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10/12/2017

la mo, la momo, la momode des z'inz'in, des z'intellos

 Je ne sais pas si vous avez remarqué, si vos écoutez de temps en temps France-Culture, ou tout autre média où s'expriment des intellos, ou des gens de pouvoir, bref des gens chics, soucieux de leur image et des normes, mais depuis quelques dixaines d'années il y a une façon de parler, une manie en fait, qui est typique de ces gens et de notre époque : ils bé-bégayent ! I- il leur faut, faut constamment-ment heu cher-heu-cher ! Leurs, leurs, leurs ... heu ...heu ... mots ! C'est la nouvelle façon de parler, qui j'imagine veut leur donner l'air plongés dans leurs réflexions et leur pensée tellement élevée qu'il faut qu'il se l'extirpent du corps, enfin je ne sais, mais je constate, c'est la norme chic et systématique à la mode actuellement. Car non seulement c'est nouveau, comme toute mode, écoutez des émissions de radio d'autrefois, d'il y a plusieurs décennies, les gens n'y bégayent jamais, ils savent ce qu'ils vont dire et le disent, et en plus ce sont, forcément ! tous des gens qui ont l'habitude de parler, alors ! Car enfin ces gens, ceux du moins qui sont universitaires j'imagine que lorsqu'ils se trouvent en face de leurs élèves (je n'ai personnellement jamais entendu un enseignant d'université bégayer, ils s'exprimaient tous clairement et avec maitrise de ce qu'ils avaient à dire) ils s'expriment clairement ! Et ne bafouillent pas leurs ph-phra, heu leurs phrases ! Non, visiblement, et surtout quand on voit l'universalité de cette pratique, c'est un marqueur, c'est un, c'est LE, tic snob médiatique de notre époque, vous ne pouvez pas entendre parler quelqu'un sur France-cucul, sur France-Culture sans que-que que … que ça soit, ça soit co-co, soit comme ça !
Annie Lacroix-Riz ne parle jamais comme ça ! (et en plus elle vous manie l'imparfait du subjonctif avec simplicité et naturel comme si elle était tombée dedans quand elle était petite !)

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Vous savez la nouvelle ? Ben il semblerait que là encore (…) ça soit l'invasion d'un trait culturel ANGLO-SAXON, et allez !
En effet cette coutume ridicule, répandue sur nos ondes ces dernières décennies, et qui était totalement inconnue jusqu'à au moins les années 60, est une habitude reconnue chez les anglais. La classe dirigeante française l'a une fois de plus trouvée et copiée chez ses maîtres ! Voici ce qu'en dit un français, prof d'anglais de son état
(« Chanteclair », in Pour en finir avec l'anglais, Presses de la Cité 1994) :
«  Le bégaiement
Indispensable à une bonne pratique de l'anglais parlé, il remplit deux fonctions complémentaires. Tout d'abord, le bégaiement est une marque de distinction, et le signe de reconnaissance de la classe dirigeante.
Les anglais perpétuent en effet un système de castes où les diverses strates sociales se repèrent et se situent en fonction de leur accent.
En bégayant, vous émettez un signal discret qui vous fait immédiatement reconnaître par vos pairs et vos inférieurs comme un représentant de l'élite.
….
Pour être totalement efficace, le bégaiement doit s'accompagner d'une totale vacuité des propos. (c'est tout à fait ça sur France-Culture ! Ma note) Il est également essentiel de ne jamais terminer une phrase. L'impression de stupidité distinguée ainsi créée sera du meilleur effet.
On découvre ici la deuxième fonction du bégaiement pour l'étranger, puisqu'il lui épargne l'effort démesuré que demanderait la construction de phrases complètes et cohérentes. L'insuffisance du vocabulaire, l'ignorance de la grammaire, les erreurs de prononciation, tout cela disparaîtra derrière le bredouillis propitiatoire qui ravira votre interlocuteur et vous mettra tous deux parfaitement à l'aise, unis dans la même rassurante constatation : n'ayant rien à vous dire, vous communiquez parfaitement. »

La Douane de Mer

« - Le monde est une farce triste et une obscure splendeur que nous appelons realité. Les hommes l'habitent et n'y comprennent rien. Tu n'est pas le premier, ni le dernier, à t'interroger sur son histoire, ses mystères et son sens. La pensée sort du monde, et l'englobe. Le monde fait la pensée, la pensée fait le monde. Il n'y aurait pas de pensée s'il n'y avait pas eu de la matière, un soleil, des océans, des algues, des primates et des hommes. Y aurait-il un monde s'il n'y avait pas la pensée ?

(Jean d'Ormesson – 1993, La Douane de Mer)