Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/08/2018

l'âme des hommes

COUTURIÈRE

Sur la pluie, un peu de jour…
Le soleil jaune et bleu verse
Un rayon perlé d’averse
Sur les maisons du faubourg.

Parmi l’atelier avare
Sombre et courbée elle coud,
Mais sent doucement sur tout
L’arc-en-ciel qui se prépare.

Quand il luit, illimité
Sur les maisons éblouies
Des doux rayons de la pluie,
A mi-voix elle a chanté.

Chanté l’étendue immense,
L’avenir vague et fleuri…
Ses yeux sur ses mains sourient.
Elle croit à sa romance,

Elle croit à la beauté,
Elle croit à l’harmonie,
Elle se sent infinie,
Les lèvres dans la clarté.

Et plus tard, grise et fidèle.
Murmurant les airs anciens,
Elle s’en va vers les siens
Avec le soir autour d’elle.

Au milieu du grand frisson
Indifférent qui la foule,
Elle est seule dans la foule
A cause de sa chanson.

Douce et pleine d’impossible,
Elle revient du labeur.
Égarée et l’air rêveur
Dans la musique invisible.

 

Henri Barbusse (1895)

 

Écrire un commentaire