!) et pourtant !! C'est, de loin, le plus intéressant, le plus émouvant, à la fois roman d'aventure  à la première personne captivant, galerie de portraits psychologique, je ne vous en dit pas plus, extraordinaire! et en même temps poème fascinant qu'on ne peut plus oublier une fois qu'on l'a lu, et aussi une mine d'or pour un philosophe.
Trouvez-le! vous ne le regretterez pas.


* La servante du passeur (Die Magd des Jürgen Doskocil) d'Ernst Wiechert

Une austère et émouvante histoire d'un pays qui n'existe plus, la Prusse orientale.
En plus et en dehors de la valeur littéraire et humaine du texte, c’est un livre qui, entre autres, aide à comprendre  des choses:

allez donc vous étonner que quelques années plus tard tous ces gens-là aient voté Hitler comme un seul homme et se soient laissé persuadés qu’il fallait exterminer les juifs, les slaves, et les tziganes, et les fous, et les handicapés (ces salauds ridicules), pour vaincre le Mal et pour que l’Allemagne soit plus hygiénique.

(Et ça veut dire aussi que tous ces gens qui sont parti pour l’Amérique de Salt Lake City ce sont des gens comme ça. On comprend mieux les USA de Bush … )

En "annexe", une phrase du roman fait réfléchir à autre chose :
« Au retour, il fallut le soutenir. C’était la première fois qu’il
s’appuyait sur elle, et tout obscure que fût son âme, elle sentait
profondément quelle sorte de bonheur lui donnait son amour pour Jürgen. »
Ce sens de l’amour est tout à fait perdu de nos jours chez les femmes . Maintenant elles ne supporteraient pas ça, une telle situation elles se révolteraient aussitôt, et : « il n’a qu’à s’assumer », dans un cas comme ça elle le plaqueraient aussitôt, et l’enverraient crever dehors,
« pas emmerder le monde », en emportant les gosses, et en gardant
l’appartement bien sûr ; et sans oublier de lui réclamer une pension alimentaire.

 

* "Le bonheur d'être suisse" de Jean Ziegler
C'est comme les Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, et ça les vaut. Comme Mémoires d'Outre-Tombe  ce n'est pas seulement  l'histoire d'une vie (très attachante et Jean Ziegler est un un personnage admirable, qu'on ne peut oublier) c'est mélé à un coeur de chair saignant et à une intelligence perçante, une vaste symphonie humaine et historique, une fenêtre ouverte sur toutes les  dimensions du temps et de l'espace. Avec ceci de plus par rapport à Chateaubriant que ça parle de notre monde où nous vivons, où d'autres meurent (ou sont morts...) et dont Ziegler a si bien su mettre à jours les noirs dessous, et dénoncer les scandales fondateurs. ("En écrivant je veux contribuer à délégitimer la doxa des seigneurs.")
Ca déborde non seulement d'intelligence et de révolte, mais d'émotion, d'angoisse , de fraternité, de poésie et de sensualité. C'est le genre de livre qu'on a envie de garder sur sa table de nuit pour en faire un livre de chevet.

 

* "La Douane de mer" de Jean d'Ormesson
Je ne vous en dis pas plus, c'est un bijou, un joyaux d'érudition, d'émotion, d'humilité, d'ambition, d'amour, de désespoir intellectualisé, d'élégance vieille France, de poésie et de sensualité.
C'est (et ça se veut) une somme, mais une somme errante à la fois passionnément aimante et désabusée, une somme à la Jules Laforgue. (Et sans conclusion bien sûr. Peut-il en être autrement?)  Sur quoi ? mais sur tout, bien sûr !
Je ne crois pas qu'on puisse faire mieux, ni plus profond, ni plus charmeur (on peut en tirer des dixaines de citations).
D'ailleurs l'auteur lui-même a essayé de "refaire" la même chose, dans "Presque rien sur presque tout", et, là, c'est raté!

 

* "La société pure" de André PICHOT
De Darwin à Hitler. Flammarion, 2000, 460 pages http://cyberboutik.chez-alice.fr/etudes/e3926/e3926rm3.htm

Très, très interessant, et révélateur. Je n'en dis pas plus.
Une citation:
"Les motifs "biologiques " de l'extermination des malades mentaux, des handicapés, etc, cachent mal les motifs économiques."
"le drame particulier de la famille Knauer qui avait un enfant incurable et qui demandait pour lui la "Gnadentod" ("mort de grâce") laquelle lui fut accordé, à lui, puis à quelques centaine de milliers de personnes qui ne l'avaient pas démandée."
et les juifs, et les tsiganes, etc, etc, c'est un livre d'historien très documenté et très riche
et qui donne à penser.




* et bien sûr "Les Mémoires d'Outre-Tombe" de Chateaubriand
Quelle question!
Regardez Hugo Chavez aussi les a lu cet été!
http://satenhispanio.eresmas.com/artik45.htm
(soit dit en passant, il ne faut pas rater cet interwiev, traduit en Esperanto,  la langue anti-impérialiste par excellence, du chef d'Etat le plus humaniste et le plus sympatique - et de loin!! - du monde actuel)
Les mémoires de Chateaubriand, c'est un monde tellement émouvant, historique, talentueux; je regrette tellement de ne plus avoir la force d'en traduire plein de pages en Espéranto (faute de mieux en voici trois, à la file ici : http://r.platteau.free.fr/prozajtradukajxoj.html#Chateaub...

pour l'acheter


* Les chansons de CHARLES TRENET
Charles Trenet a été pendant un demi-siècle avec une fantaisie débridée et sans prétention quoi qu d'une infinie inventivité le chantre inégalé de la liberté et de l'amour, de la vie pleinement  humaine quoi, et de la tristesse aussi, dans un monde d'êtres humains, d'individus, vivant dans une culture moderne, et une société moderne, qui était encore équipée en services publics, et privés!
Une époque où on savait encore rire le coeur léger.

Il ne faut pas se limiter à ses "tubes", il faut lire la collection intégrale des textes de  toutes ses chansons: il y a des perles inconnues là-dedans, à côté du rappel de textes connus ...... qu'on n'entend plus hélas, trois fois hélas.

C'est un vrai poète.

Ça  existe, par exemple au Livre de Poche Charles Trenet les chansons de toute une vie.

Il est mort, ça n'est pas un hasard, les valeurs qu'il a chanté aussi .......


* "Les couleurs de l'infamie" de Albert COSSERY
Albert Cossery est un cas, inclassable. Egyptien francophone, issu d'une famille de riches rentiers, il débarque à Paris en 1948 et s'installe dans un hotel du Quartier Latin; il y est toujours! Il a maintenant quelque chose comme 90 ans;
C'est lui qui a émis cette idée, évidente quand on y pense bien,  mais qui semble un paradoxe quand on l'entend pour la première fois,
"Il n'y a pas de progrès de l'humanité, tout ça c'est des conneries, les hommes de maintenant sont exactement pareils que ceux d'il y a  3000 ans"
mais dont on éprouve par la suite chaque jour la justesse, et la valeur dans le jugement des choses - de même que l'étude de l'histoire c'est une libération et un riche instrument pour l'esprit.
donc - voici ce que dit de lui la wikipedia en Esperanto:
http://eo.wikipedia.org/wiki/Albert_COSSERY
la wikipedia en français est moins complète voici quand même: http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Cossery

Donc Son dernier roman, (après 15 ans de silence, il est sans doute aussi paresseux que ses personnages - dormeurs, mendiants, voleurs, farceurs, prostituées  - ce Diogène dandy et anarchiste comme un chat ! ) "Les couleurs de l'infamie" est peut-être le meilleur, en tout cas tout a fait représentatif, l'éditeur dit: "Tous les thèmes de prédilection d'Albert Cossery y sont abordés: haines des nantis, ironie à l'égard du pouvoir et désir de voir triompher les seuls être qui méritent sa considération: ceux qui ont compris que la vie était ailleurs que dans la possession de biens matériels."
Voici pour vous mettre en appetit: quelques citations:

"Longtemps il s'était demandé par quel stratagème cette énorme entreprise de mystification organisée par les possédants avait pu s'étendre et prospérer  sur tous les continents."

"... le despotisme d'un gouvernement imperméable à l'humour et férocement hostile à toute information ayant quelque rapport avec la vérité"
 
"Loin de la démoraliser, le fait d'habiter dans un cimetière le combla de bonheur. Il lui plaisait de vivre au milieu d'une population rebelle, vivants et morts confondus dans une même ignorance de toute autorité. "

 



* "L'Etat inquisiteur" de Joël Labruyère
Les Editions des 3 Monts - Auxerre, 2000, 270 pages
Comme dit la présentation: "L'Etat inquisiteur représente une contribution importante pour la défense des libertés fondamentales"
"Au-delà des aspects polémiques liés à une affaire d'état ... vous y trouverez des références, des faits et des arguments qui n'ont jamais été exposés à ce jour, et qui serviront pour la défense de quiconque pourrait être inquiété à cause de son appartenance ou de ses idées"
en conclusion
"Ce livre est aussi un témoignage devant l'histoire"




* "En finir avec le sionisme" de Jean Baumgarten
Diffusion: Librairie La Brêche 27 rue Taine 75 012 Paris ISBN: 2-9523229-1-0 parution mars 2005
Ecrit par un juif français dont la "tante Ida, ... petite cousine Irène et .. tante Esther et oncle Moïse .... arrêtes par la police  française" ont été déportés et gazés en Allemagne, ce livre est  "incontournable", definitif, une condamnation radicale argumentée et documentée, imparable, de ce dernier avatar du colonialisme, et du racisme, qu'est l'idéologie et la pratique du Sionisme.
avec une préface de Maurice Rajfus.


* les livres de Panait ISTRATI
par exemple "La Domnitza de Snagov"
Il y a une réédition récente de la totalité de son oeuvre en 3 tomes, autrement il faut chercher les éditions anciennes par :http://www.livre-rare-book.com/   Cet auteur qu'on redécouvre, est un des innombrables roumains qui ont écrit en français (c'est assez fabuleux! qq uns des plus éminentes richesse de la littérature française sont dans cette "catégorie": Anna de Noailles, Istrati, Cioran, Ionesco, Mircea Eliade, et tous les genres sont traités). Ces livres, en particulier Domnitza de Snagov, soulève et fait réfléchir au problème passionnant, vaste, et surtout complexe, des rapports entre le banditisme (type Robin de Bois) et les luttes politiques de libération. Relations complexes, pas faciles à  juger, et pleines d'ambiguïté et de pièges, de tous les côtés et dans tous les sens! aussi bien quand on s'y livre que quand on l'abandonne pour plus de "réalisme" . on le voit entre autres dans le livre, mais ce livre n'épuise pas le sujet, loin de là. Quand on pense au problème du Bolchévisme et ses opérations d' "expropriation" prolétarienne " (comprenez: des hold-ups) et bien sûr surtout à son destin  de devenir sous la coupe de ce Staline, dont on sait maintenant que c'était , en fait  sa vocation, son âme c'était celle d'un grand chef mafieux, un rusé chef de bande criminel qui a réussi dans la politique, que c'était un indicateur de l'Okhrana (la police politique tsariste) qui avait tellement de cynisme et de volonté de puissance qu'il a voulu toujours "devenir Calife à la place du Calife" et déboulonner l'indicateur n° 1 Malinowski, ce qui lui a valu finalement de rester (cette fois) en Sibérie jusque 1917. Là ses petits copains bolchéviques étant arrivés au pouvoir, il n'a encore une fois eu de cesse de devenir "Calife à la place du Calife" puis de faire disparaître tous les documents - et les témoins! - de son passé compromettant, c'est pourquoi il a décapité la totalité du haut commandement de son armée (car ils avaient finit par être au courant grâce à un dossier de l'Okhrana retrouvé). Bref on n'en finirait pas, car la problématique n'est pas du tout évidente, et pose beaucoup de problèmes et offre différents paradigmes. Et plus récemment les FARC se livrant au trafic de drogue, Et la fameuse Phoolan Devi en Inde, paysanne violée, devenue chef de bande, puis carrèment députée au Congrès. Jamais jugée, son passé a fini par la rattraper et elle a été assasinée ar un homme de main de ses ancien ennemis. Elle a même écrit une autobiographie, autre livre hautement konsilinda (en Espéranto: digne d'être conseillé), moins inspirateur de réflexion philosophico-politiques que celui d'Istrati, mais , je trouve , plus prenant et émouvant. Je conseille hautement les deux .


* "Jeannot, mémoires d'un enfant" de Jean DUTOUR
chez Plon - 2000.
Pour changer, un sujet plus souriant ,  vraiment ? non, la vie n'a rien de souriant, et les souvenirs d'enfance ne sont supportables qu'à condition d'oublier qu'ils sont morts, et que la personne qui s'en souvient le sera sous peu. Et puis les souvenirs de Jean Dutour commencent par "les gens se mirent à parler de ma mère à l'imparfait" ... "Ces imparfaits résonnaient en moi comme des pelletés de terre sur un cercueil", il a su très tôt  comment c'est quand "une personne que l'on a chérie a emporté la moitié de notre âme dans la tombe".
Bon, ce livre est admirable, humain, inoubliable, que l'on aime ou l'on n'aime pas l'écrivain qu'est devenu par la suite Jean Dutour, on ne peut qu'aimer ces souvenirs d'enfance, on suit cet enfant dans la plus grande intimité, celle de la peau et de la vie vécue, passionnant!
qq citations, qui ouvrent des abimes de réflexion, de souvenirs, ou d'enseignements:


"à huit ans, je me réfugiais dans l'art et dans le passé comme un malheureux pris dans un bombardement court se mettre à l'abri dans une cave."


"Pour ce qui est du Vicomte de Bragelonne, je n'osai, pendant des années, le rouvrir à cause de la mort de Porthos à Belle-Isle, et dont j'avais été, pendant une semaine inconsolable."


"lorsqu'un savoir quelconque devenait obligatoire, je m'en dégouttais immédiatement. Je ne m'intéressais qu'au facultatif, à ce que j'avais recherché moi-même, poussé par la passion"


" j'étais déjà un homme, un individu du sexe masculin, facile à amollir, ennemi des ruptures franches, entravé par la pitié, toujours prêt à capituler devant la faiblesse"


et last but not least:

"un sens intime nous dit que donner et recevoir sont, au fond, une même chose, et que c'est cela, précisément, qui fait que le monde n'est pas tout à fait antipathique."


etc, etc, c'est une mine.
Inoubliable aussi sont sa description du caractère national roumain. Et bien d'autres choses encore.
Ce livre vous avez compris est à la fois on ne peut plus individuel (puisqu'on soit un être dans sa peau et sa vie année par année) et on universel par la valeur de tout ce qui est vécu senti et découvert le long de ce chemin et de la reflexion de l'auteur.



* "Histoire d'un conscrit de 1813" d'Erckmann-Chatriand
Excellent! vraiment excellent!
Je n'ai pas maintenant le courage de détailler pourquoi, mais c'est vraiment un livre interessant, passionnant, bien écrit,agréable à livre, et émouvant, très vivant, on s'y croirait ! plein de psychologie, dépaysant, et "éternel" qui fait réfléchir, apprend l'histoire, etc.
Il y en a de nombreuses éditions, et on peut  aller sur livre-rare.
Et, comme le monde est petit! une partie de l'action se passe près de l'Elster, chanté par Ringelnatz.

Une citation: "Et nous courûmes sans savoir pourquoi"


* "L'âme des animaux" de JEAN PRIEUR
je suis fatigué, je ne commenterai pas, mais c'est beau et très important.
C'est PLEIN d'infos très interessantes, d'anecdotes capitales, un survol historique etc.


* "Modernité et holocauste" de Zygmunt Bauman
je suis toujours aussi fatigué, mais il faudra absolument que je revienne sur ce livre, car il est absolument capital (et notre survie en tant que Civilisation en dépend; rien moins!)  il est encore plus important que le livre de Sven Lindqvist "Exterminez toutes ces brutes", ce qui n'est pas peu dire!
Si on voudrait parler comme les journalistes des journeaux à sensation, on pourrait mettre comme titre sur cinq colonnes: "les véritables causes de l'Holocauste enfin mises à jour!"
ou, moins racoleur mais plus inquiétant:
Lorsque les scientifiques, les ingénieurs et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon... pour les humains. Voir les précédents
 historiques : nazisme, communisme, Inquisition, (n'oubliez pas, les docteurs sont des théologiens).




* "Bouvart et Pécuchet" de FLAUBERT
C'est un livre (ou d'abords on ne s'ennuie pas, puisqu'on suit des essais toujours nouveaux, et toujours voués à l'echec de nos deux héros !)  qui contient toute l'âme du XIXème siècle. Ce XIXème siècle du Romantisme, des nouvelles sciences (des sciences humaines aussi) des techniques, de l'occultisme aussi, le siècle de tous les enthousiasmes, de toutes les découvertes, de toutes les passions, mais vu par le ridicule (? est-ce si sûr? ) . Nos deux héros, grattes-papiers (le XIXème c'est aussi le siècle qui a vu naître la fonction publique et les bureaux) devenus tout à coup riches, vont vivre en rentiers à la campagne (en Normandie bien sûr! le pays de l'auteur) et tour à tour ils se prennent de passion pour toutes les sciences, toutes les nouveauté, toutes les vieilletés aussi, du siècle, et à chaque fois ça se conclut par de lamentables échecs et mésaventures. C'est comme Don Quichotte. Don Quichotte s'est engoué de la passion de son  temps: les romans de chavaliers errants, courant de prouesses en aventures, et défendant partout "la veuve et l'orphelin", et partout il n'en reçoit que moqueries, et coups. Et pourtant on finit pas se demander si l'auteur se moque tellement de lui. Pareil pour Bouvard et Pécuchet, sont-ils vraiment des sujets de moquerie? ne semble-t-il pas que (sans doute plus encore que pour Mme Bovary Flaubert aurait pu répondre "c'est moi!") finalement l'auteur (et le lecteur)  éprouve pour eux une profonde compréhension, et les compatit sans le dire, ils sont attachants et touchants, et ils sont des Don Quichotte, ils sont eux aussi grands et héroiques dans leurs fiascos continuels, ils sont les Don Quichotte du savoir, les Don Quichotte de l'avidité de tout essayer.
Et leur amitié est si bien peinte dans cette phrase "incontournable" sur l'amitié vraie:  « Chacun en écoutant l’autre retrouvait des parties de lui-même, oubliées. »


* "Elisabeth ou le vent du sud" de Joseph Bialot
Oui, je sais, ce livre n'est qu'un de ces innombrables romans historiques et sentimentaux, qui font la fortunes des libraires et les lectures des femmes (principalement), bien écrit, bien documenté, à la fois roman d'aventures et psychologique et document d'histoire.

Mais si je le mets dans cette liste c'est que l'auteur, sait si bien ce que c'est que la mort, pour ceux "qui restent", et quel  est leur incrédulité ......, et puis quel est le vide, total, d'une âme morte, et qui n'est plus que l'apparence qu'un être encore en vie, mais un mort ambulant.

 

 

 

 

 

pour vos achats de livre aussi, boycottez les monstres financiers, achetez "artisanal" auprès de petits bouquinistes par l'intermédiaire de "livre-rare.com" http://www.livre-rare-book.com//search/current.seam
 

29/11/2025

le rôle de l' "EUROPE"

il FAUT étudier l'histoire du Portugal  (c'est très instructif, celle du XVè siècle aussi, par exemple la bulle Romanus Pontifex, vous ne connaissez pas ? vous avez tort)  La Constitution portugaise de 1976, élaborée sous influences socialistes, garantissait les acquis de la révolution des Œillets, comme l'irréversibilité des nationalisations ou la gratuité d'accès aux soins. Le Portugal s'oriente ensuite dès le milieu des années 1980 vers un système économique libéral (donc capitaliste réactionnaire). Après deux interventions du FMI (1977 et 1983) et l'adhésion à la Communauté économique européenne (CEE) en 1986, la Constitution a été révisée en 1989 dans le but de libéraliser le système économique, de faciliter les privatisations, de réduire le poids de l'économie planifiée par l'État, d'éliminer la référence constitutionnelle à la réforme agraire et d'ouvrir la porte à la privatisation des services publics. Les gouvernements successifs ont réalisé plusieurs réformes, ont privatisé de nombreuses sociétés contrôlées par l'État et ont libéralisé les espaces-clefs de l'économie, y compris les secteurs des télécommunications et financier. Le pays a développé une économie de type capitaliste de plus en plus fondée sur les services. Le Portugal fait partie des onze États de l'UE fondateurs de l'euro, en 1999.

et après vous douterez encore qu'être contre l'UE, (frexit et compagnie) est un COMBAT DE GAUCHE ?!

10/11/2025

"La Marianne", les "marianneux", plus ça va plus on voit que ce bon vieux Marx avait raison de dire "l'émancipation des travailleurs ne pourra être l'oeuvre que des travailleurs eux-mêmes"

plus ça va plus il se confirme que tout parti, et toute association, prétendument "de gauche" et composée de bourgeois ne peut être que de la merde, des social-traîtres, des bobos, avec des petites préoccupations de bourgeois collabos et déconnectés de la "galère" et des humiliations du peuple. Comme j'ai dit dans mon article en Esperanto sur SENNACIULO, seuls les gilets jaunes, ou les maîtres à penser des gilets jaunes pourront créer un nouveau parti de gauche, à condition de ne pas s'embourgeoiser (ni se faire acheter par la CIA comme les "antifas" !) et de garder leur dignité (devant tous les chantages, honte à ceux qui se sont "déculottés" !) et leur liberté de pensée, et leur enracinement dans les conditions de vie des GENS du peuple.

 

Et où on voit que la façon dont le pouvoir, et sa bourgeoisie,  considère les gilets jaunes n'est pas nouvelle, dans les années 50 du XIXè siècle il y avait "les Marianneux", lisez :

"En demandant à un inconnu des nouvelles de Marianne, les républicains, les "rouges", savaient immédiatement par sa réponse s’il faisait, ou non, partie d’une société affiliée.
Les « Marianneux », qui étaient particulièrement nombreux dans l’Ouest, furent poursuivis en 1854, et condamnés à des peines allant jusqu’à quatre ans de prison.
- Nous sommes, écrivait l’historien Viel-Castel, en présence de sociétés secrètes les plus sauvages, les plus ennemies de toute civilisation et de tout progrès….... Les incendiaires, les voleurs, les assassins et les pillards sont prêts. Tous ces gens s’appellent « La Marianne ».

on croirait entendre ce que disaient en 2019 contre le peuple des gilets jaunes nos ministres macroniens, ou les journaputes de BFM-WC !

et de nos jours contre les "conspirationnistes" !

et déjà du temps de la Révolution française (menée par des bourgeois affairistes et propriétaires ne l'oublions pas !)  - cette Révolution dont la Convention le 19 mars 1793 a voté un décrêt punissant de  MORT toute personne qui PROPOSERAIT  une loi de REFORME AGRAIRE ...  - il y a eu Babeuf, dont la "Conspiration des égaux" fut le premier mouvement socialiste concret, eh bien par exemple "En Bresse, l’instituteur Robin est également appréhendé pour avoir « prêché les monstrueuses théories babouvistes » à Arbigny et à Pont-de-Vaux" les théories babouvistes font tellement peur aux possédants qu'elles sont tout de suite qualifiées de "monstrueuses" ! RIEN DE NOUVEAU SOuS LE SOLEIL ! ce sont des termes semblables qui accueillent de nos jours ceux qui défendent la chloroquine (menace aux énormes profits escomptés par Big Pharma), ou les gilets jaunes ! ou ceux qui prônent le Frexit, critiquent la 5G (énormes profits en vue là aussi et esclavagisation totale de tous les humains !) qui dévoilent l'imposture de l'assimilation de la démocratie avec le système de l'élection, menaçant ainsi les grasses carrières de politiciens actuels et aussi tout le système de corruption et de domination bourgeois !!! (cf les ignoble et sournoises attaques contre Etienne Chouard, le plus profond et puissant penseur de la démocratie que la france aie connu depuis deux siècles). Rien d'étonnant que le colonel Nasser aie fini par être TUE par les services Secrets US! - 

de nos jours l'interview de ce "député Baudin du XXIè siècle Fabrice Lalanne le seul gars du show-biz (caractérisé comme dit Dieudonné par la lâcheté et l'indignité) à avoir eu le courage de se lever (comme Brigitte Bardot fut la seule de ce milieu à avoir eu le courage de soutenir les gilets jaunes), une interview qui comme celle de Jean-Jacques Crèvecœur restera dans l'histoire : 
ss

voilà  un de ces être "inéduqués et inéducables" qui "ne pouvaient simplement pas faire autrement" dont parle Michel Terestchenko dans son livre sur la morale personnelle "un si fragile vernis d'humanité" !


(Cette vidéo a été regardée 200.000 fois en 24 heures ! et ça a continué au même rythme le lendemain : 400.000 en 48 heures  Et qu'est-il arrivé ? imaginez, par des procédés dignes de Staline, les propriétaires de Youtube ont remis le compteur à zéro !  Il semble que ça a provoqué un tollé et qu'ils se sont repentis, aussi le 28 au matin on retrouve les chiffres non trafiqués, qui sont arrivés à 458 mille vues - en 2 jours et demi)

y a une peur (cf Goering ...) créée par ce monde des journaputes appartenant aux 9 milliardaires, la classe même qui a mis son pion Macron au pouvoir, et qui fait partie du Business-Plan de la vaccination. Quand à la "solidarité nationale" c'est un truc qu'à bien su exploiter aussi Hitler en 33, et son obligation du masque, pardon ! du salut hitlerien dans la vie quotidienne.

Florian Philippot, admirateur de Chavez, est lui contre l'hyper-capitalisme mondialisé, principal ennemi de l'écologie (et des peuples, et de nos libertés !) :

 

26/10/2025

ces "tueurs" qu'on tue plutôt que de les laisser paraître devant un tribunal (c'est plus sûr ...)

Lee Harvey Oswald, par exemple
Erick Schmitt,
et puis tous ceux sur lesquels on se pose des questions :

http://oumma.com/13519/72-anomalies-affaire-mohamed-merah

Et maintenant les terroristes du 13 novembre, eux aussi  les "Services" qui les ont manipulés, ont voulu aussi les éliminer, pour qu'ils ne parlent pas : https://www.youtube.com/watch?v=J0Kt8WEs0jU

pour aider le vrai journalisme d'investigation :

https://hichamhamza.wordpress.com/merah/

24/10/2025

antériorité religieuse de l'Egypte

La tradition religieuse la plus précoce de toute l'histoire de l'humanité, le clergé qui le premier conçu l'idée d'un dieu unique et fondement de tout (oui, malgrè son polythéisme foisonnant, qui n'est qu'apparent), et également celui qui le premier a joint intimement la notion de dieu avec la morale et ce que les catholiques appellent "l'option préférentielle pour le pauvre", et parvenu à une véritable spiritualité, et bientôt une mystique, ce sont les égyptiens. Bien avant le brahmanisme et le jaïnisme (VIIIè siècle avJ-C), bien avant le Zoroastrisme, bien avant le judaïsme (d'ailleurs le judaïsme contrairement à ce qu'on répète n'a pas inventé le dieu unique, il a inventé le dieu jaloux, celui qui commande d'exterminer ceux qui adoreraient un autre dieu que lui !), lisez ces citations, c'est impressionnant :




"Tu es l'unique, le Dieu des tout premiers commencements du temps, l'héritier de l'immortalité, par toi seul engendré, tu t'es toi-même donné naissance ; tu as créé la terre et a fait l'homme" est-il écrit dans Le Livre des Morts égyptien dont les manuscrits furent trouvés dans les tombes de pharaons ayant vécu 2600 av. J.-C, soit 2000 ans avant la réforme de Josias." ( ? ? hmm, le livres des morts est du Nouvel-Empire, en - 2600 c’était les Textes de Pyramides, mais même si c’est seulement – 1400 c’est quand-même avant Josias)



« Par là il est établi et reconnu que la puissance de Ptah est plus grande que celle des autres dieŭ. Or Ptah fut satisfait après qu’il eut créé toute chose ainsi que toute parole divine. » ( traité de théologie memphite – début du IIIème millénaire av. J-C)



« Salut à toi, Ptah, père des dieŭ, (…)

Allons, chantons pour lui des hymnes!
Lui qui a créé les dieŭ, les hommes et tous les animaŭ,
qui a créé tous les pays, les rivages et la Très-Verte
(=la mer),

(…) Tu élèves l’œuvre que tu as faite,

En t’appuyant seulement sur ta propre force

En t’élevant toi-même grâce à la solidité de tes bras ;

Tu pèse sur toi-même, posé sur le mystère »
( hymne à Ptah papyrus Berlin-3048 XXIème dynastie Xème siècle av J-C)



« Tu es l’unique qui a créé tout ce qui est,
Unique demeurant dans son unité, qui crée les êtres (…)
Hommage à toi, créateur de tout cela,
Un qui demeure unique, aŭ mains nombreuses,
Père des pères de tous les dieŭ. »

( hymne à Amon époque d’ Aménophis II vers 1400 av. J-C)



« Forme unique créant tout ce qui est ,
Un, qui est unique, créant les êtres ;
Les hommes sont sortis de ses yeŭ

Et les dieŭ sont venus à l’existence sur sa bouche »

(hymne à Amon)



« Qu’Amon soit glorifié !
Celui qui demeure l’Unique,
Pour se transformer en milliers ! »

(hymne à Amon)



« Celui dont le devenir a commencé la première fois,
Amon, qui s’est produit au commencement
Sans que son mystère soit connu.

Il n’y eut pas de dieu avant lui,
Il n’y avait pas d’autre dieu avec lui, pour lui dire sa forme.

(…)

Il s’est caché des dieŭ ; on ne connaît pas son aspect.
Il est plus éloigné que le ciel, il est plus profond que l’Hadès !
Aucun dieu ne connaît sa vraie forme.
(…) Il est trop mystérieŭ pour que soit révélée sa gloire ;

Il est trop grand pour être examiné, trop puissant pour être connu.

On tomberait à l’instant mort d’effroi,

Si l’on prononçait son nom secret que personne ne peut connaître. »

( grand hymne à Amon, papyrus de Leyde, époque de Ramsès II - XIIIè siècle av. J-C)



« Ton œuvre c’est de vivifier toute chose
Depuis les dieŭ jusqu’aŭ vermisseaŭ.

L’abomination de ton être,
Ce que déteste Ta Majesté,
C’est de tuer tout œil vivant !»

(hymne à Amon, époque ptolémaïque)



(La crise politico-religieuse atonienne http://fr.wikipedia.org/wiki/Akh%C3%A9naton se déroula vers 1355-1323 av J-C)



Quand à Thot il prend les attribut de ce que les chrétiens appellent le Verbe :

« Cœur de Rê, Langue de Totenem [= Ptah] , Gorge de Celui-dont-le-nom-est-caché [=Amon] »



« Thot le vénérable qui crée toute chose. Langue et cœur, il exprime ce qui existe, élaboré par le cœur et sorti par la langue. C’est l’Unique sur le Double-Pays qui guide les vivants. » (Temple « Ton ptolémaïque)



« Livre de connaître les modes d’existence de Rê (… )

Le Seigneur de l’univers dit : Quand je me fus manifesté à l’existence, l’existence exista. Je vins à l’existence sous la forme de l’Existant [=Khépri] qui est venu à l’existence la première fois. Venu à l’existence sous le mode d’existence de l’Existant [=Khépri], j’existai donc. Et c’est ainsi que l’existence vint à l’existence. »

« J’établis un plan devant moi. Je créais toute la création dans ma solitude. J’établis un plan en mon cœur et je créais d’autres modes d’existence. Nombreŭ furent les modes d’existence de l’existant [=Khépri] »
( Le soleil de l'aube initiale, à Héliopolis, sur un papyrus du 4è siècle av J-C mais copie d’un original beaucoup plus ancien)

« Le sol de la terre est sur tes bras
Ses angles reposent sur toi,

(…) Il n’ a point de vide sur ton dos
Et tout repose sur ton échine
(…) Tu es le père et la mère des hommes ; ils vivent de ton haleine,
Ils mangent la viande de ton corps ;
« dieu primordial » voilà ton nom. »

( hymne à Osiris)



« Mon cœur ne trouve comme patrie que le temple d’Amon-Rê » ( maxime inscrite sur un scarabé)



on disait par euphémisme d’un roi mort qu’« il s’était uni au Disque (Rê) et avait fusionné dans le corps de celui qui l’avait créé »



« La mort est aujourd’hui devant moi
Comme le désir qu’a un homme de revoir sa maison,
Après avoir passé nombre d’années en captivité »
(Dialogue du désillusionné avec son âme vers 2100 av. J-C)



-------

« J’ai sauvé le malheureŭ de la main de plus puissant que lui, lorsque j’en ai eu la puissance. J’ai donné du pain à l’affamé, des vêtements à celui qui était nu ; j’ai fait aborder les autres dans ma barque. J’ai creusé une tombe pour celui qui n’avait pas de fils. J’ai fait un bateau pour celui qui n’avait pas de bateau. (époque de Téti – vers 2340av J-C)



« Jamais je n’ai dit de mal à un puissant contre quelque homme que ce soit, parce que je désirais que mon nom fût parfait en présence du dieu grand » (époque de Neferkarê vers 2200av J-C)



« Quand l’homme reste seul après le trépas,
Ses actions sont placées auprès de lui en tas
S’il atteint la mort sans avoir péché,
Il demeurera là-bas sans cesse comme un dieu,

Marchant librement comme les Seigneurs de l’Eternité »

(enseignement pour le roi Mérikarê – vers 2160 av. J-C)



« Ne sois pas avare de tes richesses
Tu ne les possède que par don de Dieu
[=neterou] »

(Ptahhotep – 2500 av J-C)



« Je n’ai point fait de mal aŭ hommes, ce que déteste Dieu » (époque de sésostris 1er vers 1950 av. J-C)



« J’ai contenté Dieu par ce qu’il aimait, me souvenant que je parviendrai à Dieu au jour de ma mort » (vers 1900 av. J-C)



« Je n’ai pas dit de mensonge contre quiconque, car je connaissais le dieu qui est dans l’homme, j’en était parfaitement instruit et je savais distinguer ceci de cela. J’ai accompli toutes les choses conformément aŭ paroles. » (tombe de Pahéri, époque de Thoutmôsis III vers 1450 av. J-C)



« Puisses-tu traverser l’éternité en douceur de cœur, dans les faveurs du dieu qui est en toi! [= la conscience] » (tombe de Pahéri, époque de Thoutmôsis III vers 1450 av. J-C)



Parlant de la conscience, du « cœur » : « C’est un jugement de Dieu, qui est en tout corps. Ce fut un heureŭ celui qu’il a guidé vers la voie parfaite de l’agir » (tombe de Pahéri, époque de Thoutmôsis III vers 1450 av. J-C)



« Je fus un vrai juste exempt de péché, ayant mis Dieu dans mon cœur »

« complaisez-vous dans la justice chaque jour, uniquement. On ne s’en rassasie pas, et le dieu, seigneur d’Abydos, en vit tous les jours. »

( stèle de Béki, époque d’Amenophis III - vers 1350 av. J-C)



« Tandis que le Serviteur est enclin à commetre le péché,

Le Seigneur [=Amon], lui, est enclin à la grâce.

Le Maître de Thèbes ne passe pas un jour entier en colère.

S’il se met en colère c’est pour un instant et il n’en reste rien.

Le repentir se tourne pour nous en paix,
Amon se retourne avec son souffle favorable. »
( ex-voto érigé par Nébré – Nouvel Empire)



« Mais lorsque j’au crié vers ma Maîtresse, je m’aperçus qu’elle était en route vers moi avec un souffle doux et elle me fut favorable et me montra ses mains. Elle se tourna vers moi dans sa grâce. Elle fit disparaître la maladie qui me tenait.
( stèle de Neferabou adressée à Meret Seger la déesse de la montagne qui domine la Vallée des rois et dont le nom signifie « Celle qui aime le silence » – vers 1240 av J-C)



« Dieu n’aime pas qu’on s’avance vers lui avec violence et sa forme ne peut être saisie par la vision. Gardes-toi d’élever la voix dans sa maison, car Dieu aime le silence. » (extrait d’une Sagesse, papyrus Chester Beatty)



« Au moment où tu pries d’un cœur aimant dont toues les paroles sont cachées, il t’accorde ce dont tu as besoin ; il entend ce que tu dis et il agrée ton sacrifice. » (papyrus d’Anii – vers 1450 av. J-C)



« Les cœurs sont oublieux du reste pour t’avoir regardé » (hymne à Amon époque d’Aménophis II – vers 1410 av. J-C)



« [à Amon] lui appartient l’homme souple, docile à son inspiration » (grand hymne à Amon XIIIè siècle av J-C)



“Il est aimé de Dieu celui qui respecte le pauvre
Plus que celui qui honore le riche »

(instructions d’Amenemope – entre 1300 et 1000 ev. J-C)



« Je suis venu à toi, je t’ai apporté Maât.

J’ai repoussé pour toi le mal
Je n’ai pas porté la main sur l’homme d’humble condition
Je n’ai pas fait pleurer
Je n’ai pas causé de souffrances à personne.
Je n’ai pas ôté le lait de la bouche des petits enfants.
Je n’ai pas chassé le troupeau de son pâturage. »
Livre des morts – (Nouvel Empire) :



« Les justes qui portent Maât, (= la vérité, la justice)

Ceŭ qui ont accompli la justice,

Tandis qu’ils étaient sur terre,
Qui ont combattu pour leur dieu,
Ils son appelés à l’ « Allégresse-de-la-Terre ».
La demeure de celui qui vit de Maât leur est attribuée.
Leur justice est devant le dieu-grand.
Le péché est détruit.
Osiris leur dit : « Vous êtes justes, ô justes .
Vous pouvez vous reposer sur vos actes.
Vous êtes devenus mes suivants,
Ceŭ qui résident dans la Demeure-de-Celui-dont-le-baï-est-saint »
(le Livre des Portes, époque de Horembeb vers 1320 av. J-C)



« Je protégeai le faible du fort pour faciliter la traversé à tout le monde ; J’étais un noble excellent faisant ce qu’aimaient les dieŭ ; j’avais un cœur amical pour mon entourage. J’ouvrais ma main à celui qui n’avait rien » ( sur un tombeau d’un prêtre d’Hator ?)



« je fus un juste sur terre. j'ai accompli la justice, exempt de faute fait que je sois glorifié dans le ciel, puissant sur terre, justifié comme le seigneur de la Douat. que mon baï sorte pour aller dans le lieu qu'il désire étant moi même comme les dieŭ qui sont à ta suite. »



« Si un bien vient à t ‘appartenir,

Donnes-en une partie à Dieu c’est à dire aŭ pauvres » (Enseignement d’Onkhchesonqy Vè siècle av. J-C)



« Les dieŭ son satisfaits de tout ce qu’il a fait :
Il a donné des pains à celui qui avait faim,
de l’eau à celui qui avait soif,
des vêtement à celui qui était nu »

(le Livre des Respirations 2è siècle av. J-C)



Dans les livres d’ « Enseignements » :

« Il y a une force dans la vérité : c’est qu’elle est durable . Chacun peut dire : c’est le bien de mon père. »

avis de l’egyptologue François Daumas : « La pensée religieuse égyptienne s’est donc élevée peu à peu des dieŭ locaŭ aŭ grandes conceptions métaphysiques ….

Chaque cercle de penseurs, fidèles d’un dieu, cherche à faire de ce dieu le Seigneur de l’univers. Ptah était appelé l’Unique.

Disons d’un mot que l’Egyptien, à l’époque historique, est plus sensible à la nature divine latente sous l’image d’un dieu qu’aŭ particularités irréductibles que ce dieu pourrait avoir. Et cette attitude intellectuelle, face à la nature divine, se discerne dès les premières compositions que l’on peut encore lire. C’est sans doute pourquoi le mot qui les désigne en ancien égyptien, NETER approximativement Nouter, a subsisté en copte sous la forme NOUTE. Et il traduit fort bien le theos grec. La notion qu’il recouvre a pu passer du polythéisme au monothéisme sans difficulté ni hésitation. »

Une vidéo sur l'apparent polythéisme du paganisme :
http://dai.ly/dMrku1

07/10/2025

"pacification", vous avez dit "pacification" ?

« pacification » comme on disait du temps des colonies, vous vous souvenez ?

Vanda

"L’idée que se font de la paix les occidentalistes a toujours été que les peuples se mettent à genoux et acceptent leur domination sans broncher . Bien entendu ça ne fonctionne qu’à la seule condition d’éliminer régulièrement les populations de chaque pays résistant .
Cela ne durera pas éternellement surtout lorsque les peuples occidentaux prendront conscience que le récit qui leur est proposé à coup de mensonges et de faux drapeau est faux de A àZ"

 

02/10/2025

comment on voyait les chinois en 1930 ?

Article de journal (journal belge, vers 1930 ou avant) signé AJAX, titre de l'article :

"La Chine et les chinois tels qu'ils sont Un livre qui fait du bruit …"
Cet article présente un livre de Aimé-François Legendre http://fr.wikipedia.org/wiki/Aimé-François_Legendre
sans doute s'agit-il du livre : La Civilisation Chinoise moderne, Paris, Payot, 1926 ce qui daterait l'article de la même année ou la suivante.

(Pour ne pas avoir une vision caricaturale du Dr Legendre que cet article idéologique pourrait donner, voici la véritable pensée du véritable Legendre (sensiblement moins caricaturale que celle du perroquet nazi (un futur « rexiste » ?) qui a écrit l'article) : http://classiques.uqac.ca/classiques/legendre_aime_francois/far_west_chinois_setchouen/far_west_chinois_setchouen_preface.html )

extrait : ---------

"La Chine a connu, dans un passé lointain et bien oublié, une brillante civilisation. Mais il n'en existe plus aujourd'hui que des vestiges. Depuis l'époque où le chinois négroïde, le véritable type de la race jaune qui domine en nombre, quoique fortement métissé dans l'empire de Han, a assimilé et étouffé les dernières colonies de races aryennes qui se ruèrent, au temps des grandes invasions, à la conquête d'Asie, l'ancienne civilisation aryenne n'a fait que régresser; le chinois est redevenu lui-même, c'est à dire un être biologiquement inférieur, conservant à peine le souvenir des puissantes organisations de la race blanche à laquelle il s'était frotté sans pouvoir s'en assimiler ni le psychisme ni l'intelligence. D'après M. Legendre les plus beaux types, les plus entreprenants et les plus intelligents qui élèvent encore aujourd'hui la Chine au-dessus des pays primitifs, sont des descendants de ces conquérants d'il y a vingt siècles, fixés par petits groupes en Asie. Et voilà un premier fait ethnographique, que négligent généralement les observateurs superficiels, qui aide à mieux comprendre la civilisation ou plutôt l'absence d'une civilisation chinoise originale.

..............

Peuple primitif et peu évolué, campé aux confins de la barbarie – au sens propre du terme – il y a des milliers d'années d'années que l'intelligence chinoise a atteint son développement maximum.
"

---------

sic

Bon, on aimerait qu'il y ait une fée qui, d'un coup de baguette magique transporterait ce monsieur avec son assurance intellectuelle d'inculte directement dans la Chine actuelle, ça serait rigolo, je crois que là il attraperait une jaunisse !

un article que mon père avait découpé dans le journal et soigneusement conservé entre les pages d'un livre, sans doute impressionné et convaincu par cet article !

25/09/2025

toute l'histoire des hommes n'est rien d'autre que l'histoire de la lutte des classes

les BAGAUDES, première lutte des classes gallo-romaine

Les Alpes purent rester longtemps un repaire rebelle : nous y retrouvons les successeurs des bagaudes au Xème siècle, en particulier sous le nom de marrons, des servi ensauvagés sans doute (ce même mot qui dans un autre monde et un autre temps s'imposera pour d'autres esclaves fugitivi)5.

Le même Zosime nous apprend qu'au début du siècle "toute l'Armorique et d'autres provinces gauloises s'affranchissent en imitant les Bretons : après avoir chassé les gouverneurs romains, elles se donnent un gouverneur à leur guise"6. Il ne s'agit sans doute pas d'une révolte principalement sociale, mais d'une lutte autonomiste de l'Armorique et peut-être plus largement de ce que l'on nomme Tractus Armoricanus et qui couvre toute la Gaule de l'Ouest. Ces révoltes armoricaines furent souvent celles des Grands, des propriétaires de domaines, des cités (de leurs notables) : à l'instar de ce qui s'était passé en Bretagne, on remplaçait les chefs romains par une aristocratie peut-être restée plus indigène et certainement devenue autonomiste. Cette ligue urbaine et aristocratique est restée très vivace jusqu'en 451, voire même au-delà7. Quand les textes parlent des "armoricains", on ne sait s'il s'agit de contingents "romains" d'Armorique, d'autonomistes armoricains ou de... bagaudes8. En effet, la "Gaule ultérieure" ou le Tractus Armoricanus fut aussi un théâtre d'opération pour les servi révoltés dans cette première partie du Verne siècle. Nous sommes sans doute en présence d'une articulation complexe entre guerre de sécession et guerre sociale, un mélange "classique" dans l'histoire !

On a surtout connaissance des bagaudes dans l'Ouest de la Gaule, et plus précisément dans les régions de la Loire, grâce à une comédie, le Querolus, qui décrit, vu par les maîtres et leurs stipendiés, la façon dont sont censés vivre ces hommes ensauvagés dans une zone "libérée"9 et par le De reditu suo (Sur son retour) de Rutilius Namatianus qui, lui, nous parle du rétablissement de l'ordre dans ces mêmes régions d'Armorique, au sens large10 : deux indices qui se recoupent.

On a cru découvrir des bagaudes, pour ces mêmes vingt premières années du siècle, dans une phrase de Sozomène qui décrit des paysans et des esclaves de villae venir appuyer une armée en campagne contre les troupes d'un usurpateur breton11. Il s'agissait en fait des propres esclaves de Didymus et Verinianus, deux Espagnols de la famille de Théodose, qui tentaient de s'opposer au passage du fils de l'"usurpateur" Constantin12.

Tandis que les campagnes se libèrent, nous voyons dans les villes des esclaves se liguer avec des pauvres libres et fomenter des révoltes. Nous avons sur ces séditions urbaines quelques renseignements tirés d'Oriens13 et de Paulin de Pella14.

Pour la période suivante (les années 430-450) nous serons informés sur les hommes qui fuient vers les bagaudes (quilombo?), les causes de ce comportement, grâce surtout à Salvien15. Mais nous découvrirons aussi ces guerres sociales (ou/et sécessionistes) et le développement de la répression, essentiellement grâce aux Chronica Gallica16, à Constance de Lyon par sa Vita de Saint Germain17 et à Flavius Mérobaude18. Idace19 nous renseigne dans ses Chroniques sur les bagaudes espagnoles et leur écrasement.

Pour présenter ces mouvements sociaux, et leur répression, nous ne suivrons pas simplement l'ordre historique et nous ne reviendrons pas sur les bagaudes des Alpes. Nous commencerons par essayer de comprendre ce qu'étaient ces bagaudes, c'est-à-dire d'où ils venaient, pourquoi des hommes se joignaient à eux et comment ils étaient organisés, comment ils vivaient. Nous aborderons aussi le cas particulier des séditions urbaines. Puis nous suivrons ce qui nous semble être les étapes de la répression organisée essentiellement par Aetius et réalisée grâce aux auxiliaires huns ou alains.

A- Qui rejoint les bagaudes ?

Dire "rejoindre les bagaudes" suppose que celles-ci pré-existent. Il semble en effet que le retour à l' « ordre » du IVème siècle n'ait pas éliminé les bagaudes, mais les ait seulement forcées à se replier vers les montagnes et les forêts. Toute crise de l'Etat, toujours renforcée par les invasions barbares, permet aux bagaudes de sortir de leurs maquis pour élargir le territoire libéré, et surtout pour piller la partie "civilisée", "utile" des Provinces : attaquer les villae (= fazendas, estancias), cerner et prendre des vici, ces grosses bourgades, et même encercler les villes. Sans parler, naturellement, de l'accroissement de l'emprise de ces bandes sur les grands chemins. Les bagaudes recrutent dans ces périodes en libérant les servi ou les coloni des villae attaquées et prises, surtout en regroupant les fugitivi.

Qui sont ces hommes qui prennent la fuite vers les bagaudes, qui se soulèvent contre ce qui reste de l'ordre romain, qui se comportent comme des bandes de brigands ou de Barbares, qui semblent parfois tenir des régions entières dans le nord-ouest, le centre et l'ouest de la Gaule, sur la Loire en particulier, dans les Alpes, le Pays Basque, l'Espagne, peut-être même un moment l'Aquitaine (avant que les Visigoths se retournent contre eux)20. Certainement le plus souvent ce sont des ruraux : des anciens propriétaires spoliés, des paysans dépendants, des colons, les esclaves des villae. On y trouve sans doute aussi des citadins, libres et pauvres, ruinés par le fisc et la justice ou membres de cette "plèbe" qui anime les séditions populaires dans les villes, des esclaves des industries d‘Etat qui fuient une atroce condition, des esclaves artisans urbains ou domestiques également fugitivi.

Les uns sont chassés par les bandes guerrières, par des propriétaires expropriateurs, par les dettes, le percepteur ou le juge : ils ont abandonné leurs champs, leur maison, leur village ou leur ville. Les autres sont en fuite : les coloni et les servi. La première catégorie rassemble les nouvelles victimes de la dynamique sociale, des invasions, du nouveau terrorisme d'Etat. La seconde regroupe les hommes qui se libèrent par la fuite et souvent prennent les armes, ne serait-ce que pour survivre. Tous combattent, pour se nourrir, pour piller, pour résister à la répression romano-barbare, pour leur liberté ou pour éviter la torture et la mort.

Ces groupes qui forment les bagaudes sont le "fer de lance" de deux catégories plus vastes : celle des hommes qui voient s'abaisser, voire s'effondrer, leur position sociale (en particulier les expropriés pour causes diverses), celle des hommes qui améliorent leur position (les esclaves qui se casent, qui sont casés de fait21). En effet, les propriétaires ayant perdu leurs terres, les nouveaux pauvres des campagnes ou des villes peuvent souvent rester sur place en se soumettant, en devenant colons de l'expropriateur. Parfois être chassé est déjà le début d'une lutte ! D'autre part, les esclaves en fuite, surtout ceux en armes des bagaudes, imposent aux maîtres l'abandon des anciens modes d'exploitation centralisée des hommes et des terres, lorsqu'ils subsistent, facilitant la lutte des esclaves restés sur place.

Salvien22 va nous donner des renseignements sur ces deux groupes : ceux qui, esclaves ou colons, s'enfuient ; ceux qui, libres, sont chassés par le terrorisme étatique et aristocratique qui les exproprient.

Les esclaves :

Nous avons dit l'existence de nombreux esclaves au IVème et au début du Vème siècles dans les cités, domestiques, artisans ou ouvriers des manufactures d'Etat, dans les mines, dans les villae, souvent casés ou tout au moins dotés de portiunculae, de jardinets produisant leur propre nourriture, parfois encore travaillant en chiourme qu'ils soient logés dans les dortoirs et nourris dans le réfectoire de la villa, ou qu'ils dorment ou mangent dans leur "case". Nous avons vu que, sans doute, il y eut remontée de l'esclavage, et, au sein de l'esclavage, de la chiourme, avec le retour à l'ordre du IVème siècle. Ajoutons que la condition des colons s'était considérablement dégradée, au point qu'ils étaient considérés comme des esclaves, voire que les esclaves étaient considérés comme des colons ! La majeure partie de la paysannerie était attachée au sol, "esclave de la terre" et donc au pouvoiir du maître de cette terre.

Nous découvrirons26 que lors du soulèvement dirigé par le chef bagaude Tibatto, "presque tous les esclaves des Gaules le rejoignent".

Les maîtres craignent ces bandes d'esclaves et de colons révoltés. Ils craignaient même souvent pour leur vie. Sidoine Appolinaire raconte la mort de son ami Lampridius, attaqué et étranglé par ses esclaves27 et il n'est pas étonnant que par exemple le Code Théodosien prévoit le bûcher pour les esclaves qui attaquent leurs maîtres28. Les périodes troublées des invasions, des grandes bagaudes, virent les villae brûler, les esclaves gagner en masse les maquis, sans doute après avoir réglé quelques comptes avec les intendants et contremaîtres. En temps ordinaires, les esclaves devaient se contenter de la fuite solitaire vers d'autres maîtres ou vers les groupes déjà formés de résistance armée. La répression publique contre ces bandes bagaudes, nous le verrons, fut certainement féroce. La répression "familiale" contre les esclaves qui, restés sur place, sabotent ou s'apprêtent à fuir, semble l'avoir été tout autant. Rien ne pouvait alors empêcher cet exode massif des servi ou des coloni vers les zones forestières ou montagneuses, vers les régions provisoirement libérées socialement. D'autres esclaves (les plus nombreux ?) tentaient de trouver une place de colon dans une grande propriété, allaient traîner dans les villes, mendiant, voleurs souvent, voire allaient défricher un coin de clairière (mais c'est déjà bagauder).

Salvien nous parle des esclaves essentiellement pour démontrer que les maîtres, les nobles, sont pires qu'eux, et comme les esclaves sont indiscutablement mauvais et détestables29, les maîtres sont monstrueux. La comparaison est complète puisque les maîtres sont, à leur tour, esclaves de Dieu qu'ils devraient servir fidèlement. Salvien, s'adressant aux maîtres, leur dit : les crimes ou péchés commis par les esclaves (crimes que les maîtres connaissent bien puisqu'ils s'en plaignent continuellement) sont de même nature que ceux que vous commettez vous ! Ce rapprochement, en soi, est déjà contestataire: c'est un peu comme expliquer aujourd'hui que les luttes ouvrières, voire la criminalité politico-sociale répondent au terrorisme d'Etat, aux pratiques anti-ouvrières du patronat.

De quels esclaves s'agit-il ? Des domestiques, des "ouvriers" des esclaves en chiourme des villae ? Sans doute de toutes ces catégories. Il est possible que Salvien fasse même implicitement référence aux esclaves productifs (ruraux ou manufacturiers) et à un système de gestion centralisée de la force de travail lorsqu'il parle des contremaîtres, des intendants, des dénonciateurs qui terrorisent les esclaves. Ajoutons que l'on ne peut pas tirer de ce texte d'indication sur l'importance de ces diverses catégories d'esclaves, encore moins sur le nombre d'esclaves en Gaule. Mais Salvien nous dit comment ils sont traités et comment ils ripostent à ces traitements par ce que les maîtres considèrent comme des crimes.

D'abord, les esclaves sont voleurs30. Pourquoi ? Ils y sont poussés, malgré eux, par la misère, le dénuement. Si ce qu'on leur donne correspond à la coutume, à la règle (quand on le leur donne !), cela ne suffit pas à satisfaire leurs besoins31. C'est pour cela qu'ils sont aussi gloutons et avides32 dès qu'ils ont la possibilité de manger à satiété, surtout lorsqu'ils ont chapardé un bon morceau qui change leur ordinaire, mais le plus souvent parce qu'ils ont (trop) supporté la faim. Surtout, ils s'enfuient. Ils y sont forcés, explique Salvien, par la misère et surtout par les supplices qu'ils subissent33.

Le plus souvent les esclaves ne subissent pas directement le terrorisme de leur maître, mais celui des intendants (en Ukraine rive droite XIXè siècle donc non pas les propriétaires nobles polonais, mais les intendants juifs ! D’où l’antisémitisme), des contremaîtres, des dénonciateurs, des "petits chefs", esclaves eux aussi34, des « kapos » quoi, qui font fonctionner la villa esclavagiste de la façon dont columelle le décrivait pour le premier siècle35. Des esclaves torturent d'autres esclaves, appliquent la terreur pour le compte d'un maître parfois absent, et qui peut même apparaître comme le suprême recours des esclaves suppliciés par les "kapos" ! On comprend aussi pourquoi les esclaves seront menteurs : "ils mentent pour éviter la torture"36. Ces passages paraissent caractéristiques du système de gestion centralisée de travailleurs forcés, la chiourme encore très présente à l'heure où écrit Salvien. On est loin de la vision idyllique des relations maîtres-esclaves telles que certains historiens les imaginent à partir d'améliorations juridiques du statut servile qui n'étaient - en fait - appliquées qu'à certaines catégories urbaines privilégiées. Ces esclaves affamés, terrorisés, torturés, s'ils le peuvent, deviennent forcément fugitivi. Notons que Salvien, écrivant pour convaincre les maîtres, prête aux esclaves de "bons sentiments" d'esclaves fidèles. Seules les tortures qu'infligent les "petits (et grands) chefs" (peut-être "dans le dos des maîtres") forcent les esclaves à déserter37.

Ne nous laissons pas abuser par ces remarques sur la responsabilité des contremaîtres. Plus loin, Salvien nous parle des maîtres qui tuent leurs esclaves, beaucoup plus nombreux que les esclaves qui assassinent leurs maîtres. En effet, les esclaves craignent d'être mis à mort pour leur crime, alors que les maîtres sont sûrs de l'impunité (où sont donc ces règles juridiques qui protégeraient les esclaves ?). Jugeant qu'il ne s'agit pas d'un crime, mais d'un droit, ils ne pensent même pas pécher38. Intéressant passage où nous voyons Salvien mentionner une autre forme de combat servile que la fuite et mettre sur le même plan l'assassinat d'un maître par un esclave et son contraire !

Salvien ne nous dit pas où vont ces esclaves fugitivi. Sans doute était-ce clair pour ses lecteurs. Nous pouvons en avoir indirectement une idée car il est beaucoup plus explicite39 lorsqu'il s'agit des libres qui sont contraints au départ parce qu'on leur a pris leurs terres et que les impôts les étranglent. Il est probable que les esclaves contraints à la fuite par les tortures que leur infligent les maîtres et leurs stipendiés devaient suivre des chemins peu différents de ces pauvres libres, ruinés, expropriés et risquant d'être réduits en esclavage.

Les pauvres :

Les diatribes de Salvien contre les riches expropriateurs et l'iniquité d'un système fiscal qui permet de ruiner les faibles au profit des Grands sont connues :

Il y a d'abord l'expropriation par le terrorisme que les puissants font subir à leurs voisins. Se comportant en voleurs, en brigands, ils prennent les biens des pauvres et s'approprient même leur personne40. (cf au Chaco l’expropriation des paysans, cf la chanson de Keny Arkana « Victoria »)

Il y a ensuite les charges publiques qui permettent à un petit nombre de ruiner tout le peuple. "La préfecture de certains, que je ne nommerai pas, est-elle autre chose qu'une pâture ? Il n'y a pas de pire ravage pour les pauvres gens que le pouvoir politique les charges publiques sont achetées par un petit nombre pour être payées par la ruine de tous"41. Et Salvien cite trois régions ravagées par ces sublimes42 : l'Espagne, l'Afrique, la Gaule. Notons, sans nécessairement y attacher une importance décisive, qu'il s'agit de l'Afrique de la révolte des circoncellions43, de la Gaule et de l'Espagne des bagaudes, ces deux dernières étant explicitement citées comme zones bagaudes par Salvien dans le Livre suivant44.

Il y a le système fiscal qui permet à quelques-uns de considérer "les contributions publiques comme leur proie"45. On sait que les curiales, responsables sur leurs propres biens du rendement de l'impôt, avaient une situation intermédiaire pas toujours enviable. Souvent soumis à la pression des Puissants qui élèvent les charges, ils doivent ruiner leurs concitoyens pauvres, prendre jusqu'aux biens des veuves, des orphelins, de l'Église46. Plus généralement, les Grands font fonctionner le système fiscal exclusivement à leur profit et comme un moyen d'expropriation des pauvres, voire de réduction de ceux-ci en quasi-esclavage. Et les clercs se taisent, épouvantés, craignant de rendre les Puissants pires encore47.

Que peuvent faire ces pauvres, libres, mais ayant tout perdu, leurs terres, leurs maisons, endettés et craignant pour leur vie et leur liberté ? Ils émigrent chez les Barbares ou s'enfuient vers les bagaudes, ce qui revient à devenir, explique Salvien, identiques aux Barbares48. Tel est le cas d'une grande partie des Espagnols et d'une fraction non négligeable des Gaulois, précise-t-il49.

Les bagaudes : des hommes contraints à devenir semblables aux Barbares. Le lien bagaude-Barbare est aussi révélateur que le lien bagaude-sauvage sur lequel nous reviendrons50. En effet, les bagaudes sont hors-la-loi romaine, ils ont perdu le droit à la liberté romaine ainsi qu'au nom de Romain : ce ne sont plus des citoyens, ce sont des rebelles (rebelles), des "desperados" pourrait-on dire (perditos). Pour Salvien, nommer ces hors-la-loi des bagaudes revient à leur donner un nom d'infamie, synonyme, justement, de rebelle, de "desperados"51. Bagaude, “ce nom de malheur" qu'on leur attribue (et non qu'ils se seraient donnés52 et qui vient des temps anciens et tragiques de la grande libération du IIIème siècle. Ces "quasi barbari" ont été contraints à devenir des criminels par les exactions des puissants. Ne pouvant continuer à être des citoyens53, il ne leur restait plus qu'à défendre leur vie54. En définitive, comme la liberté romaine s'était transformée pour eux en tyrannie, ou risquait de déboucher sur l'esclavage, il ne leur restait que la liberté bagaude ou la fuite chez les Barbares : c'est une rébellion défensive, une révolte du désespoir de toute cette partie de la population, les pauvres, qui, finissant de perdre ce qui lui restait de liberté et de propriété, ne peut que rejeter la citoyenneté qu'on lui refuse en fait.

Nombreux sont ceux qui désirent vivement se faire bagaude, ce qui leur apparaîtrait le comble de l'infortune s'ils n'étaient obligés de préférer cela à ce qu'ils subissent ou seront contraints de subir : la pire des servitudes55. Et pourtant, malgré ce désir, leur faiblesse fait qu'ils ne peuvent souvent se rebeller, se réfugier dans les zones bagaudes (ou tenues par les Barbares)56. La violence que les puissants leur font subir les contraint à vouloir la liberté (bagaude) et cette même violence le leur interdit57.

Les pauvres sont retenus sur place par la nécessité. Ils ne peuvent en effet emporter dans leur fuite leurs maigres biens, leur minable logis et leur famille58. Une remarque des plus pertinentes : la liberté bagaude, à la fois effroyable et désirable, suppose la force nécessaire à la fuite. Et la famille, l'habitatiuncula, les resculae, les attachent à la terre (ou à leur métier urbain) mieux que la loi. On comprend que ceux qui déguerpissent sont ceux qui sont libres (ou devenus libres) de ces liens : célibataires évidemment, familles qui ont tout perdu. Inversement, nous comprenons la propension à la fuite et le danger pour les maîtres des esclaves en chiourme qui n'ont pas d'attache de cet ordre, et une des raisons pour lesquelles les maîtres vont les caser : certes ils répondent à leurs désirs (ou à leur volonté), mais aussi ils les fixent. (cf la politique du patronat belge au XIXè siècle « boulot-loco-poireaux » créant des maisons avec jardin pour leurs ouvrier, prenant le train pour aller à l’usine, et ainsi empêcher la fermentation socialiste et en faisant des bons catholiques conservateurs)

Que peuvent faire ces pauvres familles écrasées par les exactions des Puissants et qui veulent s'accrocher à leur lopin ? Elles ne peuvent que se mettre sous la protection d'un Puissant, passant sous leur droit et leur souveraineté59. Mais celui-ci, explique Salvien, en profite pour les dépouiller de leurs terres. Les pauvres achètent la protection des seigneurs au prix exorbitant de tous leurs avoirs60 ! Rarement texte n'aura été aussi clair sur les "services" rendus par les Grands, sur l'abus systématique de positions de force. Ces mêmes puissants qui ruinent les pauvres, grâce au pouvoir fiscal qu'ils détiennent en fait, les en protègent ensuite... en les expropriants(cf les projets de Klaus Schwabchwab « Great reset » vous n’aurez plus rien, etc!) . Et cette protection n'est d'ailleurs même pas suffisante puisque ces hommes qui ont perdu leurs terres restent soumis à la capitation61, que le fisc continue à les traquer alors même qu'ils sont expropriés ! Souvent, lorsqu'ils abandonnent leurs terres, leur domicile, expropriés ou fuyant devant les exactores, ce n'est pas pour gagner les zones de liberté bagaude ou aller chez les Barbares. Ils ont une famille, et les pauvres doivent survivre au jour le jour. Alors ils fuient pour aller cultiver les terres des Grands, pour s'y faire colon62, esclave de la terre et, Salvien ne se leurre pas, pratiquement soumis à l'arbitraire de leur maître. Ces fugitifs qui arrivent comme des étrangers sont considérés par les riches propriétaires comme leur propriété ; hommes libres, ils deviennent des servi de fait63. Tous ces fugitifs arrivant libres sur les terres des riches sont métamorphosés en esclaves 64.

B- Les bagaudes et la forêt

On ne sait pas comment les zones ou régions libérées par les bagaudes étaient organisées. Ce ne sont pas eux, en effet, qui tinrent la plume ! On en a cependant une idée déformée à travers la représentation qu'en donnaient leurs adversaires. On possède en particulier une comédie latine anonyme, le Querolus, qui décrit une zone bagaude.

Dans le Querolus, le Plaignard (ou le Geignard), qui est le personnage principal, discute avec le lare domestique. Il lui demande de devenir puissant tout en restant un homme privé, de pouvoir dépouiller ceux qui ne lui doivent rien, frapper ceux qui ne sont pas ses gens, voler et battre ses voisins. Voici la réponse du Lare : "Le Lare : Ha ! Ha !, c'est le brigandage, ce n'est pas la puissance que tu demandes ainsi. Par ma foi, je ne sais de quelle façon l'on pourrait te faire ce plaisir. (Il réfléchit) - Voici pourtant, j'ai trouvé, tu as ton affaire. Va-t-en vivre dans les régions qui bordent la Loire.

Querolus : Et après ?

Le Lare : Là vivent des hommes qui vivent selon le droit naturel, là pas de faux-semblants, là on rend les sentences capitales auprès du chêne et on les écrit sur les os ; là ce sont des paysans qui plaident et les particuliers qui jugent ; là tout est permis… O forêts, ô solitude ! qui vous dit libres ?"65. Mais le Geignard refuse cette proposition : il n'a que faire des chênes ou de cette juridiction des bois.

Il paraît assuré que l'auteur connaissait l'existence d'une bagaude dans les régions de la Loire, d'une zone socialement libérée (et non pas politiquement autonome) où la justice est devenue populaire, "maquisarde", où les paysans prennent la parole et où "tout un chacun" peut être juge. Une justice de classe vue par une autre classe ! Les spectateurs devant comprendre les allusions de l'auteur, il est probable que le public des comédies savait la Loire zone de bagaudes. L'auteur veut faire rire, un rire alors sans doute quelque peu grinçant, de la liberté bagaude. Il décrit une société d'hommes revenus à l'état de nature, à la forêt, c'est-à-dire à la sauvagerie.

Il s'agit d'une liberté "sauvage" puisqu'elle consiste dans l'impunité de piller autrui, de battre même ceux qui ne sont pas ses esclaves ! La liberté "civilisée" ne permet que de torturer ses propres gens! C'est aussi une liberté de brigands, toujours d'hommes des bois !

Le rejet de la civilisation (au sens strict découlant de Civitas) commence par l'abandon du droit civil (de la cité) pour le recours au "jus gentium", le droit naturel qui règle les relations entre les hommes en général, non entre les citoyens. Il s'exprime identiquement par le refus de la politesse, de la civilité (au même sens), ces arts de vivre dans la cité. L'opposition est entre civitas et silva. Les bagaudes vivent selon la loi des forêts, en sauvages : d'où cette justice rendue près du chêne retrouvant son ancien rôle sacré, sans doute encore vivant dans les zones les plus indigènes. L'abandon de la civilisation est vu comme un retour à l'ancienne religiosité "sauvage". Il l'était sans doute ! Cette justice sous le chêne est rendue par des hommes privés et non des juges officiels, tandis que des paysans se substituent aux avocats. Quelle dérision ! D'ailleurs quelle justice expéditive ! Que signifient ces sentences écrites sur les os des coupables ? Peut-être simplement qu'il n'y a pas d'autre sentence que la mort ou la mutilation et pas d'autres écrits que ces "restes" : les ossements. Et d'ailleurs coupables de quoi ? Puisque tout est permis ! Simplement d'être le plus faible ? Il ne semble pas. Le texte suggère plutôt qu'entre bagaudes existait une justice rude et primitive. Le "tout est permis" serait plutôt applicable dans les relations des bagaudes avec l'extérieur. Les paysans qui plaident, cela fait rire : qui ne sait qu'ils savent à peine parler ! Mais cela fait peur aussi, surtout si n'importe qui peut être juge. Cela sonne comme un retournement de la hiérarchie sociale et pouvait signifier la mort pour les maîtres, ou l'esclavage.

N'est-ce pas d'une certaine façon cette justice populaire qui s'imposera jusqu'au VIIIème siècle avec ces assemblées d'hommes libres (mallus) qui jugent ? Elle résulterait de la fusion entre les anciennes coutumes indigènes liant la justice à la forêt et au chêne sacrés, revitalisés par le "droit révolutionnaire" bagaude, et les coutumes germaniques (Saint-Louis, bien plus tard, jugeant sous le chêne ne voulait-il pas faire référence à ces coutumes ?). Notons cependant que sur le mallum, le rôle actif est (bientôt ?) joué par les seuls notables. Dans ces bagaudes sauvages, tous les hommes s'étaient faits libres et tous rendaient la justice sous le chêne sacré.

C- Les séditions urbaines

Sur les villes nous utiliserons les remarques générales d'Oriens et l'observation précieuse du cas particulier de Bazas par Paulin de Pella.

Oriens nous donne une description générale de l'état des Gaules lors des invasions, en particulier en ce qui concerne les villes. Il décrit le pays comme un bûcher fumant, voit partout dans les campagnes, les villae, les villages et les bourgs mort, douleur, destruction, désastre, incendie, asservissement et deuil66. Mais nous intéresse surtout, ici, la description qu'il donne des relations sociales dans les villes assiégées ou attaquées. Nombreuses furent en effet les victimes de la trahison de concitoyens, de séditions civiles, des embûches et de la violence populaire67. Les villes ne résistèrent donc pas en présentant un front uni aux envahisseurs et l'explication de leur chute, à côté de la famine qu'un long siège finissait par imposer, est dans la révolte de la "plèbe" et des servi. Sans doute le manque de vivres devait attiser ces rivalités. Sans doute Oriens veut-il montrer du doigt le "parti de l'étranger" ou les "méchants" qui profitent des catastrophes publiques. Mais nous comprenons mieux pourquoi des villes fortifiées tombèrent ou furent incendiées, et pas seulement par les Barbares.

Que nous raconte Paulin de Pella ? Cet aristocrate aquitain voit sa province subir l'invasion des Visigoths. Ni lui, ni sa famille, ni ses domaines ne semblent en avoir subi de conséquences fâcheuses. Il fait partie du groupe de grands propriétaires fonciers qui entourent leur roi Athaulf, le conseillent et, grâce à cette amitié, il évite à ses terres bordelaises l'installation d'hôtes barbares. Ses malheurs viennent de ce qu'il prit le parti de l'empereur Attale, de l'échec de ce dernier. Il dut s'enfuir de Bordeaux et se réfugier à Bazas, patrie de ses ancêtres. Vers 414-416, cette ville fut assiégée par des bandes de Goths et (ou) d'Alains. Mais, nous dit Paulin : "beaucoup plus redoutable que la horde hostile répandue alentour, une troupe d'esclaves auxquels s'étaient joints, atteints d'une fureur insensée, quelques jeunes gens malfaisants, pourtant de naissance libre, dirigeait ses attaques meurtrières principalement contre les nobles"68.

Il y a là un intéressant témoignage sur une révolte servile en ville, sur l'alliance entre ces esclaves et des jeunes libres, -des "insensés" -, [des révolutionnaires?] sans doute issus de la "plèbe" urbaine, orientée contre les latifundistes (dont Paulin). La révolte paraît avoir été apaisée, grâce à Dieu qui fit mourir quelques coupables. En particulier le sicaire qui voulait la mort de Paulin lui-même fut assassiné, sans que Paulin ne s'en doute, évidemment ! Il faut ajouter que Paulin négocia avec le roi Visigoth, son ami, sa sortie de la ville, accompagné de sa nombreuse suite (une petite troupe armée) et finalement réussit à obtenir un accord entre celui-ci et les notables de la ville : sans doute Athaulf élimina-t-il les Alains et, peut-être, les groupes Visigoths qui assiégeaient Bazas ; il entra dans cette ville et porta secours aux citadins69, on aura compris qu'il ne saurait s'agir que des nobles.

Il semble clair qu'il y avait une certaine connivence d'une part entre les esclaves, les pauvres libres à l'intérieur des remparts et les assiégeants (Alains ou Goths plus ou moins dissidents ou simplement pas encore "rangés", n'ayant peut-être pas "compris" la politique d'Athaulf d'alliance avec la noblesse romaine et de sédentarisation) ; d'autre part entre les notables ou latifundistes de Bazas et le roi Athaulf et ses fidèles, entre l'ordre ancien et l'ordre nouveau.

§ 2 - L'organisation de la répression

A - La répression d'Exupérantius

Nous la connaissons par le De reditu suo de Rutilius Namatianus.

Le texte est intéressant puisque nous y découvrons (peut-être) la suite de l'histoire que nous racontait l'auteur anonyme du Querolus. Rutilius Namatianus, un grand propriétaire foncier de la Gaule méridionale (préfet de Rome en 416), retourne dans sa patrie à l'automne 417 pour remettre en ordre ses domaines et y rétablir l'ordre. Il compose, à partir de ses impressions, un poème. Nous y découvrons qu'un de ses parents, Exupérantius, préfet du prétoire en Gaule, a réprimé des mouvements de libération sociale en Armorique et ceci sans doute vers 417. Rutilius nous dit qu'Exupérantius enseigne à présent à ces contrées armoricaines à aimer le retour de la paix exilée, rétablit le droit et la liberté, et ne permet plus que les maîtres soient les esclaves de leurs esclaves71. En d'autres termes : il pacifie, il rétablit l'ordre civil (la loi et la liberté romaine) et social (il remet les rapports sociaux sur leurs pieds, les esclaves et les maîtres à « leur place »). On peut donc estimer que, dans l'Armorique (où est inclus le bassin de la Loire), l'ordre social serait en voie de rétablissement à partir de 417-418, sans doute provisoirement. Le voyage de Rutilius72 est d'ailleurs en lui-même indice d'un certain retour à l'ordre en Gaule73.

B - Galla, Aetius et ses Huns

Les dix premières années du règne de Galla Placidia (423-432), sous la minorité de Valentinien III, alors que le pouvoir est entre les mains d'Aetius74, connaissent peut-être un calme social relatif. Il redevient possible de circuler sur les grandes routes avec une certaine sécurité ; les villae et les villes, la plupart des vici, les campagnes "utiles" sont à nouveau mieux tenues en main. Sans doute les bagaudes se sont-elles simplement temporairement repliées vers les clairières des maquis et des forêts. Comme d'habitude lorsque se rétablit - même très imparfaitement - le fonctionnement des appareils d'Etat.

La seconde partie du règne de Galla Placidia (434-450) - période où Aetius est encore plus puissant - est marquée par un renouveau de la guerre sociale en Gaule. Il semblerait qu'il y ait eu des soulèvements bagaudes, des révoltes populaires massives, et qu'ils furent successivement réprimés. Il est possible que ces soulèvements soient surtout résistance au retour à l'ordre dans des zones qui s'étaient socialement libérées. La répression parait avoir été sans pitié : on n'entendra plus parler de bagaudes. La guerre est provisoirement terminée par le massacre des révoltés servi et coloni, paysans plus ou moins dépendants, par le maintien plus ferme des survivants dans leurs montagnes ou leurs forêts : si les bagaudes disparaissent, le brigandage social continue à l'état endémique. Mais cette répression, voire parfois ce massacre, accompagne une mutation des rapports sociaux, un nouveau pas en avant vers la fin de l'esclavagisme.

Pour comprendre cette période, ces combats, il faut dire quelques mots d'Aetius et de ses Huns. Qui ne connaît le premier ? Au moins "de vue" ! En effet, il est ce général romain que l'on voit entouré de ses farouches alliés, les rois barbares, et de chefs gallo-romains, faisant face aux Huns d'Attila, "le fléau de Dieu", à la bataille des Champs Catalauniques (en 451) : l'illustration quasi-constante des manuels d'histoire des classes primaires !

L'histoire d'Aetius, de l'empire â cette période, et particulièrement de la Gaule, ne peut être séparée de celle des Huns.

Les Huns, en tant que groupe tribal organisé ou peuple obéissant à des rois, puis en tant qu'Etat véritable (à partir de 425-434), n'eurent finalement que peu affaire avec l'empire d'Occident. Nous les avons quittés après qu'ils aient écrasé les Goths à la fin du IVème siècle, forçant les Visigoths à entrer dans l'Empire, les amenant ainsi à devenir, dans les Balkans, une force essentielle. Placés à l'arrière de ceux-ci, les Huns étaient devenus les alliés de l'Empire. Avec le départ des Visigoths vers l'Italie, les Huns entrèrent en conflit avec l'Empire d'Orient. Jusqu'en 451, ils pénètrent chaque année dans les Balkans, ravageant les campagnes et les villes, ramenant un énorme butin, des masses d'or, forçant l'Empire à payer tribut.

En revanche, à l'Ouest, c'est mieux que la paix, l'amitié ! Aetius, en effet, avait été élevé chez les Huns durant une partie de sa jeunesse (il y avait été emmené en otage vers 406), il était lié avec toute l'aristocratie hunnique et y avait découvert l’art nouveau de la guerre. Lorsqu'il est en disgrâce, en 432-433, il retourne chez les Huns. Il leur fait même rendre, en 439, la Pannonie occidentale75.

Surtout Aetius, général romain, est en fait un chef de bandes guerrières hunniques. Si l'Occident, jusqu'en 451 du moins, n'est que peu concerné par la nation hun, il l'est par les très nombreux contingents auxiliaires qui servent l'Empire, et directement Aetius. Il s'agit de détachements de cette cavalerie hunnique qu'admirait Aetius, encadrée par ses propres chefs, mais le commandement supérieur restant "romain" (Aetius lui-même, Litorius). Cette cavalerie, très rapide, nombreuse, résistante, était spécialisée dans l'utilisation de l'arc à l'orientale, de l'arc réflexe à flèche triangulaire. Elle savait manier aussi le fouet, le lasso, l'épée à un ou deux tranchants. C'est cette cavalerie qui permet à Aetius, après sa défaite lors de la guerre "civile" qui l'oppose à Boniface et son exil, de revenir pratiquement invincible.

Surtout, ce sont les cavaliers huns qui vont donner à Aetius l'arme de la soumission des Barbares. En 427, il bat les Visigoths. En 428, il attaque les Francs et leur reprend les terres qu'ils avaient occupées près du Rhin76. En 436 les Burgondes qui tentent de s'étendre en Belgique subissent l'assaut d'Aetius et de ses Huns ; c'est un massacre : le roi Guntarius et toute la maison royale, une fraction importante de l'aristocratie et peut-être du peuple guerrier lui-même sont anéantis, les survivants sont contraints de décamper vers la Sapaudia où Aetius les installe, peut-être pour contenir les Alamans77. A la même date (436), Aetius envoie Litorius et des contingents Huns délivrer Narbonne qu'assiégeaient les Visigoths. Cette histoire-là finira moins bien pour les Huns : Litorius entreprit le siège de Toulouse, mais l'attaque qu'il lança échoua et les Huns furent exterminés78.

Si nous parlons longuement des cavaliers Huns, c'est parce qu'ils jouèrent un rôle décisif dans l'écrasement de la bagaude de Tibatto en 437. Comme d'ailleurs les Alains, dans la répression des mouvements autonomistes armoricains et des bagaudes de l'ouest en 441-448.

C - La bagaude de Tibatto : 435-440

Selon la Chronicon imperiale (ou de 452) des Chronica Gallica, un certain Tibatto devint chef de la rébellion contre Rome et provoqua la sécession de la Gaule ultérieure, c'est-à-dire du Tractus Armoricanus, de toute la Gaule de l'ouest (y compris le centre-ouest) au nord de l'Aquitaine, jusqu'à (peut-être) y comprendre la Belgica au nord de la Seine. S'agit-il d'un mouvement autonomiste ? Il ne semble pas que telle soit la composante principale de ce mouvement.

En effet, on apprend qu'immédiatement presque toute la classe des esclaves des Gaules se ligua derrière Tibatto dans ce mouvement de révolte79. Une guerre sociale par conséquent, et pas seulement un mouvement local de quelques servi. Faut-il imaginer une révolte "sparticiste" où les esclaves détruisent "leurs" villae, se regroupent et marchent contre les armées "romaines" après avoir assassiné leurs maîtres ou les avoir contraints à la fuite ? S'agit-il d'une sortie massive hors des forêts de bagaudes préexistantes (celles des bords de Loire), occupant des zones "civilisées" en y ralliant les servi, peut-être à la faveur d'une poussée armoricaine ? Est-ce une lutte de toute une paysannerie servile et coloniaire préalablement libérée (au début du siècle) contre la répression qui s'organise ? On ne sait pas grand-chose, sinon qu'il s'agit d'une révolte des masses serviles.

En 436, Aetius est occupé au nord, contre les Burgondes en particulier. Il ne peut qu'envoyer des détachements de cavalerie hunnique (les "litoriens") commandés par Litorius. Et la répression du mouvement commence. Tibatto fut pris et tous les chefs furent tués ou faits prisonniers. La révolte bagaude fut pacifiée en 43783. L'auteur anonyme de la Chronique emploie à nouveau ce mot, bagaude, nous permettant d'avoir une forte présomption : le mouvement que dirigeait Tibatto était bien avant tout perçu comme une révolte sociale, essentiellement servile84, même si on ne peut être certain qu'elle fut "aussi grave que celle de 285" et que "la rupture fut absolue"85 avec la société romaine. On sait que Litorius et ses Huns, après cette victoire, marchèrent vers Narbonne assiégée par les Visigoths. La lutte contre les bagaudes gauloises continua sans doute, en Armorique ou ailleurs. D'abord nous savons par la même chronique qu'Aetius lui-même ne rentra en Italie qu'en 439, seulement après avoir pacifié les mouvements gaulois86.

On est pratiquement assuré, en revanche, qu'il s'agit bien d'une bagaude, même si le mot n'est pas employé. En effet, Mérobaude nous apprend qu'Aetius est allé parcourir le pays armoricain, l'inspecter même pourrait-on dire, et voilà que l'habitant du plat pays, voire des bois, est déjà beaucoup plus doux87, que les forêts ne sont plus ces repaires où s'entassait le butin accumulé par ces criminels, que les paysans sont retournés au travail des champs jadis abandonnés. On n'y combat plus César, mais la loi romaine a été rétablie dans le territoire par Aetius lui-même, et que, même si les paysans tracent leurs sillons avec des charrues gètes (barbares), ils évitent de s'allier avec leurs voisins barbares (les Visigoths aquitains)88.

Malgré l'impression de facilité que donne le panégyrique de Mérobaude (ce qui est normal étant donné le genre du texte), la répression dut être sévère, "grâce" aux Huns. On sait que les cavaliers de Litorius se comportèrent, partout où ils passèrent, en terrain conquis et avec une sauvagerie assez remarquable, même pour cette époque qui n'était pas particulièrement tendre. Les chroniqueurs ne s'intéressent guère qu'aux chefs tués ou prisonniers ; les esclaves ou paysans massacrés ne méritaient pas qu'on prenne la peine de prendre la plume pour en parler. Ce n'est qu'occasionnellement, parce qu'un seigneur est concerné, qu'ils vont nous parler de l'armée pacificatrice au travail.

Celle-ci nous est décrite par Sidoine Appolinaire. Il nous raconte que Litorius, fier d'avoir soumis les Armoricains, entraînait ses cavaliers Huns à vive allure à travers le pays arverne, passant à proximité des murs de Clermont, pour aller combattre les (Visi)goths (â Narbonne). Alors même qu'il s'agit d'auxiliaires romains ne faisant que traverser le pays, donc en paix avec les habitants, ces Huns sont décrits détruisant tout sur leur passage, par leurs razzias, par l'incendie, les massacres, par leur cruauté, leurs rapines91. En passant, l'un d'eux aurait massacré un esclave d'Avitus, le futur empereur. Celui-ci, nous explique Sidoine Appolinaire, étant donnée l'épouvante populaire, montait la garde près des tours et aux portes de Clermont92. Il va dans la plaine et fait un massacre de Huns ; il sortira vainqueur d'un combat singulier avec le lâche assassin de son serviteur93. La description est intéressante : le preux chrétien protège la "plèbe" urbaine de Clermont, ville qui se ferme terrorisée au passage des Huns, auxiliaires romains. Peut-on dire également que ce preux venge son esclave victime de la cruauté des Huns ? Pas exactement : il ne peut tolérer que quiconque tue ses hommes ou détruise ses biens, ni ses châteaux, ni son cheptel ni ses esclaves !

L'historien Lucien Musset écrit : "Les Huns ont été pendant plus longtemps les amis et les auxiliaires de Rome, ou de certains Romains, que les "fléaux de Dieu", pour reprendre une épithète trop fameuse"94. N'est-ce pas au contraire parce qu'ils furent au service de Rome, ou de certains Romains, qu'ils furent les "fléaux de Dieu" ? Cette expression, si usée, est intéressante car elle nous aide à comprendre que les Huns étaient appelés par Dieu pour châtier le peuple coupable. Ainsi, Grégoire de Tours raconte que les prières de l'évêque Aravatius ne purent empêcher l'invasion des Huns (d'Attila) car Dieu l'avait fermement programmée et que d'ailleurs lui-même le pressentait : "l'Esprit lui faisant sentir que cette chose (le maintien des Huns hors de Gaule) ne lui serait pas concédée â cause des péchés du peuple"95. Il raconte aussi qu'un fidèle avait eu une vision d'une conférence entre le bienheureux Etienne et les apôtres Pierre et Paul, le premier demandant aux seconds d'épargner la ville de Metz, mais il ajoute "si toutefois la culpabilité du peuple (?) s'est tellement accrue qu'il soit impossible de ne pas livrer la cité aux flammes, que du moins cet oratoire (où sont ses reliques) ne soit pas brûlé". Seul son second vœu sera accordé, car, comme les saints l'expliquent, “le péché du peuple a grossi et le bruit de sa malice est monté jusqu'à Dieu : c'est pourquoi cette cité sera incendiée"96.

Quelle est donc cette "malice" du peuple, non plus seulement dans telle ville (Metz), mais pour l'ensemble des Gaules ? Pourrait-ce être le paganisme ou l'hérésie ? Non, car outre le cas de Metz, ville romaine et catholique, il est clair que les saints évêques intercèdent pour leurs fidèles. S'il s'agissait d'éradiquer hérésies et paganisme, le fer et le feu seraient bienvenus ! Ce peut être, évidemment, la luxure, voire la gourmandise, l'orgueil, la paresse ou l'envie... En fait à l'époque, la "malice" du peuple, en particulier celui des campagnes est aussi, sans doute surtout, le refus de l'ordre établi, des hiérarchies sociales et d'abord des deux grandes coupures : maîtres et esclaves ; grands propriétaires fonciers, clarissimes, nobles et "plèbe" urbaine ou "vilains, servi et coloni. Il faut savoir qu'alors l'inégalité entre les hommes est considérée comme la sanction de leurs péchés différentiels97, "que l'inégalité est providentielle, par conséquent nécessaire"98. L'humanité sans péché serait égalitaire, c'est la chanson d'Adam et Eve ! Toute remise en question de cet ordre social est remise en cause de l'ordre divin. N'allons pas chercher à Metz des séditions ou des pensées séditieuses anticipant la destruction de la ville, on n'en parle que pour l'exemple ! N'allons pas imaginer qu'alors seuls les Huns ont le privilège d'exercer le châtiment du ciel ; n'importe quel malheur peut faire l'affaire ? Mais des Huns semblent avoir eu effectivement comme tâche d'écraser les bagaudes ; dès lors, venant massacrer le "prolétariat" rural soulevé ou libéré, ils apparaissent clairement pour ce qu'ils furent : les auxiliaires et les bourreaux au service de l'aristocratie gallo-romaine, d'Aetius et aussi de la hiérarchie ecclésiastique issue presqu'intégralement de cette classe.

Simplement, il ne s'agit pas des Huns d'Attila, mais des Huns d'Aetius et Litorius. Nous avons vu, à propos de l'écrasement des Burgondes en 436, que la légende épique des Nibelungen avait confondu ces deux groupes. Sans doute, de même, la légende d'Attila attira à elle les récits des répressions commises par les cavaliers du patrice. On ne prête qu'aux riches ! La répression de 436-437, sévère, atroce même si l'on retient l'écho qu'en donne Sidoine Appolinaire, fit des Huns, au sens strict, le fléau de Dieu, le moyen du châtiment de ceux qui violaient la loi divine en provoquant le désordre social, le moyen de séparer le (bon) grain de l'épi.

D- Les crises de 441 à 448

Dans les pays de Loire, la répression anti-bagaude continue sans doute après 439. Peut-être parce que les Huns de Litorius furent massacrés par les Visigoths sous Toulouse ou parce que ceux directement commandés par Aetius en Belgique restaient nécessaires dans la région pour bloquer les Francs ou les Alamans, le patrice dût utiliser les auxiliaires Alains que commandaient le roi Goar en Gaule centrale, puis dans le Tractus armoricanus.

Dès 441, Aetius installe ces auxiliaires alains sur la Loire moyenne au nord d'Orléans, et peut-être ailleurs en Gaule ultérieure. Il s'agit d'une part de maintenir l'expansion des Visigoths vers le nord, d'autre part de surveiller l'Armorique pour contrer le mouvement autonomiste et pour contrôler les zones bagaudes. Le type d'installation, comme d'habitude, était l'hospitalité, les Alains devant s'installer dans les villae selon le principe du logement des troupes, et donc devant bénéficier d'une fraction des terres et des esclaves (ils pouvaient installer leurs propres esclaves également : ce ne sont pas les guerriers alains qui cultivent !)99.

Les Alains, semble-t-il, ne respectèrent pas la convention (le foedus) et, éliminant par les armes toute résistance, ils expulsèrent les maîtres et s'attribuèrent la totalité des terres100. Cette action ne semble pas avoir gêné Aetius, puisqu'il va continuer à utiliser ces guerriers. On peut penser que les propriétaires expulsés ne devaient pas être en excellents termes avec le pouvoir central, c'est-à-dire avec le patrice Aetius. Peut-être la région avait-elle été (était-elle ?) un des centres de la rébellion sécessionniste armoricaine (au sens large) de la Gaule ultérieure ? Toujours est-il que - sans doute grâce à leur présence - la paix semble avoir été assurée en Armorique jusqu'en janvier 446 au moins101.

Vers 446-447 cependant, l’Armorique à nouveau se révolte. On ne sait - a priori - s'il s'agit de la reprise du mouvement sécessionniste ou d'une nouvelle poussée bagaude. On a quelque lumière (bien pâle à dire vrai !) grâce à la Vie de Saint Germain de Constance de Lyon102. Germain avait été gouverneur d'une province gauloise dans sa jeunesse (il est d'une bonne famille "romaine"). En 429 il va en Bretagne lutter contre le pélagianisme et paraît diriger les opérations des Bretons contre les incursions des Saxons, des Pictes et des Scottes. Il les aurait conduits à la victoire de "l'Alleluia" (Pâques 429). Il y retourne en 440-444, alors que s'y opposent un parti pélagien, donc hostile aux évêques et mené par le Celte Vortigern, et l'aristocratie catholique et "romaine", le "camp" de Germain par conséquent, qui fait des appels (sans succès) à Aetius103. Ces épisodes nous permettent de comprendre qui est Germain et pour qui il combat.

En 446, Germain est en Armorique. Il ne peut qu'être appelé par les aristocrates et citadins "romains" dissidents ; sans doute ceux-ci ont-ils besoin d'un homme bien introduit auprès d'Aetius et de la Cour de Ravenne. En effet Aetius avait envoyé les bandes guerrières de Goar, probablement pour mater la rébellion sécessionniste armoricaine (il se pourrait aussi que Goar et ses Alains aient été envoyés par Aetius pour écraser une rébellion bagaude et que ceux-là, du même mouvement, risquaient de s'en prendre aux villes, d'où l'intervention de Germain ; mais c'est peu probable)104. La Vita nous décrit le saint, un vieillard, arrêtant seul les Alains en marche, en prenant par la bride le cheval de Goar, puis entamant avec eux une négociation, se portant garant de la grâce qu'accorderont Aetius et l'empereur (en fait l'impératrice Galla Placidia). La paix, conditionnelle, est signée et les Alains retournent vers leurs cantonnements de la Loire moyenne. Il reste à Germain à gagner l'Italie pour transmettre sa demande de grâce pour les aristocrates et les cités sécessionnistes et sans doute garantir leur soumission105. Fin du premier épisode !

En 448, la révolte reprend en Armorique. La Vita nous explique que la perfidie de Tibatto ( ?) avait ramené ce peuple instable et indiscipliné à sa révolte passée. Dès lors, la médiation de l'évêque n'avait plus de sens, l'empereur avait été trompé et les perfides audacieux furent rapidement châtiés106. Le fait que Constance de Lyon parle de Tibatto, le chef de la bagaude gauloise de 435-437 (exécuté après sa défaite), de l'indiscipline et de l'instabilité du peuple, la forte probabilité d'une rude répression menée par les Alains de Goar font penser que le sens du combat avait sans doute changé et que la guerre sociale était devenue première, éclipsant la guerre sécessionniste.

En 448, en effet, une bagaude semble avoir été durement réprimée dans ces mêmes régions de la Gaule ultérieure. Un médecin nommé Eudoxius aurait été un des animateurs de la résistance ou de la révolte. Cet individu au mauvais esprit, mais agile (voire excité), après avoir été un des dirigeants du mouvement bagaude, chercha refuge chez les Huns d'Attila107. Des régions entières de la Gaule du Centre et de l'Ouest auraient été concernées par cette nouvelle guerre sociale. La lutte aurait été rude ; le siège de Tours, où le futur empereur Majorien se serait illustré comme lieutenant d'Aetius, pourrait dater de cette époque et être le fait des bagaudes108. La répression dut être sévère, voire "définitive" (“grâce" aux Alains ?) puisqu'après 450, on n'entend plus parler d'actions bagaudes en Armorique ou en Gaule ultérieure (ni, du moins pendant longtemps, de troubles sociaux).

"Complexe et curieux épisode ! Complexe puisque la bagaude de 448 est très difficile à distinguer du mouvement sécessionniste armoricain. On retrouve le problème que nous posions pour la révolte de Tibatto : est-on en présence de l'un ou de l'autre de ces deux mouvements, de l'un et de l'autre ? Nous savons qu'une sécession peut encourager une révolte sociale, ajoutons qu'une révolte sociale peut rendre "nécessaire" une prise en main de la répression par l'aristocratie locale, puis encourager une sécession de cette aristocratie (elle a pris goût à l'indépendance !) ou qu'une violente répression dirigée contre un mouvement sécessionniste devait contraindre les servi, les coloni, les paysans à s'enfuir dans les maquis à l'approche des bandes de guerriers alains (n'étaient-ils pas les premiers à souffrir de la terreur que les Alains imposaient sur leur passage ?) et d'autant que les bagaudes restaient vivaces, dans les forêts tout au moins.

Curieux épisode aussi, avec ce refuge que cherche le chef bagaude Eudoxe chez Attila. En 449-451, Eudoxe aurait pu informer le roi Hun de la faiblesse de l'Empire d'Occident, de ce qui lui reste de richesses aisées à piller, l'assurer d'un soutien bagaude, le convaincre finalement de marcher, pour la première fois, vers l'Ouest ? On pourrait même imaginer un retournement d'alliance : les Huns d'Attila ne marchent-ils pas sur Orléans et sur la région des Alains, les ennemis des bagaudes de l'ouest ?109

E - Bagaudes en Tarraconnaise

On connaît l'existence de bagaudes en Espagne grâce à Salvien et surtout à Idace. Ce dernier est un évêque galicien qui fut mêlé aux affaires politiques de la période. Après la constitution par les Suèves d'un Etat autour de Braga et de Lugo, l'aristocratie hispanoromaine l'avait délégué vers Aetius pour tenter d'obtenir son intervention, lequel la refusa d'ailleurs, mais il est vrai qu'il était alors occupé en Gaule110.

D'après Idace, il y aurait eu, entre 441 et 454, un important mouvement bagaude dans la province de Tarraconnaise, au nord de l'Espagne, principalement dans la région à l'ouest de Saragosse (Caesaraugusta). Peut-être à la suite de la rébellion en Gaule ultérieure en 435-437, le mouvement bagaude s'étend-il dans le nord de l'Espagne ? On sait qu'en 441, il faut envoyer contre eux une expédition militaire commandée par Astère (Flavius Asterius ou Asturius), chef de la milice, comte d'Espagne qui réprime les masses bagaudes soulevées111. Pas plus qu'en Gaule dans les années 437, l'expédition d'Astère n'est décisive. En effet en 443, le gendre et successeur d'Astère, Mérobaude, doit écraser les bagaudes. Idace semble préciser qu'ils se seraient retranchés au village d'Araciel (près de Tudela en Navarre)112.

Rome va réagir de la manière habituelle. Elle fait la paix avec les Suèves (en 442) et surtout va signer un foedus nouveau avec les Visigoths115 qui les charge particulièrement de traquer les bagaudes espagnoles. Face à ces guerriers goths, les bagaudes isolées par la défection des Suèves sont trop faibles. En 454, Frédéric, le frère du nouveau roi Visigoth Théodoric II peut massacrer les bagaudes de Tarraconaise et écraser "définitivement" la rébellion116. Ajoutons seulement qu'en 456, lors de l'assassinat de Rechiarus, Idace note encore les ravages de brigands en Galice117. Il y aura ultérieurement résistance "nationaliste" des Astures et des Vascons contre les conquérants Visigoths, mais plus de guerre bagaude.

Notons que, sans doute pour cette même période entre 440 et 454, Salvien affirme qu'une grande partie des Espagnols se sont réfugiés chez les bagaudes118.

conclusion

Les bagaudes paraissent écrasées. La répression les a sans doute simplement rejetées vers les profondeurs de la Gaule sauvage. De ses forêts, pendant des siècles, sortent des bandes de brigands qui viennent rôder autour des villae ou des villages, rançonner les voyageurs, piller les greniers. L'aristocratie, parfois, organise des parties de chasse à l'homme, comme elle va chasser l'ours, contre ces brigands. Mais il n'y a plus, pendant longtemps semble-t-il, de soulèvements de masse : l'ordre social est rétabli malgré quelques nécessaires bavures. Mais cet ordre nouveau, avec ses institutions de centralisation de la répression relativement faibles, suppose une nouvelle régression de l'esclavagisme. Le IVème siècle avait tenté de reconstruire l'Etat et la villa esclavagiste. Il n'y avait que très partiellement réussi, ne pouvant revenir à la situation qui prévalait avant la crise du IIIème siècle. Le Vème siècle est d'abord l'effondrement de cette tentative, et une nouvelle fin de l'esclavagisme. Non que les esclaves soient moins nombreux, puisque ces temps troublés sont propices à cette production particulière, mais les esclaves sont le plus souvent casés. Casement de leur fait, pendant les moments où ils s'étaient libérés, et sur lesquels il n'était pas possible de revenir. Casement de fait, et du fait de maîtres prudents. Lopins "donnés" à des fugitivi venus se réfugier chez un autre maître et qui fermait les yeux sur leur origine. D'autres causes aussi jouèrent. Nous n'en parlons pas simplement parce qu'elles sont toujours mises en avant : charité chrétienne, affranchissement lors d'un testament..., efficacité économique ou surtout démographique du nouveau système.

Ce qui nous importe ici est seulement ae remarquer qu'en définitive les luttes sociales ont effectivement modifié les formes de l'exploitation. Certes elles ne le firent pas comme certains aimeraient l'imaginer, les esclaves volant de victoires en victoires, éliminant une classe sociale d'exploiteurs ! Les bagaudes furent au contraire sévèrement réprimées, voire massacrées. Mais elles n'avaient pas moins provoqué l'"ultime" crise de l'ancienne façon d'exploiter les hommes, démontré l'impossibilité de l'esclavagisme dès lors que l'Etat central s'effondre120. Certes, en imposant le casement, donc - pour simplifier - à la longue le servage, elles ont aussi affaibli le prolétariat rural, le sérialisant, l'attachant à la terre, à sa maison, à sa famille, imposant donc encore le servage dans la mesure où il suppose un rapport de force favorable au seigneur dans ses relations avec des paysans relativement isolés.

Les bagaudes, une des dernières luttes des esclaves, sont aussi une des premières luttes des coloni, de paysans asservis. Redisons-le, se rencontrent ici ceux qui changent, à leur avantage, les formes de leur exploitation, les esclaves, et ceux qui voient leur condition se détériorer, qui sombrent dans l'esclavage de la terre après avoir été petits propriétaires ou fermiers relativement indépendants. Luttes d'un temps qui finit (mais qui n'en finit pas de finir d'ailleurs) et d'un temps qui commence. Les bagaudes, plus qu'une alliance entre les classes des esclaves et des paysans ou colons, sont la preuve d'une accélération du processus d'homogénéisation de l'ensemble du prolétariat rural, et un moment de cette homogénéisation. L'écrasement ou le reflux de ce mouvement est l'acte fondateur du nouvel ordre social. Mais lui aussi ne se construisit pas en un jour ! Je croirais volontiers que durablement, jusqu'à la montée des carolingiens, les populations rurales bénéficient d'un certain relâchement des contraintes, même pour les servi, même dans les collonges.

Les bagaudes massacrées et malgré tout victorieuses ! Il semble que les paysans gardèrent longtemps le souvenir des temps de la libération sociale. Des légendes populaires se formèrent et les maîtres ou leurs scribes les déformèrent parfois en rétablissant une certaine "vérité" historique. Il faudrait pouvoir suivre la piste. En voici un ou deux signes.